La dégradation rapide de la situation sécuritaire a transformé une opération de secours en course contre la montre pour les 6 000 membres d’équipage qui demeurent bloqués dans la zone.
« Je regrette de devoir, une fois encore, prendre la parole à la suite d’attaques contre des navires marchands et des marins innocents en raison de circonstances géopolitiques qui échappent totalement à leur contrôle », a déclaré mercredi le chef de l’OMI, Arsenio Dominguez, après de nouvelles attaques visant plusieurs navires au cours des deux derniers jours.
Selon la presse, la fragile reprise du trafic pétrolier et gazier dans le détroit d’Ormuz a été compromise mardi après une série de frappes contre trois navires commerciaux. Ces attaques, qui n’ont pas été revendiquées par Téhéran, ont suscité des représailles économiques et militaires de la part de Washington. Mercredi, les forces armées iraniennes ont déclaré avoir attaqué des sites militaires américains à Bahreïn et au Koweït.
L’escalade met à mal le protocole d’accord de paix signé entre l’Iran et les États-Unis le 17 juin dernier. Interrogé mercredi, lors du sommet de l’OTAN à Ankara, sur l’état du cessez-le-feu, le président américain Donald Trump a estimé que l’accord était « terminé ».
Le chef de l’OMI a quant à lui condamné ces attaques « inconsidérées », qui mettent de nouveau les équipages en danger. « Aucun marin ne devrait risquer sa vie simplement parce qu’il fait son travail », a-t-il insisté.
Face à cette détérioration, le chef de l’OMI a appelé à suspendre les opérations d’évacuation. « Tant que la sécurité des équipages ne pourra être garantie, j’appelle les États du pavillon, les armateurs, les exploitants de navires et toutes les autorités compétentes à éviter d’exposer inutilement les marins au danger en traversant le détroit », a-t-il dit.
La navigation dans ce corridor maritime stratégique, par lequel transite habituellement près de 20 % du pétrole mondial, avait été interrompue par l’Iran peu après le lancement de frappes américaines et israéliennes fin février contre son territoire. Le protocole d’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran le mois dernier avait permis la réouverture du détroit et le lancement par l’OMI, fin juin, de son opération d’évacuation.
Une évacuation partielle, puis un nouvel enlisement
Devant le conseil d’administration de l’OMI, réuni mercredi à Londres, Arsenio Dominguez a dressé le bilan le plus complet de cette opération.
Avant sa suspension mercredi, 136 navires transportant près de 2 900 marins avaient pu quitter la zone grâce à un dispositif coordonné par l’OMI avec plusieurs États riverains, notamment Oman. Les navires ont emprunté deux itinéraires temporaires, le dispositif international de séparation du trafic demeurant inutilisable en raison de la présence de mines marines.
Le répit aura été de courte durée.
« Ce processus est désormais suspendu, car la sécurité des navires et des marins ne pouvait plus être garantie », a expliqué le haut responsable.
Selon lui, près de 6 000 marins restent aujourd’hui bloqués à bord de navires immobilisés dans le golfe Persique. L’OMI poursuit ses discussions avec les États concernés afin d’obtenir les garanties de sécurité indispensables à une reprise des évacuations. « J’espère toujours que le plan d’évacuation pourra reprendre », a déclaré M. Dominguez, précisant que l’OMI « continue de travailler avec toutes les parties concernées » afin de permettre aux milliers de marins encore piégés de regagner un port sûr.
L’attaque menée mardi contre trois navires empruntant le couloir méridional rappelle toutefois combien cette perspective demeure incertaine. Aucun marin n’a été blessé, mais cet épisode démontre que même les routes de navigation provisoires mises en place pour contourner les zones minées ne sont pas à l’abri des attaques.
Image satellite du détroit d’Ormuz, bordé au nord par l’Iran et au sud par les Émirats arabes unis et Oman.
Les oubliés de la crise
Au-delà des considérations militaires et diplomatiques, le chef de l’OMI s’efforce de ramener le débat à ceux qui en subissent directement les conséquences.
« Je veux être clair : il ne s’agit pas simplement de statistiques sur le transport maritime. Derrière ces chiffres, il y a des marins et, dans certains cas, leurs familles, qui continuent de supporter le coût humain de ce conflit », a-t-il déclaré.
Depuis le début de la crise, plusieurs marins ont perdu la vie et des milliers d’autres vivent depuis des mois dans l’incertitude, incapables de quitter leurs navires en toute sécurité. Les nouvelles attaques, souligne M. Dominguez, ne font qu’accentuer « la peur, l’incertitude et la pression psychologique » auxquelles sont confrontés les équipages encore coincés dans le Golfe.
Le responsable onusien a également mis en garde contre une autre conséquence plus discrète de la crise : le maintien de primes d’assurance maritime exceptionnellement élevées, qui continuent de renchérir le coût du transport et de pénaliser les pays dépendants du commerce maritime. Il a appelé les gouvernements influents sur les marchés de l’assurance et de la réassurance à intervenir afin que ces tarifs reflètent « les réalités actuelles » plutôt que le pic atteint au plus fort des combats.
Alors que les échanges de frappes entre Washington et Téhéran nourrissent les craintes d’un effondrement du cessez-le-feu, l’OMI renouvelle son appel à « faire preuve de la plus grande retenue », à désamorcer rapidement les tensions et à garantir le départ des navires toujours immobilisés.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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