Dans un nouveau rapport intitulé Beyond the Breaking Point (Au-delà du point de rupture), l’agence des Nations Unies pour l’égalité des sexes souligne que les organisations qui fournissent des services essentiels aux femmes et aux filles sont contraintes de réduire, voire de suspendre, leurs activités au moment même où les besoins humanitaires atteignent un niveau historique.

Près de 120 millions de femmes et de filles dans le monde ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire et d’une protection. Pourtant, les organisations locales dirigées par des femmes, souvent les seules capables d’atteindre les populations vivant dans les zones les plus difficiles d’accès, font face à une crise de financement sans précédent.

Des organisations en première ligne menacées

Présentes dans certaines des crises les plus graves au monde, notamment en Afghanistan, en République démocratique du Congo et en Haïti, ces organisations continuent d’apporter un soutien aux survivantes de violences, aux familles déplacées et aux communautés vulnérables, bien après que l’attention internationale s’est détournée de ces conflits.

« Chaque dollar retiré aux organisations de femmes est un dollar retiré aux survivantes de violences sexuelles liées aux conflits, aux mères déplacées, aux filles déscolarisées et aux communautés qui luttent pour survivre », a déclaré Sofia Calltorp, cheffe de l’action humanitaire chez ONU Femmes.

L’agence prévient que ses partenaires sont contraints de réduire leurs programmes précisément au moment où ils sont le plus nécessaires.

© UNICEF/Osman Khayyam
Des femmes accèdent à une aide d’urgence en Afghanistan.

Des besoins en hausse, des moyens en chute

Le rapport, fondé sur les réponses de 855 organisations dirigées par des femmes dans 52 pays touchés par des crises et des conflits, dresse un constat alarmant.

Au moins un million de femmes et de filles ont déjà perdu l’accès à des services essentiels depuis janvier 2025, conséquence directe de la plus forte baisse annuelle de l’aide internationale jamais enregistrée.

Près de neuf organisations sur dix affirment ne plus être en mesure de répondre aux besoins actuels, tandis que 84 % constatent une augmentation de la demande.

Les populations les plus isolées sont les premières touchées : 63 % des organisations ont dû réduire leurs activités dans les communautés les plus difficiles d’accès.

Parallèlement, 86 % signalent une hausse des violences fondées sur le genre et 62 % indiquent que des espaces sûrs pour les femmes et les filles ont fermé ou ont considérablement réduit leurs activités.

Enfin, une organisation sur cinq a déjà suspendu ses programmes consacrés au leadership féminin et à l’égalité des sexes, sur fond de recul plus large des droits des femmes dans le monde.

Des humanitaires contraintes de travailler sans salaire

La crise frappe également celles qui assurent cette réponse humanitaire. Nombre de responsables d’organisations vivent elles-mêmes les conséquences des conflits ou du déplacement forcé, tout en poursuivant leur travail malgré l’absence de financement.

Près des deux tiers des organisations indiquent que leur personnel continue de travailler sans rémunération afin de maintenir les services les plus essentiels.

Près d’une organisation sur deux fait état d’une augmentation de l’épuisement professionnel de ses équipes, tandis que 88 % observent une détérioration de la santé mentale des femmes et des filles qu’elles accompagnent.

Des services essentiels qui disparaissent

Les effets de cette crise du financement sont déjà visibles sur le terrain.

La moitié des organisations interrogées ont instauré des listes d’attente ou sont contraintes de refuser des bénéficiaires faute de moyens.

Dans le même temps, 92 % constatent une aggravation de la pauvreté parmi les femmes qu’elles soutiennent et 82 % observent une hausse du décrochage scolaire des filles.

Derrière ces chiffres, souligne ONU Femmes, se cachent des réalités dramatiques : des femmes qui trouvent portes closes lorsqu’elles cherchent refuge, des femmes enceintes contraintes de parcourir de longues distances pour accéder à des soins et des mères incapables de nourrir leurs enfants.

Une menace pour le relèvement et la paix

Pour ONU Femmes, les conséquences dépassent largement la seule réponse humanitaire.

La disparition progressive des organisations de femmes compromet également les efforts en faveur du leadership féminin et de la participation des femmes aux décisions locales. Plus de la moitié des organisations interrogées constatent déjà un recul de la présence des femmes dans les instances de décision communautaires.

L’agence appelle les donateurs à renforcer d’urgence leur soutien à ces organisations, qu’elle considère comme des acteurs de première ligne indispensables pour protéger les droits des femmes, soutenir les communautés et favoriser le relèvement ainsi que la consolidation de la paix.

« Sans action immédiate, les organisations qui ont permis aux femmes et aux filles de survivre aux pires crises mondiales risquent de devenir, elles aussi, des victimes de la guerre », a conclu Mme Calltorp.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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