Il y eut d’abord Broadway. Vendredi matin, dans le vaste hall de l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, la troupe du Roi Lion a ouvert l’évènement « Moment ODD » par une chanson de la célèbre comédie musicale, tandis que défilaient sur les écrans géants des images de scènes africaines. Puis les lumières se sont rallumées sur une réalité nettement moins euphorique : à quatre ans de 2030, le monde est très loin d’avoir tenu les promesses qu’il s’était faites 11 ans plus tôt.

Adoptés en 2015 par les Etats membres de l’ONU, les 17 objectifs de développement durable (ODD) constituent une feuille de route mondiale allant de l’élimination de l’extrême pauvreté à l’accès à l’éducation et à la santé, en passant par l’égalité entre les sexes et la lutte contre le dérèglement climatique. Sur les 139 cibles pour lesquelles des tendances peuvent actuellement être mesurées, seules 36 % sont en bonne voie ou enregistrent des progrès modérés. Les avancées existent, reconnaît l’ONU, mais restent « trop lentes et trop inégales ».

Le Secrétaire général de l’organisation, António Guterres, n’a d’ailleurs pas cherché à masquer l’écart entre l’ambition de 2015 et le monde de 2026. La mortalité maternelle et infantile a diminué, des millions de nouvelles infections au VIH ont été évitées et l’accès à l’éducation, à l’eau potable, à l’électricité ou à Internet s’est élargi. Mais la pandémie de Covid-19 a « réduit à néant des années de progrès », avant qu’une succession de crises ne vienne compliquer davantage la donne.

Des milliards pour la guerre

La liste dressée par le chef de l’ONU ressemble à l’inventaire des fractures du moment : conflits, défiance internationale, insécurité économique, perturbations des flux alimentaires et énergétiques, dérèglement climatique, recul des droits des femmes, dette des pays en développement et investissements insuffisants. 

Avec, en toile de fond, une contradiction que M. Guterres a résumée sans détour : « le monde continue de dépenser des sommes sans précédent pour faire la guerre, alors que les ressources consacrées au développement font défaut ».

A quelques jours de l’arrivée à Manhattan des chefs d’Etat et de gouvernement pour le débat général de la 81ᵉ Assemblée générale, son avertissement avait valeur de rappel à l’ordre. « Les promesses faites par les gouvernements lors de l’adoption des objectifs ne sont pas tenues. Il est temps de les honorer », a-t-il lancé.

Le constat a été chiffré par Khalilur Rahman, ministre des affaires étrangères du Bangladesh qui vient de prendre, la semaine dernière, la présidence de l’Assemblée générale. Près de la moitié des cibles mesurables progressent trop lentement et 15 % ont reculé par rapport à leur niveau de 2015, a-t-il relevé. En 2025, 2,1 milliards de personnes ont connu une insécurité alimentaire modérée ou grave, tandis qu’environ une personne sur 10 vit encore dans l’extrême pauvreté.

Le financement se dérobe précisément au moment où il devrait accélérer. Selon M. Rahman, l’aide publique au développement a chuté de 23 % en 2025. Dans nombre de pays pauvres, le service de la dette absorbe parallèlement une part des ressources qui pourraient financer écoles, hôpitaux, protection sociale ou adaptation climatique.

ONU Photos / Cia Pak
Les objectifs de développement durable (ODD) projetés sur la façade des bâtiments du siège des Nations Unies, à New York, après leur adoption en 2015.

La dette étouffe le développement

C’est sur ce verrou qu’a insisté Amar Bendjama, président de l’ECOSOC, l’organe chargé de coordonner une grande partie des travaux économiques, sociaux et de développement de l’ONU. Il a appelé à une réunion spéciale consacrée à la dette. Pour aider réellement les pays les plus vulnérables, a-t-il estimé, il faut alléger un fardeau qui « annihile leurs efforts et restreint leur développement ».

António Guterres réclame, lui, des banques multilatérales de développement plus puissantes, une meilleure représentation des pays en développement dans le système financier international et un principe simple : « la dette doit être au service du développement, et non l’étouffer ».

Le climat ajoute son propre compte à rebours. Khalilur Rahman a rappelé qu’avec les politiques actuelles, la planète se dirige vers un réchauffement pouvant atteindre 2,8 °C au cours du siècle, loin de l’objectif de 1,5 °C. Pour M. Guterres, la transition énergétique constitue pourtant l’un des rares domaines où la dynamique peut encore être rapidement inversée : dans la majeure partie du monde, a-t-il souligné, les renouvelables sont désormais la source d’électricité la moins chère et celle dont la croissance est la plus rapide.

L’ONU veut donc faire de ces quatre dernières années une course à l’accélération plutôt qu’un constat d’échec. Investissements, intelligence artificielle, technologies, protection sociale, transition énergétique et réforme du financement doivent servir de leviers, avec en ligne de mire un nouveau sommet sur les ODD en 2027.

Mais derrière le volontarisme du slogan – « Ensemble, nous pouvons y arriver » – le Moment ODD aura mis en évidence une arithmétique plus brutale. Plus d’une décennie après la grande promesse de 2015, 64 % des cibles mesurables ne progressent toujours pas au rythme nécessaire. Et le temps, lui, ne ralentit pas.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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