C’est précisément sur ces paysages discrets que les Nations Unies ont choisi d’attirer l’attention, mardi, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse. Dans un message consacré aux pâturages, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, rappelle qu’ils fournissent des denrées alimentaires et des fibres essentielles, font vivre plus de deux milliards de personnes et constituent d’importants réservoirs de biodiversité et de carbone.
Mais près de la moitié de ces terres sont aujourd’hui dégradées ou menacées.
« Cette situation met en péril le système alimentaire mondial, fragilise les moyens de subsistance locaux, entraîne une perte de biodiversité et accroît les émissions de gaz à effet de serre », avertit le chef de l’ONU.
L’alerte dépasse largement le seul sort des éleveurs nomades ou des communautés rurales vivant dans les zones arides. Car derrière la dégradation des pâturages se dessine une crise plus vaste, celle de l’épuisement progressif des terres dont dépend l’économie mondiale.
Selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification, jusqu’à 40 % des terres de la planète sont déjà dégradées. Ce phénomène affecte directement la moitié de l’humanité et menace près de 44 000 milliards de dollars d’activité économique, soit environ la moitié de la production mondiale. Si les tendances actuelles se poursuivent, une superficie supplémentaire équivalente à l’Amérique du Sud pourrait se dégrader d’ici à 2050.
Un arbuste solitaire se dresse dans un vaste paysage aride dans la la région de la mer d’Aral, au Kazakhstan.
Une crise qui commence dans les sols
La désertification ne se résume pas à l’avancée du sable. Elle désigne un processus plus insidieux : l’appauvrissement progressif des sols, la disparition de la végétation, l’épuisement des ressources en eau et la perte de fertilité des terres.
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. Plus de deux milliards d’hectares de terres sont déjà dégradés dans le monde, affectant plus de trois milliards de personnes. Aux nombres des conséquences globales figurent la baisse des rendements agricoles, la perte de biodiversité, l’aggravation du changement climatique et la vulnérabilité accrue face aux sécheresses.
Pour les experts, l’une des principales causes de cette dégradation réside dans les modes de production alimentaire actuels.
« L’agriculture moderne a modifié le visage de la planète plus que toute autre activité humaine », soulignait déjà en 2022 Ibrahim Thiaw, le secrétaire exécutif de la Convention. Selon son bureau, les systèmes alimentaires sont responsables de 80 % de la déforestation mondiale, de 70 % de l’utilisation d’eau douce et constituent la première cause de perte de biodiversité terrestre.
À force de produire davantage, l’humanité risque d’affaiblir la ressource même dont dépend son alimentation. Les terres s’épuisent sous l’effet de certaines pratiques destinées à accroître leur productivité.
Les techniques isotopiques aident les agriculteurs azerbaïdjanais à optimiser l’utilisation des engrais et accroître l’efficacité de la production de coton, tout en préservant la santé des sols.
Réparer plutôt que subir
Face à cette dynamique, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) plaide pour une restauration à grande échelle des écosystèmes.
Dans un communiqué publié à la veille de cette journée mondiale, l’agence onusienne énumère plusieurs pistes : développer l’agriculture régénératrice, protéger les sols, restaurer les rivières et les zones humides, préserver les pollinisateurs, réintroduire davantage de nature dans les villes et accroître les financements consacrés à la restauration des écosystèmes.
Le PNUE rappelle notamment que près de 60 % des espèces vivantes connues habitent les sols et que 95 % des aliments consommés par l’humanité en dépendent. Trois cultures sur quatre produisant fruits et graines reposent également sur l’action des pollinisateurs, dont les populations déclinent rapidement dans de nombreuses régions du monde.
L’organisation estime que les investissements consacrés aux solutions fondées sur la nature devront plus que doubler d’ici à 2030 pour atteindre 542 milliards de dollars par an si le monde veut respecter ses objectifs climatiques et de protection de la biodiversité.
En Arabie saoudite, des palmes disposées en quadrants peuvent contribuer à ralentir le rythme de la désertification.
Les grands oubliés de la protection de la nature
Dans ce débat, les pâturages occupent une place particulière.
Souvent éclipsés par les forêts dans les politiques environnementales et les campagnes de conservation, ils figurent pourtant parmi les plus vastes écosystèmes terrestres. Le Global Land Outlook, rapport de référence de la Convention sur la lutte contre la désertification, soulignait déjà en 2022 que les prairies, savanes et pâturages sont aussi importants que les forêts par leur étendue et leur rôle écologique.
Cette année, l’ONU entend justement remettre ces paysages au centre des discussions. Le thème de la journée mondiale coïncide avec l’année internationale du pastoralisme et des pâturages, l’occasion, selon António Guterres, de soutenir les pasteurs et les peuples autochtones « dont les connaissances traditionnelles peuvent contribuer à la préservation de ces écosystèmes ».
Au-delà des chiffres et des objectifs internationaux, le message est simple, la bataille contre la désertification ne se joue pas seulement dans les déserts. Elle se joue dans les sols, les prairies, les zones humides et les terres agricoles dont dépend une grande partie de la vie sur Terre.
« Protéger les terres, c’est protéger notre avenir », résume le Secrétaire général de l’ONU.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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