Les Casques bleus s’en vont, mais les conflits perdurent. Lors d’un point de presse au siège des Nations Unies, Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, a alerté sur les risques que fait peser le retrait des Casques bleus dans plusieurs régions du monde. De la frontière israélo-libanaise au Sahara occidental, l’organisation voit disparaître certaines de ses présences militaires les plus anciennes, sans garantie que les États concernés puissent préserver seuls la stabilité.

UN Photo/Manuel Elias
Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix (photo d’archive).

Au Liban, où la Force intérimaire des Nations Unies (FINUL) doit cesser ses opérations à la fin de l’année, l’incertitude domine. De retour d’une visite dans le pays, M. Lacroix a exhorté le Conseil de sécurité à se prononcer sur les modalités d’une éventuelle présence internationale après le retrait des soldats de la paix.

Au Liban, la crainte d’un vide sécuritaire

Déployée depuis 1978, la FINUL joue un rôle d’intermédiaire entre les armées libanaise et israélienne, surveille les violations des accords et facilite l’acheminement de l’aide humanitaire. Près de 7 500 Casques bleus y sont encore présents.

Mais leur départ soulève une question que les autorités libanaises jugent cruciale : qui empêchera les incidents frontaliers de dégénérer en affrontements ?

« Que se passe-t-il lorsqu’il n’y a plus de présence tierce entre l’armée libanaise et les forces de défense israéliennes ? », s’est interrogé M. Lacroix, évoquant également l’avenir de la Ligne bleue, tracée par l’ONU pour matérialiser le retrait israélien du Liban en 2000.

Selon le responsable onusien, les dirigeants libanais, dont le président Joseph Aoun et le premier ministre Nawaf Salam, ont exprimé lors de sa visite leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme un possible « vide sécuritaire ».

La question est aussi humanitaire. Environ 10 000 personnes vivraient encore entre la Ligne bleue et la ligne de défense avancée établie par Israël en territoire libanais, selon une estimation que M. Lacroix a lui-même présentée avec prudence. L’accès de ces populations à l’aide dépend notamment de la FINUL.

Malgré les propositions transmises en juin par le chef de l’ONU, António Guterres, le Conseil de sécurité n’a toujours pas arrêté de dispositif de remplacement.

MINURSO/Josefina Patlan
Une femme Casque bleu de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) lors d’une patrouille dans le désert.

Au Sahara occidental, fin de 35 ans de présence

Cette paralysie diplomatique a déjà produit ses effets au Sahara occidental. Le 31 octobre, la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) a cessé ses opérations, faute d’accord entre les membres du Conseil pour sa reconduction.

Une résolution américaine, favorable à une transformation de la mission et à une solution fondée sur l’autonomie sous souveraineté marocaine, s’est heurtée au veto russe. Un texte concurrent présenté par Moscou, qui proposait de reconduire pour une durée d’un an le mandat de la mission,  n’a pas recueilli les neuf voix nécessaires à son adoption.

Créée en 1991 pour accompagner un cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario, la MINURSO n’aura jamais organisé le référendum d’autodétermination prévu à son origine. Sa disparition met fin à plus de trois décennies de surveillance militaire onusienne dans un territoire où les hostilités ont repris en 2020.

M. Lacroix a confirmé mercredi que la mission était entrée en phase de liquidation. L’ONU appelle les parties à la retenue et maintient son engagement en faveur d’une solution politique garantissant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Des missions confrontées à de nouvelles menaces

De retour d’une visite en Syrie et auprès des Casques bleus déployés sur le plateau du Golan, M. Lacroix a fait état des conséquences de la présence militaire israélienne sur les populations civiles. Les observateurs de l’ONU recueillent selon lui des plaintes concernant des détentions, des restrictions d’accès et des confiscations de biens.  Leur médiation aurait permis plusieurs libérations et restitutions.

À Abyei, territoire disputé entre le Soudan et le Soudan du Sud, de récentes attaques de drones illustrent une autre menace grandissante. Les Casques bleus doivent désormais adapter leurs moyens à des technologies qui mettent en danger aussi bien leurs personnels que les populations qu’ils protègent.

L’ONU a engagé une révision de ses capacités militaires et technologiques. Mais, pour M. Lacroix, la réponse ne saurait être uniquement technique : elle relève avant tout de la « responsabilité politique ».

Une manière de rappeler que les Casques bleus ne peuvent compenser indéfiniment l’absence de volonté des États de faire la paix.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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