Mardi, à l’occasion de ce sombre anniversaire, les Nations Unies ont estimé qu’une catastrophe de cette ampleur, dans laquelle plus de 200 personnes ont trouvé la mort et des milliers d’autres ont été blessées, ne saurait devenir « un chapitre abandonné de l’histoire ».

Dans une déclaration publiée par le Bureau du Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le Liban (UNSCOL), son chef par intérim, Jean Arnault, a exprimé sa solidarité avec les victimes et salué leur « quête inlassable de vérité, de justice et de responsabilité ». Il a appelé l’ensemble des acteurs concernés à faire en sorte que la procédure judiciaire puisse enfin aboutir.

ONU Info
Jean Arnault, chef par intérim du Bureau du Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le Liban (UNSCOL).

« Malgré les défis sécuritaires et humanitaires plus récents auxquels le Liban est confronté, la souffrance silencieuse de milliers de personnes directement ou indirectement touchées par cette tragédie reste profonde », a-t-il affirmé. « Une justice retardée est une justice refusée, et le droit des victimes, des survivants et de l’ensemble du peuple libanais à obtenir des comptes doit être respecté sans plus attendre ».

Cet appel intervient à un moment charnière. Après des années d’enlisement, l’enquête connaît enfin des avancées. Le juge d’instruction Tarek Bitar a clôturé ses investigations au printemps et transmis son dossier au parquet, ouvrant la voie à un futur acte d’accusation. Selon la presse, son rapport met en cause 70 personnes pour des infractions liées à l’explosion. Aucune date de procès n’a toutefois été fixée.

Une catastrophe annoncée

Le 4 août 2020, peu après 18 heures, un incendie se déclare dans un entrepôt du port de Beyrouth. Quelques minutes plus tard, 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium explosent. L’onde de choc ravage des quartiers entiers, pulvérise les silos à grains et est ressentie jusqu’à Chypre, à plus de 200 kilomètres.

La cargaison de nitrate d’ammonium, souvent utilisé comme engrais, était entreposée depuis des années sur le port, en plein cœur de Beyrouth.

L’explosion de cette substance n’a pas seulement révélé une défaillance sécuritaire. Elle a mis au jour un certain nombre de difficultés institutionnelles.

© OCHA
L’explosion du port de Beyrouth a causé d’importants dégâts dans les zones résidentielles avoisinantes.

Les années perdues de l’enquête

Au fil des ans, l’instruction ouverte après la catastrophe a été entachée par des accusations de blocages et d’ingérence politique.

En 2023, une experte indépendante des Nations Unies sur l’indépendance des juges et des avocats, Margaret Satterthwaite, s’était dite « profondément troublée » par les informations selon lesquelles d’anciens responsables de l’État et d’autres personnes impliquées dans l’affaire ont eu recours « de manière malhonnête à des procédures de récusation et à d’autres actions contestataires dirigées contre les juges d’instruction nommés pour examiner l’affaire ».

Le juge Bitar, chargé du dossier depuis 2021, a vu son enquête interrompue à plusieurs reprises par une succession de recours déposés notamment par d’anciens ministres et hauts responsables poursuivis dans l’affaire. Selon Mme Satterthwaite, le juge aurait également reçu des menaces de mort crédibles et été visé par des inculpations pour « usurpation de pouvoir ».

Les contestations procédurales, les conflits de compétence et les interventions politiques ont fini par paralyser l’enquête pendant plusieurs années.

Le changement de présidence et de gouvernement au début de 2025 a toutefois ouvert une nouvelle séquence. Le Président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont publiquement promis que l’enquête irait à son terme. Dans la foulée, Tarek Bitar a repris ses investigations, auditionné de nouveaux responsables et finalement bouclé un dossier très lourd.

Pour les proches des victimes, cette accélération nourrit autant l’espoir que la prudence. 

Au-delà du port, l’État de droit

ONU Photos / Pasqual Gorriz
Des soldats de la paix de la mission de l’ONU au Liban (FINUL) évaluent l’ampleur de l’explosion qui a détruit le port de Beyrouth, au Liban, en juin 2020.

Pour les Nations Unies, l’affaire dépasse désormais la seule recherche des responsabilités individuelles.

Jean Arnault estime que l’explosion du port constitue « un rappel tragique de vulnérabilités institutionnelles plus larges ». Selon lui, « une procédure judiciaire impartiale, indépendante et transparente est essentielle pour briser le cycle de l’impunité, restaurer la confiance du public et défendre l’État de droit ».

Le responsable onusien souligne également que l’indépendance de la justice demeure l’une des conditions indispensables des réformes engagées par le Liban. À ses yeux, renforcer les institutions judiciaires ne relève pas seulement du fonctionnement des tribunaux : il s’agit d’un pilier de la reconstruction de l’État.

Depuis 2020, le pays a été secoué par un effondrement économique historique, une longue vacance présidentielle et par les conséquences de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Autant de crises qui auraient pu reléguer l’explosion du port au second plan. 

Mais chaque 4 août, les familles reviennent sur les lieux de la catastrophe pour rappeler que le temps ne saurait tenir lieu de verdict. L’ONU reprend aujourd’hui ce message à son compte. « Les Nations Unies se tiennent fermement aux côtés du peuple libanais », affirme Jean Arnault, pour qui « le chemin vers une véritable reconstruction nationale et l’extension de l’autorité de l’État sont indissociablement liés à l’obtention de la justice ».

Tant que les responsabilités ne seront pas établies devant un tribunal, le plus grand port du pays continuera d’incarner, aux yeux de nombreux Libanais, bien davantage qu’un désastre industriel : le symbole d’une impunité que le temps, à lui seul, n’a pas su emporter.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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