Le constat ressort du Global Risk Report de l’ONU, un sondage basé sur les réponses de 1 300 représentants de gouvernements, d’organisations internationales, de la société civile, du secteur privé et du monde universitaire, interrogés dans toutes les régions du monde.

Plus d’un tiers d’entre eux, 36 %, estiment désormais qu’une guerre mondiale pourrait avoir, dans l’année, des conséquences touchant une part importante de l’humanité. Ils sont 76 % à envisager un tel scénario dans les sept prochaines années.

La guerre est aussi le seul des 28 risques examinés à figurer parmi les plus préoccupants selon quatre critères : importance, imminence, liens avec d’autres menaces et manque de préparation de la communauté internationale pour y faire face.

« Les conclusions donnent à réfléchir. Les risques politiques sont passés au premier plan », écrit le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans la préface du rapport. « Dans le même temps, les institutions censées y répondre sont jugées moins capables d’agir ».

La géopolitique reprend le dessus

Dans la version 2024 du rapport, les préoccupations étaient dominées par les menaces environnementales, la désinformation et le risque de nouvelles pandémies. Deux ans plus tard, les tensions géopolitiques, la guerre et l’érosion de l’Etat de droit occupent le devant de la scène.

Ce basculement ne se limite pas aux régions directement exposées aux conflits. La guerre à grande échelle et les tensions géopolitiques figurent parmi les 10 risques jugés les plus importants dans chacune des sept régions étudiées. En 2024, chacun de ces risques ne figurait parmi les cinq premiers que dans une seule région.

La crainte liée aux armes de destruction massive progresse elle aussi et figure parmi les 10 premières menaces en Asie centrale et méridionale, en Afrique subsaharienne et en Océanie.

D’autres inquiétudes gagnent du terrain. En Asie de l’Est et du Sud-Est, les personnes interrogées se montrent davantage préoccupées par le risque d’une crise financière mondiale, les conséquences négatives de l’intelligence artificielle et la concentration du pouvoir entre les mains des entreprises technologiques. Les risques liés à l’IA entrent également dans les 10 premiers en Europe et en Amérique du Nord.

A l’inverse, le risque de nouvelles pandémies ou de crises biologiques disparaît du top 10 dans toutes les régions. Deux ans auparavant, il comptait encore parmi les principales menaces en Asie de l’Est et du Sud-Est, en Amérique latine et dans les Caraïbes ainsi qu’en Afrique subsaharienne.

Ce recul ne signifie pas que le danger s’est dissipé. Le rapport mesure des perceptions, non la probabilité objective. Mais elles ont des conséquences : elles orientent l’attention politique et, avec elle, les financements consacrés à la prévention.

Une menace en nourrit une autre

L’étude dessine surtout un paysage où les crises s’alimentent mutuellement. Pénuries de ressources naturelles, fragmentation économique, désinformation ou affaiblissement des institutions multilatérales sont perçus comme autant de facteurs susceptibles d’exacerber les tensions géopolitiques, lesquelles accroissent à leur tour le risque de guerre.

Parmi les 705 interactions recensées entre les différentes menaces, le lien entre tensions géopolitiques et guerre mondiale apparaît comme le plus puissant.

L’intelligence artificielle constitue un autre point de vulnérabilité. Les risques associés à l’IA et aux autres technologies de pointe, ainsi que la concentration du pouvoir technologique, sont considérés comme nettement plus importants qu’en 2024. Or, c’est face à ces menaces que le système multilatéral est jugé le moins préparé.

Dans ce paysage bouleversé, une constante demeure : l’inaction face au changement climatique reste considérée comme le risque mondial le plus important. Elle figure parmi les premières préoccupations dans toutes les régions, tout comme les pénuries de ressources naturelles.

Le rapport met en garde contre un possible effet d’éviction : à mesure que guerres et crises géopolitiques monopolisent l’attention, certaines menaces environnementales risquent de reculer dans les priorités politiques, sans être devenues moins graves.

Un système jugé mal préparé

Le problème, selon les personnes interrogées, tient moins à l’absence de solutions qu’à la difficulté de les mettre en œuvre. Faiblesse des mécanismes de gouvernance et de coordination, manque de consensus politique, déficit de confiance et de responsabilité arrivent en tête des obstacles cités. S’y ajoutent une mauvaise hiérarchisation des priorités, des résistances politiques, publiques ou économiques et le manque de données disponibles.

Le manque d’argent apparait comme une crainte transverse dans le rapport : 86 % des personnes interrogées jugent insuffisants les financements consacrés à la réduction et à la prévention des risques. Cette carence est notamment considérée comme un frein face aux catastrophes naturelles et à un possible effondrement des institutions multilatérales.

D’où ce paradoxe : les menaces sont perçues comme plus imbriquées, plus géopolitiques et potentiellement plus violentes, les institutions chargées d’organiser une réponse collective apparaissent fragilisées.

Pourtant, une conviction résiste à cette défiance. L’action conjointe des gouvernements demeure, de loin, considérée comme le moyen le plus efficace de prévenir les crises.

« Aucun pays, aucune entreprise, aucune institution ne peut affronter ces risques seul », écrit António Guterres. Et de conclure : « Le choix nous appartient ».

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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