Pour les pays en développement, la bataille ne consiste plus seulement à attirer les investisseurs. Il s’agit désormais d’éviter d’être rayés de la nouvelle carte industrielle mondiale.

C’est le principal constat dressé par l’agence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) dans son Rapport sur l’investissement dans le monde 2026Les investissements directs étrangers (IDE) ont progressé de 6 % en 2025 pour atteindre 1 600 milliards de dollars, retrouvant enfin le chemin de la croissance après deux années de baisse. Mais cette embellie reste « étroite et fragile », prévient l’agence onusienne.

Car ce retour de la croissance masque une transformation beaucoup plus profonde. Pendant des décennies, les entreprises cherchaient avant tout à produire moins cher. Désormais, elles investissent là où se jouent les rapports de force technologiques et géopolitiques. Les chaînes d’approvisionnement se redessinent, les États interviennent de plus en plus directement dans les choix des entreprises et la sécurité économique s’impose comme un nouveau critère d’investissement.

« Les choix politiques effectués aujourd’hui détermineront si l’investissement direct étranger devient un moteur de développement partagé ou accentue les divergences », a résumé Pedro Manuel Moreno, Secrétaire général adjoint par intérim de la CNUCED.

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La robotique basée sur l’IA est de plus en plus utilisée dans l’agriculture.

La ruée vers les secteurs stratégiques

L’ampleur du basculement apparaît dans les secteurs qui attirent désormais les capitaux internationaux.

En cinq ans, les investissements annoncés dans cinq domaines jugés stratégiques – infrastructures de l’intelligence artificielle, semi-conducteurs, minerais critiques, technologies de la transition énergétique et autres technologies sensibles – sont passés de 109 à 576 milliards de dollars. Ils représentent désormais 44 % de tous les nouveaux projets d’investissement internationaux, contre seulement 16 % en 2020. L’infrastructure nécessaire à l’IA — centres de données, services infonuagiques et réseaux numériques — constitue à elle seule le premier pôle d’attraction, tandis que les semi-conducteurs enregistrent la progression la plus rapide.

Cette ruée ne profite pourtant qu’à un nombre très limité de pays. Les trois principaux pays investisseurs réalisent à eux seuls près de 70 % de ces investissements stratégiques, tandis que les trois premières destinations en captent plus de la moitié. À l’inverse, les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ne reçoivent qu’environ 10 % de ces flux, soit deux fois moins que dans les autres secteurs économiques.

Le risque, souligne la CNUCED, est de voir se creuser une nouvelle fracture mondiale : celle qui séparera les pays capables de participer aux technologies d’avenir de ceux qui resteront cantonnés aux activités traditionnelles.

Le retour des États stratèges

Cette nouvelle géographie de l’investissement ne relève pas seulement des choix des entreprises. Les gouvernements eux-mêmes orientent de plus en plus ouvertement les flux de capitaux.

Jamais les politiques nationales d’investissement n’ont été aussi nombreuses. En 2025, les États ont adopté un nombre record de 229 mesures dans ce domaine. Les aides publiques ciblent désormais les secteurs jugés stratégiques, tandis que les contrôles se multiplient sur les investissements considérés comme sensibles pour la sécurité nationale.

En moins d’une décennie, le nombre de pays disposant d’un mécanisme officiel de filtrage des investissements étrangers est ainsi passé de 21 à 52. Les États ne ferment pas massivement leurs portes aux investisseurs étrangers, mais ils examinent de plus en plus minutieusement qui investit, où et dans quels secteurs.

Cette évolution accompagne une montée des rivalités géopolitiques. Selon une enquête menée par la CNUCED auprès des agences nationales de promotion des investissements, les tensions internationales, les conflits et l’incertitude sur les politiques commerciales figurent désormais parmi les principaux facteurs pesant sur les décisions d’investissement des entreprises.

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Les systèmes d’IA aideront à l’analyse des données, à la prise de décision, à l’automatisation et à l’optimisation.

Les pays pauvres risquent d’être laissés à l’écart

Le paradoxe est que les pays les moins avancés ont, sur le papier, enregistré une progression spectaculaire, recevant 43 milliards de dollars, soit une augmentation de 21 % des investissements étrangers en 2025. Mais ils ne représentent toujours que 2,7 % des flux mondiaux et ces investissements restent concentrés dans un petit nombre de pays riches en ressources naturelles.

Plus inquiétant encore, l’investissement manufacturier traditionnel – longtemps principal moteur d’industrialisation des économies émergentes – recule. En dehors des secteurs stratégiques, les investissements industriels ont diminué de 17 % entre les périodes 2015-2019 et 2021-2025. La baisse atteint 20 % dans les pays en développement et 65 % dans les pays les moins avancés.

Pour de nombreux pays, le défi ne consiste donc plus à entrer dans la mondialisation telle qu’elle existait hier, mais à trouver une place dans une mondialisation devenue plus sélective, plus technologique et davantage dictée par des considérations de puissance que par la seule logique économique.

Le diagnostic de la CNUCED est sans appel. Les pays en développement ne pourront pas gagner la course aux subventions engagée par les grandes puissances. Ils doivent plutôt identifier des créneaux réalistes, investir dans leurs infrastructures, leurs compétences et leurs fournisseurs locaux, et miser davantage sur l’intégration régionale que sur une concurrence frontale avec les grandes économies. Sous peine d’être durablement relégués aux marges de l’économie mondiale.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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