« Les opérations de paix des Nations Unies constituent des outils indispensables au maintien de la paix et de la sécurité internationales – mais pour gagner en efficacité, elles doivent s’adapter aux nouvelles réalités », a déclaré le Secrétaire général, résumant le principal enseignement d’un vaste processus de consultations mené auprès des États Membres, des missions de l’ONU, des partenaires régionaux et de la société civile.
Un monde où les guerres se multiplient
Après huit décennies d’évolution des opérations de paix, l’ONU se trouve confrontée à un environnement sécuritaire profondément transformé. La géopolitique se recompose, le pouvoir se fragmente et de nouveaux pôles d’influence apparaissent.
Surtout, les conflits entre États se multiplient, tandis que les guerres internes deviennent plus longues, plus internationalisées et plus difficiles à résoudre. « Il n’y a jamais eu autant de conflits armés depuis 1945 », a averti António Guterres.
Le bilan humain s’alourdit lui aussi : le nombre de morts liées aux combats au cours des cinq dernières années dépasse celui enregistré pendant les 25 années précédentes. Dans le même temps, les modes de guerre évoluent rapidement, avec la progression de l’usage militaire des drones et la perspective inquiétante d’armes létales autonomes dotées d’intelligence artificielle.
À cela s’ajoutent l’essor des réseaux criminels transnationaux, l’accès croissant d’acteurs étatiques et non étatiques à des technologies meurtrières, le retour de la menace nucléaire et les attaques répétées contre les civils et les infrastructures civiles.
Un modèle qui ne correspond plus à la réalité
Pour le chef de l’ONU, le modèle des dernières décennies ne correspond plus toujours à la réalité des conflits actuels.
Les missions étaient traditionnellement déployées après une guerre civile pour aider les parties à conclure et appliquer un accord de paix. Or ces accords sont désormais « de plus en plus rares, plus difficiles à obtenir et plus fragiles ».
Trop souvent, les négociations s’enlisent, la violence reprend et les civils sont pris pour cible, tandis que les opérations de paix elles-mêmes deviennent des cibles. Dans certains conflits, les parties ne subissent guère de pression pour mettre fin aux hostilités, voire bénéficient du soutien d’acteurs extérieurs qui contribuent à leur prolongation, comme au Soudan.
Dans ce contexte, il estime que « les opérations de maintien de la paix ne devraient être déployées que lorsqu’un accord de paix ou, à tout le moins, un cessez-le-feu solide est déjà en place ». « On ne peut maintenir la paix là où il n’y a pas de paix à maintenir », a-t-il martelé.
Un policier de l’ONU arrête un véhicule à un point de contrôle à Bangui, la capitale de la République centrafricaine.
Remettre la diplomatie au premier plan
L’examen, demandé par les États Membres dans le cadre du Pacte pour l’avenir, propose une nouvelle approche couvrant pour la première fois l’ensemble du spectre des opérations de paix de l’ONU : des petites missions politiques aux grandes opérations multidimensionnelles de maintien de la paix.
Au total, le rapport formule 47 recommandations et engagements destinés à rendre ces opérations « plus ciblées, agiles, flexibles et économiques ».
La première priorité est de remettre le rétablissement de la paix au cœur de l’action de l’ONU. Cela passe par davantage de diplomatie préventive, de bons offices et de règlement pacifique des différends, ainsi que par un renforcement du rôle du Secrétaire général, de ses envoyés et du Secrétariat.
António Guterres a notamment cité l’exemple de la Colombie, où les bons offices de l’ONU ont contribué au processus de paix, à la conclusion de l’accord et à sa mise en œuvre. Il a également insisté sur l’importance des présences régionales capables d’intervenir rapidement avant qu’un différend ne dégénère en conflit.
Des mandats plus ciblés et flexibles
Le Secrétaire général a également appelé à mieux adapter les mandats aux réalités du terrain.
Les opérations doivent se concentrer sur les domaines où elles disposent d’un avantage comparatif, notamment l’action politique, la sécurité et, lorsque leur mandat le prévoit, la protection des civils. Lorsque la situation évolue profondément, les mandats doivent pouvoir évoluer eux aussi.
Cela implique notamment des évaluations régulières, des options permettant d’adapter les missions et des stratégies de transition et de sortie préparées suffisamment tôt.
L’ONU veut également renforcer ses partenariats avec les pays hôtes. « La paix ne s’importe pas. Elle se construit sur le terrain, en étroite coopération avec les États hôtes », a souligné António Guterres.
Les opérations doivent ainsi soutenir les acteurs nationaux, considérés comme essentiels à toute paix durable, et mieux coordonner leur action avec les équipes de pays des Nations Unies, les fonds, programmes et agences spécialisées.
Moins de moyens, plus d’efficacité
Cette réforme intervient aussi dans un contexte de réduction importante des budgets consacrés au maintien de la paix et de diminution des effectifs militaires et policiers. L’ONU entend donc rendre ses opérations plus efficientes, tout en renforçant leur impact et leur responsabilité.
Le Secrétaire général a appelé à des structures administratives plus flexibles, des chaînes de commandement claires et de meilleurs mécanismes de planification et d’intervention. Il a également insisté sur la nécessité d’investir dans les capacités technologiques, la mobilité, la préparation et la sécurité du personnel déployé sur le terrain.
Il a par ailleurs appelé à préserver et renforcer la participation des femmes à tous les aspects des opérations de paix.
« Aucune impunité. Aucune exception »
António Guterres a aussi rendu hommage aux Casques bleus et aux personnels civils qui ont perdu la vie au service de la paix.
« Les attaques contre les Casques bleus des Nations Unies doivent cesser et leurs auteurs doivent répondre de leurs actes. Aucune impunité. Aucune exception », a-t-il déclaré.
Il a notamment rappelé l’attentat contre l’hôtel Canal à Bagdad en 2003, qui avait tué 22 membres du personnel de la mission politique spéciale de l’ONU en Iraq.
Le chef de l’ONU a également souligné l’importance d’un partenariat renforcé entre l’ONU et les organisations régionales, citant notamment l’Union africaine et le modèle de financement prévu par la résolution 2719 du Conseil de sécurité pour les opérations de soutien à la paix menées par l’UA.
Investir dans la paix
Pour António Guterres, cette réforme ne pourra toutefois réussir sans volonté politique des États Membres.
Les opérations de paix restent, avant tout, « des instruments politiques », dont l’efficacité dépend de mandats adaptés, de la volonté des parties au conflit et du soutien du Conseil de sécurité et des États Membres.
Le rapport présenté mercredi constitue ainsi moins une remise en cause du maintien de la paix qu’un appel à l’adapter à une époque où les guerres sont plus nombreuses, plus complexes et plus difficiles à résoudre.
« Nous devons nous adapter à un monde en mutation », a conclu le Secrétaire général. « Et ensemble, nous devons trouver la volonté — et les ressources — de tracer des voies vers la paix. »
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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