Des institutions aux zones de conflit, ces représentations influencent la place accordée aux femmes et aux filles. La Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme les décrit comme « empoisonnant nos pratiques quotidiennes, nos institutions et nos lois ».
Elle a également établi un lien entre le recul des droits des femmes et des évolutions politiques plus larges.
« Ce n’est pas un hasard », estime Awa Dabo, s’il s’accompagne « d’une résurgence de l’autocratie et de la prolifération des conflits violents à travers le monde ».
Des reculs qui se rejoignent
Une étude menée l’an dernier dans 174 pays a montré que presque tous les pays où l’égalité entre les sexes était faible étaient des autocraties. Pour la Haut-Commissaire adjointe, les stéréotypes qui assignent des rôles aux femmes et aux hommes peuvent devenir des instruments de contrôle social.
« Nous le constatons clairement dans certains conflits actuels, où les autorités renforcent les stéréotypes sur les femmes afin de resserrer le contrôle social et, dans certains cas, de rallier des soutiens en faveur de la militarisation et des programmes nationalistes », a affirmé Mme Dabo.
Les filles dans les TIC: apprentissage et mentorat au Marua Hub, Kajiado, Kenya
Dans les conflits et les crises, ces préjugés peuvent déterminer qui est pris pour cible et comment. Ils peuvent aussi réduire les victimes au silence, peser sur les enquêtes et favoriser l’impunité.
De la République démocratique du Congo au Myanmar, en passant par les Territoires palestiniens occupés, le Soudan et le Venezuela, des mécanismes d’enquête de l’ONU ont documenté des violences commises contre des femmes pour punir indirectement des hommes ou des communautés. Des hommes et des garçons ont également subi des viols et des humiliations à caractère sexiste visant à affirmer la domination d’une partie au conflit sur l’autre.
Ces violences s’inscrivent généralement dans un ensemble de stéréotypes et de préjugés de genre qui, lorsqu’ils se banalisent, peuvent légitimer la discrimination, l’exclusion et, dans certains contextes, la violence.
Algorithmes et réseaux sociaux
Pour la cheffe adjointe aux droits de l’homme de l’ONU, les stéréotypes de genre ne sont pas des idées abstraites : ils façonnent la manière dont les femmes sont perçues, écoutées et jugées au quotidien.
Selon les estimations de l’ONU, près de neuf personnes sur dix dans le monde nourrissent au moins un préjugé à l’égard des femmes.
La Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, Awa Dabo, prend la parole lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
« Pour de nombreuses femmes, dont je fais partie, être jugée en fonction de son genre, être scrutée pour son apparence plutôt que pour son travail, et devoir dissimuler son malaise face à des blagues sexistes restent des réalités quotidiennes », a insisté Mme Dabo.
Une façon pour rappeler que ces préjugés se construisent dès l’enfance. Une fille peut être davantage sollicitée pour les tâches ménagères, tandis qu’un garçon peut être victime de harcèlement parce qu’il ne correspond pas aux normes de masculinité. Selon l’UNICEF, les filles de 10 à 14 ans consacrent 50 % de temps en plus aux tâches ménagères que les garçons. « Ces stéréotypes se dissimulent souvent sous le couvert de la morale, des valeurs familiales ou des rôles de genre établis, et peuvent même être présentés comme positifs ».
À l’ère numérique, ces biais peuvent également se reproduire dans les technologies. Une participation insuffisante des femmes à leur conception risque d’intégrer des préjugés dans les algorithmes et d’affaiblir les réponses à la misogynie en ligne. Une étude a révélé que les comptes TikTok et YouTube Shorts de jeunes hommes commençaient à recevoir du contenu issu de la « manosphère » dans les 26 minutes suivant leur première consultation.
L’intelligence artificielle connaît une croissance sans précédent. ONU Femmes appelle à évaluer les systèmes d’intelligence artificielle et les algorithmes afin de détecter tout biais et toute conséquence discriminatoire avant et tout au long de leur déploiement.
Prévenir les biais
Les algorithmes peuvent reproduire et amplifier les préjugés de genre. Pour comprendre pourquoi ils persistent, il faut remonter aux normes sociales et institutionnelles qui les produisent, a expliqué Rhoda Reddock, experte du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW).
Selon elle, ces stéréotypes reposent notamment sur l’idée d’une infériorité des femmes et d’une supériorité des hommes. Transmis dès l’enfance et inscrits dans les pratiques comme dans les règles des institutions, ils servent à justifier les inégalités et la subordination des femmes et des filles. Les combattre exige de transformer ces normes dans tous les domaines de la vie et de prendre en compte les discriminations qui se cumulent.
Plus de trente ans après l’adoption du Programme d’action de Beijing, l’écart entre les droits reconnus et la réalité reste considérable. Selon ONU Femmes, les femmes ne disposent encore que de 64 % des droits juridiques dont bénéficient les hommes et accomplissent deux fois et demie plus de travail de soins non rémunéré.
Nyaradzayi Gumbonzvanda, directrice adjointe d’ONU Femmes, a appelé les États et le Conseil des droits de l’homme à agir sur cinq fronts : éliminer les stéréotypes des lois et des pratiques institutionnelles ; les prendre en compte dans les mécanismes de suivi des droits humains ; renforcer la formation, le contrôle et les recours ; évaluer les systèmes d’intelligence artificielle et les algorithmes pour détecter les biais et leurs effets discriminatoires avant leur déploiement, puis tout au long de leur utilisation ; et soutenir les organisations de femmes dans les réformes.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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