Depuis 1968, un traité international oblige les Etats à porter secours aux astronautes en détresse. Près de 60 ans plus tard, aucun équivalent mondial n’existe encore pour organiser l’aide aux populations frappées par une catastrophe ici bas.
C’est sur ce paradoxe que la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC) a bâti sa nouvelle campagne, lancée jeudi et intitulée Earth’s Missing Treaty (« Le traité manquant de la Terre »). Son objectif : pousser les Etats à conclure le premier traité international global consacré à la protection des personnes avant, pendant et après les catastrophes.
L’Accord sur le sauvetage des astronautes, entré en vigueur en 1968, oblige notamment les Etats parties à secourir et assister les astronautes victimes d’un accident ou en situation de détresse.
« S’il existe un traité qui protège les personnes qui redescendent de l’espace, nous avons aussi besoin d’un traité sur Terre qui protège ceux qui s’y trouvent », a résumé jeudi Dylan Winder, observateur permanent de l’IFRC auprès des Nations Unies, lors d’une conférence de presse à New York.
Derrière la formule se cache un problème beaucoup plus prosaïque. Lorsqu’une catastrophe survient, l’aide internationale peut se retrouver prise dans un dédale de douanes, de taxes et de procédures administratives précisément au moment où chaque heure compte.
11 jours pour passer la douane
Selon les données compilées par l’IFRC, le dédouanement ordinaire prend en moyenne 11 jours dans de nombreuses régions exposées aux catastrophes. En l’absence d’exemptions, couvertures, tentes et autres biens humanitaires peuvent être frappés de droits de douane avoisinant 17 %, presque deux fois le tarif moyen appliqué aux produits manufacturés.
Environ 60 % du matériel acheminé lors de catastrophes de grande ampleur serait par ailleurs constitué d’articles non prioritaires qui n’auraient pas dû être envoyés. Autant de cargaisons qu’il faut réceptionner, stocker et trier alors que les capacités logistiques sont déjà sous pression.
Le futur traité vise à régler ces problèmes avant l’urgence : faciliter l’entrée des équipes étrangères, accélérer le passage des frontières et des douanes et rendre la coopération entre gouvernements et organisations humanitaires plus prévisible. Il ferait aussi de la réduction des risques et de la préparation aux catastrophes une obligation des Etats.
Un village du district de Nuwakot, au Népal, ravagé par des inondations dévastatrices le 26 août 2026.
L’enjeu est considérable. En 2025, 358 catastrophes liées à des aléas naturels ont touché 110,2 millions de personnes et provoqué près de 170 milliards de dollars de pertes économiques, selon l’IFRC. Or, 24 heures d’alerte peuvent réduire les dommages jusqu’à 30 %, tandis que la mortalité liée aux catastrophes est près de six fois plus faible dans les pays disposant de systèmes d’alerte précoce complets, a rappelé M. Winder.
Les inondations catastrophiques qui viennent de frapper le Népal en offrent une illustration immédiate. Dans les régions montagneuses isolées, « la logistique a été vraiment compliquée », a-t-il reconnu. Pour les catastrophes qui nécessitent l’appui d’autres pays, le traité permettrait de régler une partie des obstacles bureaucratiques en amont plutôt que dans l’urgence.
Un vide dans le droit international
Le projet ne part toutefois pas de rien. Des accords bilatéraux et régionaux existent déjà, tout comme des conventions couvrant certains aspects des catastrophes. « Ce n’est pas que rien n’existe, il y a beaucoup de choses », a précisé Isabelle Granger, responsable du droit des catastrophes à l’IFRC. Ce qui manque, selon elle, est « un cadre mondial global » organisant la solidarité et la coopération entre Etats et autres acteurs.
Les Etats membres de l’ONU doivent se réunir en 2027 pour négocier le Traité sur la protection des personnes en cas de catastrophe. Pour donner un visage à cette bataille juridique, l’IFRC a recruté plusieurs astronautes, parmi lesquels Scott Kelly, Julie Payette, Jean-François Clervoy et Sian Proctor.
Cette dernière, qui participait à la conférence de presse au siège de l’ONU, connaît d’ailleurs intimement les catastrophes terrestres. Géologue de formation et professeure de géosciences pendant 30 ans, elle raconte avoir enseigné à ses étudiants « toutes les façons dont la Terre pouvait les tuer », mais aussi comment s’y préparer. En 2021, elle a passé trois jours en orbite à bord de la capsule Dragon de SpaceX, baptisée Resilience.
Vue de là-haut, la planète lui est apparue moins comme une juxtaposition de territoires que comme un système commun : « L’humanité est reliée par un seul ciel et un seul océan ». Une évidence depuis l’espace, mais qui reste à traduire dans le droit international sur Terre.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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