« À l’approche de la saison froide, les forces armées russes ont de nouveau intensifié leurs attaques de grande envergure contre les infrastructures énergétiques de l’Ukraine », a déclaré le président de la Commission internationale indépendante d’enquête sur l’Ukraine, Erik Møse, en présentant lundi un rapport à l’Assemblée générale des Nations Unies.
Des millions de civils privés de services essentiels
Erik Møse, président de la Commission d’enquête internationale indépendante sur l’Ukraine (photo d’archives).
La Commission a examiné les conséquences des frappes russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, notamment pendant l’hiver 2025-2026, ainsi que leurs effets cumulés depuis l’automne 2022.
Au fil des années, les vagues d’attaques impliquant des centaines de drones et de missiles ont gagné en fréquence, en intensité et en portée géographique, infligeant des dommages considérables au secteur énergétique ukrainien.
L’hiver dernier, alors que les températures sont descendues jusqu’à -21 °C, des millions de personnes ont subi des coupures prolongées de chauffage, d’électricité, de gaz et d’eau, les contraignant à vivre dans des conditions particulièrement éprouvantes.
Les conséquences sanitaires et psychologiques ont été considérables. L’exposition prolongée au froid, la privation de services essentiels et la nécessité de trouver constamment des moyens de survivre ont lourdement affecté la santé physique et mentale des populations.
Les personnes âgées, les personnes à mobilité réduite et celles dépendant d’appareils médicaux électriques ont été particulièrement vulnérables. Certaines, craignant de se retrouver coincées dans un ascenseur en cas de coupure de courant, ne pouvaient même pas rejoindre un abri pendant les alertes aériennes.
« Ce qui était le plus effrayant, c’était de s’endormir et de ne pas se réveiller ; c’était comme une torture d’avoir peur de mourir de froid », a témoigné un homme de 53 ans vivant à Kyïv, cité dans le rapport.
« Je suis restée allongée, ayant froid et faim, sans médicaments, sans rien », a raconté une femme de 74 ans originaire de Kyïv.
Les enfants ont également été durement touchés, avec des fermetures prolongées d’écoles et des maladies liées au manque de chauffage dans les logements.
Des attaques délibérées contre les infrastructures civiles
Sur la base des éléments recueillis, la Commission estime que les commandants russes qui ont ordonné les frappes savaient que les installations de chauffage visées étaient indispensables à la population civile, particulièrement pendant l’hiver.
Elle conclut que les autorités russes ont commis des crimes de guerre en dirigeant intentionnellement des attaques contre des biens civils. Elle considère également que les attaques répétées, menées dans le cadre d’une politique visant à priver la population d’électricité et d’autres services essentiels, constituent des crimes contre l’humanité sous la forme d’autres actes inhumains.
L’enquête s’appuie notamment sur les témoignages de 255 personnes ayant vécu ces conditions hivernales dans neuf régions ukrainiennes, ainsi que sur des informations fournies par les autorités, des médecins et des organisations non gouvernementales.
La Commission a aussi examiné des attaques des forces ukrainiennes contre des infrastructures énergétiques en Russie et dans les territoires occupés de l’Ukraine. Elle précise toutefois n’avoir pas pu approfondir leurs conséquences, faute d’accès et de réponses des autorités russes à ses demandes d’informations.
Des ressortissants de 29 pays recrutés par la traite
Dans un autre volet de son rapport, la Commission affirme avoir réuni des preuves convaincantes du recrutement, par la traite des êtres humains, de ressortissants de 29 pays pour servir dans les forces armées russes.
Selon ses conclusions, des agents ou agences opérant dans différents pays ont attiré ces hommes en leur proposant de fausses offres d’emploi, en exploitant leurs vulnérabilités et en leur faisant miroiter des perspectives professionnelles légitimes.
À leur arrivée en Russie, les recrues ont été contraintes de signer des contrats rédigés en russe avec le ministère de la Défense. Elles ont ensuite été envoyées sur les lignes de front en Ukraine, où elles ont été affectées à des missions dangereuses. Beaucoup ont été tuées ou portées disparues, tandis que d’autres ont été capturées ou se sont rendues aux forces ukrainiennes.
Selon une femme de 35 ans, épouse d’un homme recruté dans les Caraïbes, « ils ont pris son passeport et lui ont simplement dit de signer ici, ici et ici sur le contrat. Celui-ci était rédigé uniquement en russe. Il a subi une pression totale et n’a eu aucune autre option ».
La Commission d’enquête souligne le degré élevé de coordination entre les réseaux de recrutement et les autorités russes, notamment pour l’obtention des visas, l’organisation des déplacements et l’accueil des recrues en Russie.
Elle appelle à la libération de toutes les personnes victimes de cette traite des forces armées russes et rappelle que les attaques contre les civils et les biens civils sont interdites par le droit international.
La Commission insiste enfin sur la nécessité de mécanismes de justice et de reddition de comptes, ainsi que d’un soutien concret aux victimes des violations et des crimes documentés.
NOTE :
La Commission d’enquête internationale indépendante des Nations Unies sur l’Ukraine est un organe indépendant mandaté par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour enquêter sur toutes les violations et atteintes aux droits de l’homme, les violations du droit international humanitaire ainsi que les crimes connexes, dans le contexte de l’agression contre l’Ukraine par la Fédération de Russie. La Commission est composée d’Erik Møse (président), de Pablo de Greiff et de Vrinda Grover.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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