Six Palestiniens tués par des frappes aériennes israéliennes en Cisjordanie entre 2008 et octobre 2023. Puis 254 en moins de trois ans. À elle seule, cette comparaison résume la transformation du territoire palestinien occupé depuis le début de la guerre à Gaza. Mais pour une commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU, l’escalade militaire dissimule une une politique visant à chasser les Palestiniens de leurs terres.
La commission accuse Israël d’avoir commis en Cisjordanie des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, notamment d’extermination, de persécution, de torture, de viol et d’autres violences sexuelles. Elle estime que les opérations militaires israéliennes, ainsi que les attaques répétées de colons, constituent une politique systématique de violences et de déplacements forcés contre les civils palestiniens, destinée à étendre le contrôle israélien sur les territoires occupés.
« Les meurtres et blessures infligés intentionnellement aux civils palestiniens, ainsi que la destruction de leurs habitations en Cisjordanie, conjugués au refus persistant d’Israël d’assumer ses responsabilités, s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à exterminer et déplacer les Palestiniens et à leur imposer des conditions de vie invivables », a affirmé lundi dans un communiqué Srinivasan Muralidhar, président de la commission.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) organise des sessions de sensibilisation à la nutrition à Sada Al Tha’la, en Cisjordanie.
Une violence devenue systématique
Selon les enquêteurs, les autorités israéliennes n’ont pas simplement toléré les violences des colons. Leur comportement indique qu’elles entendaient les intégrer aux opérations militaires dans une attaque coordonnée contre les Palestiniens.
Les enfants sont particulièrement visés. La commission accuse les forces israéliennes d’avoir délibérément tué et gravement blessé des mineurs, leur infligeant également des traumatismes psychologiques. Elle qualifie ces actes de persécution fondée sur l’âge.
Les violences sexuelles, notamment les viols et les atteintes aux capacités reproductives, participeraient également d’une stratégie visant à soumettre, déstabiliser et déplacer la population palestinienne.
Les conséquences territoriales sont considérables. Depuis janvier 2025, les opérations militaires israéliennes ont provoqué le plus important déplacement de Palestiniens en Cisjordanie depuis la guerre de 1967. En août 2026, 34 176 personnes demeuraient déplacées, selon la commission.
Cette violence ne se limite pas aux opérations militaires. D’après le bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), 2 159 attaques de colons ayant fait des victimes palestiniennes ou causé des dégâts matériels ont été recensées depuis le début de l’année 2026, soit une moyenne de 7,4 par jour.
La menace d’un « nettoyage ethnique »
Le constat des enquêteurs trouve un écho dans les déclarations d’António Guterres. En visite au Caire lundi, le Secrétaire général de l’ONU a dénoncé l’expansion des colonies israéliennes, les expulsions incessantes et la multiplication des agressions contre les familles palestiniennes, les journalistes et les diplomates.
Le Secrétaire général de ONU, António Guterres (au premier plan), s’adresse aux journalsistes lors de sa visite au Caire, en Égypte.
« Nous assistons à l’instauration d’un environnement de plus en plus coercitif, où le spectre d’un nettoyage ethnique se profile avec toujours plus d’insistance », a-t-il averti.
Pour la commission, cette évolution s’inscrit dans une continuité historique remontant à la guerre de 1947-1948. Les enquêteurs considèrent que la volonté israélienne d’étendre son territoire tout en réduisant la présence palestinienne constitue l’un des ressorts fondamentaux du conflit.
Israël rejette catégoriquement ces accusations. Selon la presse, la mission diplomatique à Genève a dénoncé lundi une campagne de désinformation destinée à diaboliser le pays et à présenter son existence même comme criminelle.
À Gaza, le cessez-le-feu ne suffit pas
Outre la Cisjordanie, un an après avoir conclu, sous la présidence de la juriste sud-africaine Navi Pillay, lauréate du prix Nobel de la paix 2026, qu’Israël commettait un génocide à Gaza, la commission maintient ses accusations.
Selon l’instance indépendante, les forces israéliennes continuent d’y commettre des actes génocidaires, malgré le cessez-le-feu d’octobre 2025. L’extension du contrôle territorial israélien expose notamment les civils qui s’approchent ou franchissent la « ligne jaune », une frontière de facto à l’intérieur de l’enclave palestinienne délimitant les positions militaires israéliennes.
Les enquêteurs indépendants ne constituent pas une juridiction et leurs conclusions ne valent pas jugement. Elles pourraient néanmoins alimenter d’éventuelles procédures judiciaires internationales.
Le rapport n’épargne pas non plus l’Autorité palestinienne, accusée de réprimer les voix dissidentes et de ne pas enquêter sérieusement sur les violences commises par ses forces de sécurité.
La commission réclame enfin la fin immédiate de l’occupation israélienne, le démantèlement des colonies et la restitution des terres confisquées, conformément à l’avis consultatif rendu en juillet 2024 par la Cour internationale de justice (CIJ).
Au Caire, M. Guterres a réaffirmé qu’aucune paix durable ne serait possible sans reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination. Mais les conclusions des enquêteurs indépendants soulignent une contradiction grandissante entre la diplomatie internationale, qui continue de défendre la solution à deux États, et les transformations imposées sur le terrain, qui menacent chaque jour davantage sa réalisation.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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