Sur le papier, rarement autant de voies diplomatiques auront été ouvertes simultanément pour tenter de sortir l’est de la République démocratique du Congo (RDC) de la guerre. Washington, Doha, Union africaine : depuis plus d’un an, accords, feuilles de route et mécanismes de vérification se succèdent. Sur le terrain, pourtant, la paix reste un vœu pieux.
Devant le Conseil de sécurité, mardi, James Swan, le chef de la mission de maintien de la paix des Nations Unies en RDC – la MONUSCO – a insisté depuis Kinshasa sur ce décalage. Les discussions entre le gouvernement congolais et l’Alliance fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) ont repris en août, en Suisse, et débouché sur une nouvelle feuille de route. Deux premières missions du mécanisme chargé de vérifier le cessez-le-feu se sont rendues dans l’est du pays : à Minembwe, dans la province du Sud-Kivu, puis à Masisi, au Nord-Kivu.
James Swan, le chef de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUSCO), arrive à Goma, au Nord-Kivu, pour le suivi du cessez-le-feu, en avril 2026.
Mais ces avancées diplomatiques n’ont pas encore modifié le rapport de force militaire. Soutenu par le Rwanda, selon l’ONU et plusieurs gouvernements occidentaux, l’AFC/M23 conserve le contrôle de larges pans des deux provinces. Au Nord-Kivu, les combats avec l’armée congolaise et ses alliés se concentrent notamment à Masisi et Walikale, avec un recours persistant aux armes lourdes et aux drones. Au Sud-Kivu, les affrontements se poursuivent dans les hauts plateaux de Mwenga, Fizi et Uvira, provoquant de nouveaux déplacements et entravant l’acheminement de l’aide.
Une guerre alimentée par les minerais
Invitée à prendre la parole devant le Conseil, Néné Bintu Iragi, présidente de la Société civile du Sud-Kivu, a livré une lecture autrement plus âpre de la situation. « L’Est n’est plus en crise, il est en effondrement », a-t-elle lancé. Dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23, elle a dénoncé assassinats, incendies, détentions arbitraires et « punitions collectives », ainsi qu’une administration parallèle imposant ses taxes à la population.
Surtout, l’avocate congolaise a replacé les ressources minières au centre du conflit. Dans plusieurs zones, a-t-elle affirmé, cassitérite, coltan et or sont extraits sous la contrainte, taxés puis intégrés à des circuits commerciaux qui permettent d’en brouiller l’origine. « Tant que l’on pourra tuer pour contrôler une mine et vendre son produit à l’international sans être inquiété, la guerre ne s’arrêtera jamais ! », a-t-elle déclaré.
Ces accusations interviennent quelques jours après la publication d’un rapport d’Amnesty International accusant le M23 d’exactions contre des mineurs et de trafic de minerais vers le Rwanda. Elles soulignent aussi la fragilité des efforts diplomatiques engagés depuis plus d’un an : malgré les accords et les négociations successives, le M23 continue d’occuper d’importantes portions du Nord- et du Sud-Kivu.
Et le M23 est loin d’être le seul foyer de violence. En Ituri voisine et à la frontière du Nord-Kivu, les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’organisation Etat islamique, ont intensifié leurs attaques, notamment contre des sites miniers. Depuis juin, la MONUSCO et l’armée congolaise ont mené plus de 3 100 patrouilles conjointes dans les zones menacées.
À Mungbwalu, en Ituri, un volontaire de l’UNICEF utilise un mégaphone pour mettre en garde les habitants concernant Ebola.
La guerre rencontre Ebola
C’est dans ce paysage fragmenté qu’une deuxième crise s’est installée : Ebola. L’épidémie, déclarée en mai, a franchi la barre des 8 000 cas confirmés. Au 28 septembre, James Swan faisait état de 3 901 décès dans sept provinces. L’Ituri demeure l’épicentre, mais la transmission s’est fortement déplacée vers le Nord-Kivu, où l’insécurité complique le travail des équipes sanitaires.
Il s’agit désormais de la flambée la plus importante et la plus meurtrière jamais connue en RDC, et de la deuxième plus grave épidémie d’Ebola enregistrée dans le monde, derrière celle qui avait frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016. La souche Bundibugyo en cause ne dispose, contrairement à la souche Zaïre, d’aucun vaccin ni traitement homologué. Dans le Nord-Kivu, la défiance envers les autorités sanitaires, les attaques contre les soignants et le manque de personnel compliquent encore la riposte.
La convergence des crises laisse peu de marge aux populations. Plus de 26 millions de Congolais sont confrontés à une insécurité alimentaire aiguë et plus de 6 millions restent déplacés à l’intérieur du pays, tandis que le plan humanitaire de l’ONU n’est financé qu’à moitié.
Néné Bintu Iragi a résumé cette impasse par une formule adressée aux membres du Conseil : « Nous comptons sur vous pour que cette écoute devienne enfin une protection ». Pour l’est congolais, l’enjeu est désormais de transformer l’abondance des processus diplomatiques en quelque chose qui ressemble, enfin, à une paix sur le terrain.
Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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