Le 4 août 2006, en pleine guerre civile entre l’armée sri-lankaise et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), un mouvement séparatiste armé, les corps de 17 employés sri-lankais d’Action contre la Faim avaient été retrouvés dans les locaux de l’organisation à Muttur, dans le district de Trincomalee, dans l’est du pays. La plupart avaient été exécutés d’une balle dans la tête.

« Les victimes n’étaient pas des combattants. C’étaient des travailleurs humanitaires qui apportaient une aide vitale à des civils pris au piège du conflit armé », ont rappelé, dans un communiqué conjoint, les experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

© OHCHR/Anthony Headley
Le Haut-Commissaire Volker Türk échangeant avec des familles de personnes disparues à Trincomalee, au Sri Lanka, lors d’une visite en 2025.

Une impunité qui perdure

Malgré plusieurs enquêtes internationales, personne n’a été arrêté, poursuivi ou condamné pour ce crime.

Dans un message publié sur le réseau social X à l’occasion de ce 20ᵉ anniversaire, Volker Türk a rappelé que l’enquête menée en 2015 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) avait établi qu’il existait « des motifs raisonnables de croire que des membres des forces de sécurité avaient procédé aux exécutions extrajudiciaires du personnel d’ACF ».

Les experts soulignent également que les différentes commissions d’enquête nationales ont été entravées par des défaillances dans le recueil des preuves, une protection insuffisante des témoins et des ingérences politiques. Ils rappellent notamment que le Groupe international indépendant de personnalités éminentes (IIGEP), chargé de superviser les investigations, s’était retiré en 2008 en dénonçant un « manque de volonté politique » de faire éclater la vérité.

« Près de vingt ans plus tard, les responsables n’ont toujours pas été arrêtés, poursuivis ou punis », ont-ils déploré. Selon eux, cette impunité prolongée continue d’alimenter la souffrance des familles et fragilise la confiance dans l’Etat de droit.

Un drame aux lourdes conséquences humanitaires

Au moment des faits, Action contre la Faim était la seule organisation internationale encore présente à Muttur pour fournir de l’eau potable, des services d’assainissement et d’hygiène aux populations prises dans les combats.

Les experts estiment que l’interruption de ces activités a eu des conséquences directes pour plus de 325.000 personnes déplacées particulièrement vulnérables. La suspension des programmes de réhabilitation des puits, du traitement de l’eau, de la distribution alimentaire et du soutien agricole a accru les risques de malnutrition, de maladies hydriques et d’accès insuffisant à l’eau potable.

Le massacre a également provoqué un recul durable de l’action humanitaire au Sri Lanka. Plus de 2.000 travailleurs humanitaires ont quitté les provinces du nord et de l’est dans les mois qui ont suivi, tandis que l’espace humanitaire s’est progressivement réduit jusqu’à la fin du conflit en 2009.

Alors que 2025 a été l’année la plus meurtrière jamais enregistrée pour les travailleurs humanitaires, avec plus de 1.000 morts entre 2023 et 2025, les experts avertissent que l’impunité dans des affaires comme celle de Muttur envoie un signal dangereux.

Ils demandent au gouvernement sri-lankais de relancer une enquête « rapide, indépendante, impartiale et efficace », d’accorder des réparations complètes aux familles des victimes et de garantir la sécurité de toutes les personnes souhaitant commémorer ce vingtième anniversaire. Pour Volker Türk, « la vérité, la justice, l’obligation de rendre des comptes et les réparations sont essentielles pour bâtir un avenir fondé sur la guérison, la réconciliation et une paix durable ».

La rébellion des Tigres tamouls a pris fin en mai 2009, marquant la défaite totale du mouvement et la conclusion de la guerre civile au Sri Lanka.

 

* Les experts :

  • Morris Tidball-Binz, Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires
  • Margaret Satterthwaite, Rapporteuse spéciale sur l’indépendance des juges et des avocats
  • Pau Pérez Sales, Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
  • Bernard Duhaime, Rapporteur spécial sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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