La conférence, organisée par ONU-Habitat en collaboration avec l’Azerbaïdjan, réunira des dirigeants mondiaux, des maires, des experts en urbanisme, ainsi que des représentants de gouvernements, du secteur privé, de la société civile et d’organisations internationales.
Un objectif ambitieux : loger le monde
Le thème du forum est un appel à l’action : « Loger le monde : des villes et des communautés sûres et résilientes ». Selon l’ONU, près de 2,8 milliards de personnes vivent aujourd’hui dans des logements insalubres, tandis que plus de 300 millions n’ont pas de logement du tout. Avec près de 70 % de la population mondiale qui devrait vivre dans une ville d’ici 2050, la crise ne fera que s’aggraver.
Dans une interview accordée à ONU Vidéo, la Directrice générale d’ONU-Habitat, Anacláudia Rossbach, a qualifié la situation de « crise mondiale du logement ».
« Cette crise a longtemps été plus grave et structurelle dans les pays du Sud, mais elle se fait désormais sentir également dans les pays du Nord ».
Selon Mme Rossbach, la hausse du coût de la vie est devenue un problème majeur, tandis que les crises internationales, notamment la guerre au Moyen-Orient et les risques qui en découlent pour les chaînes d’approvisionnement mondiales, aggravent encore la situation.
Un bidonville densément peuplé à Mumbai, en Inde.
Bien plus qu’un simple logement
La crise dépasse largement le cadre du logement. Le logement est de plus en plus considéré comme un pilier de la dignité humaine, de la résilience urbaine et même de la stabilité mondiale. Ses répercussions se font sentir dans tous les aspects de la vie, avertit l’ONU : elles mettent à rude épreuve les systèmes de santé et d’éducation, fragilisent les économies et le tissu social.
Francine Pickup, Directrice adjointe du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et cheffe de la délégation du PNUD au forum, a déclaré que l’agence espère profiter du forum de Bakou pour renforcer les partenariats en vue de promouvoir des solutions urbaines intégrées combinant logement, résilience climatique, gouvernance et financement local.
« Cette crise mondiale du logement que nous traversons n’est pas principalement un problème de construction », a expliqué Mme Pickup. « Nous devons aller au-delà de la simple construction de maisons et considérer le contexte urbain dans son ensemble, et appréhender la question du logement comme un problème complexe ».
Quartiers informels : défis et opportunités
L’un des thèmes centraux du forum sera la croissance rapide des quartiers informels, ces zones non planifiées où les habitants ne disposent d’aucun droit foncier légal et vivent dans des logements précaires.
Aujourd’hui, environ 1,1 milliard de personnes vivent dans des bidonvilles, et les projections indiquent que ce chiffre pourrait augmenter de deux milliards supplémentaires dans les prochaines décennies. Les enfants sont particulièrement vulnérables : on estime qu’entre 350 et 500 millions d’enfants vivent dans des conditions de vie précaires.
Parallèlement, ONU-Habitat appelle à un changement de perspective et à ne plus considérer les quartiers informels uniquement comme un problème. Dans de nombreux cas, ces quartiers sont le seul moyen pour des millions de personnes de trouver un abri en ville.
Une équipe de l’ONU-Habitat effectue une visite sur le terrain dans la région d’Izidora, au Brésil.
Reconstruction après un conflit
Un autre enjeu majeur, dans le contexte des conflits et des crises en cours, est celui de la reconstruction des villes après une guerre ou une catastrophe. Fin 2022, plus de 123 millions de personnes avaient été déplacées de force dans le monde, selon l’ONU, dont plus de 60 % ont cherché refuge en milieu urbain.
Perdre son logement, c’est bien plus que perdre son toit. Cela peut entraîner la rupture des communautés, la perte de moyens de subsistance et un profond sentiment d’insécurité. À Bakou, l’accent sera mis non seulement sur l’hébergement, mais aussi sur la reconstruction des vies : de la restauration des quartiers à la création d’emplois, en passant par l’accompagnement des communautés vers un retour à la normale.
Chocs climatiques
Un autre axe de discussion portera sur les enjeux climatiques. Les experts alertent sur le fait que la crise climatique est en passe de devenir un facteur déterminant de la crise mondiale du logement. Les phénomènes météorologiques extrêmes – inondations, tempêtes et incendies de forêt – ont déplacé plus de 20 millions de personnes rien qu’en 2023. Selon les estimations, le changement climatique pourrait détruire 167 millions de logements dans le monde d’ici 2040.
Parallèlement, les bâtiments eux-mêmes demeurent l’une des principales sources d’émissions : le secteur de la construction est responsable de 34 % des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie. Le forum cherchera donc des réponses à deux questions interdépendantes : comment construire davantage de logements tout en évitant une aggravation de la crise climatique ?
« Le thème du Forum est le logement. Nous explorerons le logement sous de nombreux angles différents, notamment l’informalité, le financement, la durabilité et la résilience », a déclaré Mme Rossbach.
« Aujourd’hui, nous devons prendre pleinement conscience de l’impact du changement climatique et de la pression qu’il exerce sur les systèmes de logement. Ce que nous construisons, comment nous construisons et où nous construisons ont tous des conséquences sur les ressources naturelles, la résilience climatique et la capacité des communautés à résister aux chocs et aux catastrophes ».
Elle a ajouté que les discussions à Bakou porteront également sur la reconstruction et le relèvement dans les pays touchés par les guerres et les catastrophes.
« Il est urgent non seulement de fournir des logements, mais aussi de reconstruire les communautés de manière inclusive, résiliente et durable », a affirmé Mme Rossbach.
Un effort collectif
Un thème central traverse le forum : la nécessité d’une action collective, rassemblant tous les acteurs, des gouvernements et des autorités locales jusqu’aux universités et aux communautés locales.
« Le Forum urbain mondial constitue notre plus grande plateforme pour rassembler les parties prenantes », a déclaré Mme Rossbach. « Nous espérons voir une communauté forte et diversifiée réunie à Bakou et sortir du forum avec une coalition mondiale renforcée pour faire face à la crise du logement ».
« Nous ne pouvons résoudre la crise mondiale du logement à nous seuls. Nous avons besoin que les gouvernements, les autorités locales, la société civile, le monde universitaire, les communautés et le secteur privé travaillent ensemble », a-t-elle ajouté.
Le Nouvel Agenda urbain, 10 ans après
Le forum de Bakou marquera également une étape politique importante : cette année marque le dixième anniversaire du Nouvel Agenda urbain, adopté en 2016.
En juillet, l’Assemblée générale des Nations Unies, réunie à New York, procédera à un examen à mi-parcours de cet Agenda ; les discussions de Bakou devraient ainsi contribuer à déterminer les progrès accomplis par le monde dans la création de villes plus durables, sûres et abordables.
À propos du Forum urbain mondial
- Le Forum urbain mondial a été institué par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2001 et est organisé par ONU-Habitat.
- Organisé tous les deux ans, il est considéré comme la principale conférence internationale consacrée à l’urbanisation durable et à l’avenir des villes.
- Le forum rassemble gouvernements, urbanistes, chercheurs, groupes de la société civile et représentants du secteur privé afin d’examiner l’impact de la croissance urbaine rapide sur les communautés, les économies, les infrastructures et le climat.
- Depuis sa première édition à Nairobi en 2002, le forum a été accueilli par des villes du monde entier. Plus de 27 000 participants sont inscrits pour prendre part au forum de Bakou.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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