Les talibans n’ont guère de rivaux, mais les menaces qui pèsent sur l’Afghanistan s’accumulent. C’est le constat dressé mercredi devant le Conseil de sécurité par Georgette Gagnon, cheffe par intérim de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA). Cinq ans après la chute de Kaboul, les autorités de facto ne font face, selon elle, à « aucune menace armée ou politique significative ». Pourtant, ajoute la responsable, les risques pour la stabilité du pays proviennent principalement des politiques menées par les talibans eux-mêmes.
Depuis Kaboul, où elle s’exprimait par visioconférence, Mme Gagnon a décrit un pouvoir qui se prévaut du rétablissement de la sécurité, d’une certaine stabilisation économique et du développement des infrastructures, mais n’a accompli « aucun progrès » sur les sujets qui préoccupent le plus la communauté internationale : exclusion des femmes, gouvernance fermée, violations des droits humains et présence persistante de groupes terroristes.
A Herat, dans l’ouest du pays, la MANUA a documenté des arrestations de femmes et de filles liées à l’application stricte du code vestimentaire. Les manifestations qui ont suivi ont été réprimées par un usage excessif de la force. Ces arrestations se sont poursuivies jusque dans la semaine écoulée. Ailleurs, la mission relève des pressions croissantes sur les minorités, des fermetures de médias et des intimidations de journalistes.
Une Afghane rencontrée par la MANUA à Kandahar a résumé l’engrenage : « Si nous respectons une règle, une autre arrive ensuite ; les femmes qui portent le hijab doivent porter un masque ; celles qui portent un masque doivent porter une burqa ; celles qui portent une burqa sont interrogées sur l’absence d’un mahram [un accompagnateur masculin] ; et celles qui sont accompagnées d’un mahram sont interrogées sur leur lien avec lui ».
Des condamnations qui ne suffisent plus
Peu avant la réunion, la France et sept autres membres du Conseil – Royaume-Uni, Colombie, Danemark, Grèce, Lettonie, Liberia, Panama –, soutenus par 36 autres Etats, avaient condamné une politique de « discrimination et de répression systémiques fondées sur le genre ». L’ambassadeur français, Jérôme Bonnafont, a réclamé la levée immédiate des restrictions visant les employées afghanes de l’ONU.
Depuis un an, celles-ci se voient interdire l’accès aux locaux de l’organisation. Cette mesure entrave directement l’acheminement de l’aide : dans une société où les contacts entre hommes et femmes sont sévèrement encadrés, des équipes exclusivement masculines ne peuvent atteindre une partie de la population féminine. « Les modèles de distribution exclusivement masculins ne peuvent remplacer la participation des employées afghanes », a insisté Mme Gagnon.
Invitée à s’exprimer devant le Conseil, Nargis Nehan, représentante de la société civile afghane, a surtout dénoncé l’impuissance de la réponse internationale. « Quand j’écoute les déclarations de la communauté internationale sur les femmes afghanes, j’ai l’impression de brûler de douleur pendant que quelqu’un me lit un roman pour m’aider à oublier ma souffrance pendant quelques minutes », lui a confié récemment une femme restée dans le pays. Une autre lui a demandé : « Cinq ans ne suffisent-ils pas à convaincre le monde que les talibans n’ont pas changé et ne changeront pas ? ».
Mme Nehan a qualifié la situation de « féminicide politique » et de « pire forme d’apartheid de genre ». Elle a demandé au Conseil de reconnaître la discrimination institutionnalisée contre les Afghanes, d’appuyer les procédures internationales visant les dirigeants talibans et d’ouvrir davantage le processus politique de Doha à la société civile et aux autres forces politiques afghanes.
L’aide recule, les besoins augmentent
A la répression s’ajoute une crise humanitaire aiguë. Quelque 3,7 millions d’enfants souffrent de malnutrition, dont environ un million de malnutrition aiguë sévère, selon l’UNICEF. Le plan humanitaire pour 2026 n’est financé qu’à 30 %, obligeant centres de nutrition, structures sanitaires et services de protection des femmes à fermer ou à réduire leurs activités.
Le pays doit en outre absorber le retour massif de ses ressortissants : près de 1,2 million d’Afghans sont revenus cette année d’Iran et du Pakistan, portant à 6,5 millions le nombre de retours depuis 2023. Sans soutien durable aux rapatriés et aux communautés d’accueil, prévient la cheffe de la MANUA, la compétition pour des ressources déjà rares risque d’alimenter les tensions et l’instabilité.
Pour Mme Gagnon, le processus de Doha reste le principal cadre permettant d’envisager la réintégration progressive de l’Afghanistan dans la communauté internationale. Encore faudrait-il que les talibans donnent des signes d’ouverture, à commencer par une gouvernance plus inclusive, la levée des restrictions imposées aux femmes et le respect de leurs engagements antiterroristes.
Nargis Nehan a formulé plus brutalement l’enjeu : « La solidarité doit produire des actes ». Après cinq années de condamnations, a-t-elle conclu, « le monde sait ce qui se passe en Afghanistan ». La question est désormais de savoir si la communauté internationale est « prête à agir en fonction de ce qu’elle sait ».
Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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