Depuis Bunia, dans l’est du pays – l’épicentre de l’épidémie –, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît qu’il faut désormais rapprocher les soins des malades pour tenter d’enrayer une épidémie qui continue de progresser.
« Le virus Bundibugyo continue de nous devancer », a reconnu Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, lors d’une conférence de presse, en référence à cette souche d’Ebola particulièrement létale, contre laquelle il n’existe pour l’instant aucun vaccin homologué. Trois mois après le début de l’épidémie, l’agence sanitaire des Nations Unies entend, avec les autorités congolaises et leurs partenaires, « intensifier d’urgence » la riposte.
Car derrière le lourd bilan humain se dessine un problème devenu central. Trop de malades sont pris en charge trop tard. Avec Steve Ahuka, l’un des responsables congolais de la riposte, Mohamed Janabi s’est rendu dans plusieurs centres de traitement et a rencontré des communautés afin de comprendre pourquoi les décès restent aussi nombreux.
À Bunia, des malades arrivent trop tard
Les échanges avec les responsables de l’association des transporteurs de Bunia, dans la province de l’Ituri, où l’épidémie a été déclarée le 15 mai dernier, ont notamment mis en lumière les failles du parcours des malades. Selon l’OMS, la moitié des décès observés parmi les personnes transportées seraient liés aux conditions de leur prise en charge.
« Nous nous demandons pourquoi les gens meurent à Bunia. Mais en discutant avec ces responsables, nous avons compris deux choses. Les centres villageois situés en dehors de Bunia ne disposent pas de ces services. Du coup, tout le monde vient à Bunia. Malheureusement, ils arrivent trop tard », a précisé M. Janabi.
La concentration des capacités de soins dans la capitale provinciale transforme ainsi la distance en facteur de mortalité. Faute de structures adaptées à proximité de leur lieu de résidence, des patients doivent parcourir de longues distances avant d’être pris en charge, parfois alors que leur état est déjà très dégradé.
Le trajet lui-même peut également alimenter l’épidémie. Les malades conduits vers Bunia ne sont pas toujours orientés directement vers un centre de traitement. Certains passent d’abord par leur domicile. Lorsqu’ils meurent, leur corps peut ensuite être ramené dans leur village, multipliant les contacts et les risques de nouvelles contaminations.
Pour l’OMS, il faut donc rompre cette chaîne : rapprocher les structures de soins des communautés, mieux informer les populations et les transporteurs et orienter sans délai les cas suspects vers des centres adaptés. « Trois mois après le début de l’épidémie, si nous ne constatons qu’une réduction de 30 %, pouvons-nous nous asseoir et revoir notre approche ? », s’est interrogé le responsable de l’agence pour l’Afrique.
Des travailleurs déchargent des cartons et des conteneurs d’un avion-cargo à l’aéroport de Bunia, dans le cadre de la riposte contre Ebola en RDC.
À Aru, deux semaines sans nouveau cas
Aru, également dans l’Ituri, fournit à l’OMS un exemple de ce que cette réorientation pourrait permettre d’obtenir. Aucun nouveau cas n’y a été enregistré depuis deux semaines. « C’est une véritable réussite », a estimé M. Janabi.
Après la détection d’un malade, les équipes ont identifié 159 contacts, dont 121 personnes considérées comme suspectes. Mais la riposte ne s’est pas limitée au suivi de ces personnes : elle a été étendue aux localités environnantes, dont sont originaires de nombreux patients.
Des structures de soins y sont progressivement installées et des campagnes de sensibilisation menées afin que les habitants n’aient plus à rejoindre Bunia pour être pris en charge. L’objectif est double : traiter plus tôt les malades et éviter que la capitale provinciale ne concentre à la fois les patients et les risques de transmission.
« Nous devons protéger Bunia dès maintenant. Et pour y parvenir, nous allons nous réunir avec les autorités sanitaires congolaises [pour voir] comment nous pouvons construire dès maintenant des centres à l’extérieur de Bunia, afin de pouvoir prendre en charge ces personnes-là où elles se trouvent », a expliqué le responsable.
L’OMS prévoit parallèlement d’ajouter 400 lits consacrés aux malades d’Ebola et 100 autres destinés à différents services de santé. Mais l’agence insiste aussi sur la nécessité d’élargir la riposte au-delà du seul système sanitaire.
Sur les marchés, par exemple, les commerçants pourraient installer eux-mêmes des dispositifs de lavage des mains. « Dans cette lutte, nous devons agir de manière totalement collective. Je ne m’attends pas à ce que le gouvernement central fasse tout. Je ne m’attends pas à ce que nos agences fassent tout. Mais si nous sensibilisons les commerçants du marché, ils peuvent eux-mêmes faire don d’un ou deux seaux pour se laver les mains », a insisté le directeur régional.
Après trois mois d’épidémie, l’OMS mise donc sur un changement d’échelle, mais surtout de méthode : moins concentrer la riposte à Bunia et intervenir plus tôt, au plus près des foyers de transmission. Mohamed Janabi estime que cette mobilisation pourrait produire des résultats dans les deux ou trois prochains mois.
Le haut-responsable de l’OMS se dit « très optimiste ». Mais les chiffres présentés démontrent l’urgence actuelle. Tant que la majorité des décès continuera de survenir dans les communautés plutôt que dans les centres de soins, le virus conservera une longueur d’avance.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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