Le constat tient en une formule. « En dessous d’un certain seuil, le système ne se réduit pas, il s’effondre ». C’est l’une des conclusions d’un rapport publié mardi par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dans lequel il décrit une crise financière qui l’oblige à sabrer dans des programmes allant de l’enregistrement des réfugiés à la protection des enfants et des victimes de violences sexuelles.

L’agence traverse l’une des plus graves crises de financement de son histoire, après les réductions de l’aide consentie par les États-Unis et d’autres grands donateurs. Ses ressources disponibles sont passées de 5,2 milliards de dollars en 2024 à 3,9 milliards en 2025. Fin juillet 2026, elle n’avait reçu que 32 % des 8,5 milliards de dollars jugés nécessaires pour l’année.

Le décalage est d’autant plus brutal que les besoins, eux, ne diminuent pas. Le HCR estime que 131,2 millions de réfugiés, déplacés et apatrides relèveront de son mandat d’ici à la fin de l’année, contre 129,4 millions fin 2025.

« Il s’agit là de coupes budgétaires draconiennes à grande échelle qui auront des répercussions sur d’innombrables vies, et ce n’est pas pour le mieux : dans certaines des plus grandes crises de déplacement au monde, le financement a désormais atteint un niveau tel que des systèmes de protection entiers sont en train d’être démantelés », a averti à Genève Dominique Hyde, directrice des relations extérieures du HCR, dans un communiqué accompagnant la publication du rapport.

© UNHCR/Nicolo Filippo Rosso
Des équipes du HCR s’entretiennnent avec des réfugiés soudanais au centre de transit « One-Stop » à Tine (archives)

L’enregistrement, première ligne de protection

La crise ne concerne pas seulement la quantité de nourriture distribuée ou le nombre d’abris disponibles. Elle touche des services moins visibles, mais déterminants : enregistrer les réfugiés, leur fournir des documents, repérer les enfants en danger, protéger les victimes de violences sexistes ou leur offrir un hébergement sûr.

Sans papiers, un réfugié peut perdre l’accès aux soins, à l’école ou à d’autres services publics, mais aussi être davantage exposé à la détention ou à l’exploitation.

Au Tchad, qui accueille un afflux massif de réfugiés ayant fui la guerre au Soudan, quelque 319 000 personnes subissent ainsi des retards d’enregistrement. Faute de moyens, jusqu’à 200 000 femmes et filles pourraient également perdre l’accès à des espaces sûrs et à des programmes de prévention, tandis qu’environ 233 000 enfants risquent d’être privés de services de protection.

« Lorsque l’enregistrement cesse, que les foyers d’accueil ferment ou que les services de protection de l’enfance disparaissent, les risques mêmes qui ont poussé les personnes à fuir – violence, exploitation et maltraitance – réapparaissent dans le contexte du déplacement », a prévenu Mme Hyde. Certaines familles, ajoute-t-elle, peuvent alors être contraintes de fuir de nouveau ou tomber entre les mains de trafiquants.

© HCR/ Santi Palacios
Un jeune enfant rohingya marche le long d’un sentier étroit entre des abris de fortune dans le camp de réfugiés de Cox’s Bazar.

Du Soudan à l’Afghanistan

Le même engrenage est à l’œuvre au Soudan. Les opérations d’enregistrement y ont été suspendues pendant les cinq premiers mois de 2026 et quelque 140 000 réfugiés et demandeurs d’asile n’avaient toujours pas été enregistrés à la mi-année. Des dizaines de milliers de victimes de violences sexuelles et d’enfants particulièrement exposés risquent également de perdre l’accès à des services essentiels.

En Éthiopie, la capacité d’accueil des foyers destinés aux victimes de violences sexistes a diminué de plus de moitié en un an. Dans certaines régions, la couverture des services de protection de l’enfance a chuté de près de 85 %.

Les coupes atteignent aussi les programmes destinés à permettre aux réfugiés de sortir progressivement de la dépendance humanitaire. En Iraq, environ 350 000 réfugiés et demandeurs d’asile pourraient perdre l’accès à des dispositifs favorisant leur insertion économique. En Syrie, 162 500 déplacés internes et réfugiés revenus dans le pays ne recevront pas l’aide financière prévue sans nouveaux fonds.

L’Afghanistan illustre peut-être le plus brutalement l’ampleur de la contraction. Depuis le début de 2026, seuls 175 foyers ont bénéficié d’une aide à la réintégration, contre 5 300 en 2024.

« Des mesures difficiles de priorisation »

Face à l’assèchement de ses ressources, le HCR dit avoir « dû prendre des mesures difficiles de priorisation pour préserver ses activités les plus cruciales ». Mais l’agence prévient qu’il existe une limite au-delà de laquelle il n’est plus possible de réduire un dispositif tout en continuant à le faire fonctionner.

« La protection ne peut être réduite indéfiniment sans que les systèmes ne s’effondrent », a insisté Mme Hyde. En dessous d’un certain seuil, les services ne se contentent pas d’atteindre moins de personnes ; ils peuvent cesser complètement de fonctionner, laissant les personnes les plus exposées sans la protection dont elles ont besoin ».

C’est ce seuil que le HCR estime désormais approcher dans plusieurs pays. L’agence appelle les États à débloquer rapidement de nouveaux financements et, surtout, à lui accorder davantage de fonds non affectés, qu’elle peut redéployer vers les crises les plus pressantes.

Sans ce soutien, prévient Mme Hyde, des millions de personnes risquent de perdre non seulement une aide matérielle, mais les dispositifs qui leur permettent de rester en sécurité et, à terme, de reconstruire leur vie.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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