Sur le papier, l’impasse qui paralysait l’après-guerre à Gaza depuis la signature, en octobre 2025, d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, vient de céder sur un point essentiel. Le Hamas et les autres factions palestiniennes ont accepté, le 30 juillet, une feuille de route en 15 points prévoyant le démantèlement de leurs arsenaux et le transfert de l’ensemble de leurs responsabilités civiles et sécuritaires à une administration palestinienne transitoire. Selon Nickolay Mladenov, le haut représentant du Conseil de la paix à Gaza, un organe institué par les États-Unis avec l’aval de l’ONU, il s’agit là d’une avancée sans précédent.

« Le président Trump l’a qualifié de percée », a-t-il salué mercredi devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. « Et c’est effectivement une percée historique ». 

Pour la première fois, selon lui, depuis que le mouvement islamiste a pris le contrôle de Gaza en 2007, la perspective de son désarmement ne relève donc plus seulement d’une exigence israélienne ou américaine. Elle figure dans un dispositif accepté par le Hamas lui-même.

L’accord repose sur une mécanique graduelle. Les armes doivent être retirées du contrôle des factions, rendues inutilisables sous supervision internationale, puis chaque étape certifiée avant que ne commence la suivante. Le retrait israélien doit progresser parallèlement au désarmement vérifié. « Gaza ne peut pas être désarmée en quinze jours », a reconnu M. Mladenov. La feuille de route fixe donc non pas une échéance, mais « l’ordre dans lequel les choses se produisent » et les preuves nécessaires pour passer d’une phase à l’autre.

© PAM / Jaber Badwan
Une employée du Programme alimentaire mondial (PAM) distribue des aliments nutritifs à des enfants de Gaza.

« Ne rien croire et tout vérifier »

Le dispositif marque surtout une tentative de sortir Gaza du système de pouvoir qui y prévaut depuis près de 20 ans. Le Comité national pour l’administration de Gaza, constitué en janvier et composé de professionnels palestiniens, doit progressivement prendre en charge la police, les services publics, les paiements et la reconstruction. Il n’a pas vocation, selon M. Mladenov, à remplacer l’Autorité palestinienne, appélée à prendre la tête du futur État de Palestine, mais à préparer à terme la réunification politique de Gaza et de la Cisjordanie.

La formule choisie pour résumer le nouveau principe est sans ambiguïté. « Une autorité, une loi, une arme ». Quant à la méthode, M. Mladenov l’a résumée plus sèchement encore : « Ne rien croire et tout vérifier ».

Mais entre l’accord et son exécution se heurte la réalité du terrain. Les frappes israéliennes ont continué depuis l’acceptation de la feuille de route. Selon Ramiz Alakbarov, le responsable onusien chargé de faire avancer le processus de paix au Moyen-Orient, plus de 100 Palestiniens ont été tués et plus de 400 blessés depuis son dernier compte rendu au Conseil. Environ les deux tiers du territoire restent inaccessibles ou soumis à de fortes restrictions d’accès par Israël.

Un nouvel hiver sous les tentes

Nickolay Mladenov, pourtant l’un des principaux artisans du dispositif actuel, a lui-même mis en garde Israël contre la poursuite des frappes. « Un cessez-le-feu sous lequel des civils continuent d’être ensevelis n’est pas encore un cessez-le-feu que les habitants de Gaza peuvent ressentir », a-t-il lancé. Selon lui, bombarder des stocks d’armes qui doivent de toute façon être remis dans le cadre du désarmement ne fait que retarder ce dernier. Mais le Hamas, a-t-il ajouté, doit lui aussi respecter intégralement son engagement à cesser toute activité militaire. Chaque arme encore portée et chaque tunnel encore exploité fragilisent selon lui le processus.

L’urgence, elle, ne se mesure pas au rythme des négociations. Si la situation alimentaire s’est améliorée depuis la famine constatée à Gaza à l’été 2025, ces progrès restent « réversibles », a averti M. Mladenov. Les pénuries concernent notamment l’eau, l’assainissement, l’énergie et les abris. Les agences de l’ONU redoutent en outre un épuisement des stocks de nourriture et d’autres biens essentiels dès la fin septembre.

Ramiz Alakbarov a insisté sur le même décalage entre l’ampleur des plans d’action et celle des besoins immédiats. L’appel humanitaire pour 2026 n’est financé qu’à 40 %. Les stocks d’abris et de biens non alimentaires s’épuisent, tandis que l’entrée de matériel essentiel demeure entravée. « Les Palestiniens attendent davantage de nous », a-t-il déclaré. « Ils ne devraient pas passer un hiver de plus dans des tentes glaciales ».

© UNICEF/Eyad El Baba
Une fillette de neuf ans devant sa maison endommagée dans le camp de Nuseirat, dans le centre de Gaza.

Contradiction entre Gaza et la Cisjordanie

A cette fragilité gazaouie répond une autre menace, plus structurelle, en Cisjordanie occupée. Le responsable onusien a dénoncé la poursuite d’attaques de grande ampleur commises par des colons israéliens dans une « quasi-impunité », accusant les forces de sécurité israéliennes d’avoir parfois facilité ces violences ou d’y avoir participé. 

Le 18 août, les autorités israéliennes ont en outre ouvert les appels d’offres pour plus de 1 200 logements dans la zone E1, à l’est de Jérusalem. Leur construction couperait, selon M. Alakbarov, le nord de la Cisjordanie de sa partie sud et de Jérusalem-Est, compromettant davantage la possibilité d’un Etat palestinien viable.

La contradiction est ainsi au cœur du moment actuel : tandis qu’à Gaza se construit minutieusement un mécanisme destiné à rendre possible un horizon politique palestinien, celui-ci continue de se rétrécir en Cisjordanie. Pour Alakbarov, reconstruction de Gaza et règlement politique ne peuvent précisément être dissociés : l’objectif reste de réunifier Gaza et la Cisjordanie sous un gouvernement palestinien unique et légitime, de mettre fin à l’occupation et d’avancer vers deux Etats.

M. Mladenov a formulé l’alternative en termes plus abrupts : soit « une Gaza désarmée, gouvernée par les Palestiniens, reconstruite et reconnectée au monde », soit une enclave de nouveau armée, divisée et en ruines, où grandirait « une génération radicalisée » avec, déjà, la prochaine guerre à l’horizon.

POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

To submit your press release: (https://www.globaldiasporanews.com/pr).

To advertise on Global Diaspora News: (www.globaldiasporanews.com/ads).

Sign up to Global Diaspora News newsletter (https://www.globaldiasporanews.com/newsletter/) to start receiving updates and opportunities directly in your email inbox for free.