Lorsqu’elle avait pris les rênes de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre 2025, Annalena Baerbock avait choisi pour devise Mieux ensemble. Un an plus tard, alors que les guerres se sont multipliées et que le Conseil de sécurité est resté paralysé sur plusieurs crises majeures, la formule pourrait prêter à l’ironie.
Jeudi, pour sa dernière conférence de presse à New York, l’ancienne ministre allemande des affaires étrangères ne s’est pourtant pas départie de l’optimisme volontariste qui a marqué son mandat. « Il faut être une optimiste structurel quand on travaille dans la diplomatie, sinon il vaut mieux choisir un autre métier », a lancé la présidente sortante de l’Assemblée. Mais elle a aussitôt ajouté : « cela ne veut pas dire que l’on n’est pas réaliste ».
Le réalisme, en l’occurrence, consiste d’abord à reconnaître l’état d’une organisation qui fête ses 80 ans au milieu des conflits, des restrictions budgétaires et d’une contestation croissante du multilatéralisme. « Cette maison n’est pas en bon état », a-t-elle admis, estimant que l’ONU ne pourrait survivre aux fractures actuelles sans devenir moins bureaucratique, plus efficace et plus rapide.
Faire voter plutôt qu’attendre le consensus
Elue en juin 2025 avec les voix de 167 des 193 Etats membres, malgré la demande russe d’un scrutin à bulletin secret, Mme Baerbock était arrivée à New York auréolée d’une carrière politique aussi rapide que mouvementée. Ancienne coprésidente des Verts allemands, candidate de son parti à la chancellerie en 2021, elle était devenue quelques mois plus tard la première femme à diriger la diplomatie allemande, dans le gouvernement d’Olaf Scholz. Elle y avait notamment défendu une ligne ferme face à la Russie et un soutien appuyé à l’Ukraine.
A 45 ans, celle qui fut députée au Bundestag de 2013 à 2025 avait promis de redonner du poids à l’Assemblée générale, cette enceinte où chacun des 193 Etats dispose d’une voix, au moment même où le Conseil de sécurité se trouvait régulièrement neutralisé par les vétos de ses membres permanents.
Son bilan tient en partie à cette promesse. Mme Baerbock revendique d’avoir privilégié le vote lorsque la recherche du consensus menaçait de conduire à l’immobilisme. Elle cite notamment la déclaration de New York sur Gaza, adoptée par plus de 140 Etats, ainsi que la création du premier panel scientifique international indépendant sur l’intelligence artificielle. Dans plusieurs dossiers, a-t-elle insisté, seuls quelques Etats se sont finalement opposés aux textes soumis au vote : preuve, selon elle, que derrière l’image d’une ONU fracturée, « les Etats membres étaient davantage unis que divisés ».
Face au blocage du Conseil de sécurité sur certains dossiers, l’Assemblée a aussi cherché à occuper l’espace laissé vacant. Mme Baerbock a convoqué des débats après des vétos sur Gaza et le détroit d’Ormuz et rappelé, sur l’Ukraine, le principe de souveraineté territoriale inscrit dans la Charte. Une manière de reconnaître les limites de l’institution tout en refusant qu’elles deviennent un prétexte à l’inaction.
Une ONU à alléger
L’autre chantier aura été plus ingrat : celui de la réforme interne. L’initiative ONU 80, lancée par António Guterres, vise à réduire les doublons, revoir des milliers de mandats accumulés au fil des décennies et adapter une organisation dont les structures portent encore l’empreinte d’un autre âge.
Annalena Baerbock, lors d’une conférence de presse après son élection à la présidence de la 80e session de l’Assemblée générale de l’ONU.
Mme Baerbock revendique notamment l’adoption d’un budget réduit, des changements dans les règles financières, une première rationalisation des mandats et la réduction de certaines réunions de haut niveau. Elle cite même la limitation du temps de parole et la coupure automatique des microphones – mesure controversée dans une institution où la parole constitue une matière première – comme une petite révolution destinée à garantir que chaque pays puisse réellement être entendu.
Mais l’ancienne ministre reconnaît que l’essentiel reste à faire. Elle s’est dite « choquée » de découvrir que l’ONU ne disposait même pas d’un organigramme complet permettant de visualiser les chevauchements entre ses innombrables structures. Faut-il encore, s’est-elle demandé, plus de 200 secrétaires généraux adjoints et sous-secrétaires généraux, ou conserver des dispositifs conçus dans les années 1970 sans réexaminer leur utilité ?
Un dernier dossier lui tient particulièrement à cœur : la succession d’António Guterres. Mme Baerbock a organisé huit dialogues interactifs avec les candidats au poste de Secrétaire général, au nom d’une procédure plus transparente. Elle a aussi remis au centre du débat une question que l’ONU élude depuis sa création : après neuf hommes à sa tête, l’organisation choisira-t-elle enfin une femme ? Ne pas même l’envisager sérieusement après 80 ans poserait, selon elle, une question de « crédibilité » pour une institution qui prétend défendre l’égalité.
Mardi 8 septembre, le ministre bangladais des affaires étrangères, Khalilur Rahman, élu en juin par 99 voix contre 91 face au candidat chypriote, lui succédera pour la 81e session. Il héritera d’une ONU toujours en difficulté financière et confrontée à un besoin de réformes.
Autrement dit, d’une institution qu’Annalena Baerbock aura passé un an à défendre, tout en répétant qu’elle ne pourra continuer à exister telle quelle.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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