Les ruines de Gaza commencent à rendre leurs morts. Depuis le début des opérations militaires israéliennes dans l’enclave, en réponse aux attaques terroristes du 7 octobre 2023, des centaines de corps et de restes humains ont été extraits des décombres, souvent là où se dressaient autrefois des immeubles d’habitation. Pour l’ONU, ces découvertes ne font pas seulement entrevoir un bilan humain encore largement inconnu : elles soulèvent désormais la question de la préservation des preuves de possibles crimes de guerre.
« On exhume actuellement, sur des sites pulvérisés par les attaques israéliennes, les restes de ce qui semble être des familles entières », a déclaré mardi le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk. « La découverte d’un grand nombre de dépouilles sous les décombres à Gaza-ville ravive des préoccupations concernant des crimes de guerre et d’autres crimes atroces ».
« Je crains que les restes humains retrouvés jusqu’à présent ne soient que la partie émergée de l’iceberg », a-t-il ajouté.
Plus de 8 000 disparus
Les chiffres recueillis par les autorités palestiniennes donnent une première mesure de ce qui pourrait encore se trouver sous les gravats. Entre le 27 juin et le 27 août 2026, ces dernières disent avoir retrouvé 233 des 407 corps qui se trouveraient sous vingt bâtiments détruits, principalement à Gaza-ville.
Parmi les dépouilles récupérées figuraient celles de 74 enfants et 106 femmes.
En septembre, 96 autres corps et restes humains ont été extraits d’un site d’Az Zeitoun, au sud-est de Gaza-ville, qui aurait été frappé en novembre 2023, dont 58 étaient appartenaient à enfants et 23 à des femmes. Faute de matériel, la plupart ont été dégagés à mains nues.
Au total, plus de 630 corps et restes humains auraient été extraits des ruines de bâtiments détruits à travers la bande de Gaza entre novembre 2025 et septembre 2026. Les autorités locales estiment que plus de 8 000 personnes restent ensevelies.
Le problème est désormais double : retrouver les morts, mais aussi empêcher que les éléments permettant d’établir les circonstances de leur décès disparaissent avec les ruines.
Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), de vastes secteurs de l’enclave ont été détruits par les bombardements israéliens, mais aussi par des opérations de démolition et de nivellement à l’aide d’engins lourds et d’explosifs. Dans certaines zones où l’armée israélienne reste déployée, ces opérations se poursuivent.
« Aujourd’hui encore, de nombreuses zones de Gaza où l’armée israélienne est déployée continuent d’être nivelées par des bulldozers, sans aucun respect pour les morts gisant sous les décombres », a dénoncé M. Türk.
Le Haut-Commissaire demande donc que des enquêteurs internationaux puissent accéder à l’ensemble de la bande de Gaza afin « d’aider à la collecte de preuves » et de préserver celles qui pourraient documenter des violations du droit international. Son bureau affirme par ailleurs qu’Israël refuse l’entrée de certains engins lourds nécessaires au déblaiement.
Un garçon palestinien à l’entrée d’un camp pour personnes déplacées à Gaza.
Des morts hors d’atteinte
Une partie des recherches se heurte également à la géographie militaire imposée dans l’enclave. De nombreux Palestiniens ne peuvent accéder aux endroits où leurs proches auraient été tués, notamment dans les secteurs situés au-delà de la fameuse « ligne jaune », qui délimite les zones où restent déployées les forces israéliennes.
Selon l’ONU, une grande partie du territoire se trouve désormais hors d’atteinte des habitants, mais aussi des équipes palestiniennes chargées de rechercher les disparus. La localisation des corps ne résout d’ailleurs pas toujours le problème de leur identification.
« Israël bloque l’entrée d’outils médico-légaux et d’identification, tels que les kits d’analyse ADN et d’empreintes digitales, obligeant les familles à identifier les restes à partir de caractéristiques physiques ou à faire des suppositions en fonction du lieu de la découverte », a déclaré Ajith Sunghay, chef du bureau du HCDH dans les territoires palestiniens occupés.
L’ONU demande que soient préservés les données médico-légales et les échantillons biologiques, que les lieux d’inhumation soient recensés et que les familles puissent obtenir des informations sur le sort de leurs proches. Au-delà du décompte des victimes se pose en effet la question de ce qui pourra encore être établi, plusieurs années après leur mort, sur les circonstances dans lesquelles elles ont été tuées.
« Ces efforts de recherche minutieux nous rappellent cruellement la gravité et l’ampleur des destructions survenues il y a trois ans », a déclaré M. Türk. « Le droit des familles à connaître le sort de leurs proches ne s’arrête pas à l’identification et à des funérailles dignes. Elles méritent de connaître toute la vérité ».
Selon son bureau, le droit international impose à Israël de rechercher et de localiser les personnes disparues, ainsi que de récupérer et d’évacuer les dépouilles dans le respect de leur dignité. Mais pour le Haut-Commissaire, la responsabilité ne s’arrête pas aux morts : il faut aussi préserver ce qu’ils peuvent encore révéler.
« J’exhorte tous les États à faire pression pour une coopération et une coordination accrues afin de garantir la récupération des corps dans toute la bande de Gaza, de manière digne et humaine », a-t-il déclaré.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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