Quelques heures plus tôt, la journée avait commencé par la clôture de la 80e session. À cette occasion, le Secrétaire général, António Guterres, avait dressé l’inventaire des périls d’un monde marqué par la multiplication des conflits, l’aggravation des inégalités, le dérèglement climatique, les bouleversements technologiques et la crise du financement du développement.

Pour Annalena Baerbock, qui cédait après un an la présidence de l’Assemblée au ministre bangladais des affaires étrangères Khalilur Rahman, l’heure n’était pourtant pas au requiem. « Malgré ses insuffisances, pas un seul jour, pas un seul pays ne se porterait mieux sans l’ONU », a-t-elle lancé à cette occasion. 

Les guerres évitées grâce à la diplomatie ne font pas les gros titres, a-t-elle fait valoir, pas plus que les famines empêchées par l’aide alimentaire. Dans un monde où, selon elle, « la haine obtient six fois plus de clics », les succès silencieux de l’organisation sont aussi les plus difficiles à défendre.

ONU Photos / Manuel Elías
Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres (à droite), assiste à la prestation de serment du nouveau président de la 81e session de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman (au centre), flanqué à sa gauche de la présidente sortante, Annalena Baerbock.

Le consensus, mais pas à tout prix

La présidente sortante a surtout revendiqué une méthode : ne plus laisser la recherche du consensus se transformer en droit de veto de fait au sein d’une Assemblée où les 193 Etats membres disposent théoriquement d’une voix égale. 

« Rechercher le consensus doit toujours rester notre ambition », a-t-elle estimé, mais jamais « au détriment du progrès » ni des principes de l’ONU. Malgré les fractures géopolitiques, elle relève que plusieurs textes ont été adoptés avec moins d’une poignée de voix contre, parfois une seule.

Le bilan chiffré de son mandat est imposant : 18 réunions de haut niveau, 116 séances plénières et 317 résolutions adoptées en un an. Mais Mme Baerbock a surtout insisté sur un chantier moins spectaculaire, celui d’une ONU devenue trop lourde pour continuer à fonctionner comme avant. 

« Sans réforme profonde, cette organisation ne durera pas », a-t-elle averti. Réduction du nombre de réunions, limitation des temps de parole, réexamen des mandats, fusion de certaines structures : prises séparément, ces mesures peuvent paraître bureaucratiques ; ensemble, elles doivent permettre, selon elle, de délester une institution encombrée par des décennies d’empilement administratif.

António Guterres a repris le même diagnostic à l’ouverture de la 81e session. Le Conseil de sécurité et l’architecture financière internationale « peinent à faire face aux défis du moment », tandis que le droit international et les droits humains sont « trop souvent bafoués en toute impunité ». À cela s’ajoutent un « risque d’escalade nucléaire », l’aggravation du « chaos climatique » et des financements humanitaires et de développement qui « se réduisent comme peau de chagrin ».

Pour le Secrétaire général, qui assistait pour la dernière fois à l’ouverture d’une session de l’Assemblée en sa qualité de chef de l’ONU, la réforme n’est donc plus un exercice de gestion. Le Pacte pour l’avenir et l’initiative de réforme dite ONU80 doivent, selon lui, permettre de restaurer la capacité d’action d’un système multilatéral dont la crédibilité s’érode à mesure que ses institutions échouent à répondre aux crises.

« Déverrouiller l’ONU »

C’est ce chantier dont hérite Khalilur Rahman. Peu après avoir prêté serment sur la Charte de l’ONU, le document fondateur de l’organisation, ce diplomate bangladais de longue date, arrivé pour la première fois aux Nations Unies comme délégué en 1985, a reconnu devant la presse que « le multilatéralisme de l’ONU dans son ensemble est mis à l’épreuve comme jamais auparavant ». Quarante ans après ses débuts à New York, a-t-il observé, « le monde a beaucoup changé ».

Son mot d’ordre sera la recherche de terrains d’entente, sans prétendre que toutes les divisions pourront être surmontées. « Je ne suis pas naïf au point de penser que tout peut être résolu rapidement, à l’amiable », a-t-il déclaré. Mais les désaccords persistants, a-t-il ajouté, ne doivent pas empêcher les Etats de rechercher des compromis là où ils restent possibles.

M. Rahman entend aussi élargir le cercle. La Charte commence par « Nous, peuples des Nations Unies », a-t-il rappelé, « elle ne dit pas : “Nous, Etats des Nations Unies” ». Société civile, médias, entreprises, chercheurs et innovateurs restent, selon lui, trop souvent traités comme des acteurs extérieurs. « Déverrouiller l’ONU » sera donc l’un des objectifs de sa présidence.

La tâche promet d’être ingrate. Mme Baerbock avait résumé l’enjeu quelques heures auparavant : les méthodes peuvent changer, pas les principes. Si les frontières peuvent être modifiées par la force et la souveraineté respectée seulement lorsqu’elle arrange les puissants, a-t-elle averti, « aucun Etat membre ne peut plus dormir tranquille ».

Pour Khalilur Rahman, la 81e session commence ainsi moins par une promesse de grand soir multilatéral que par une tentative de rétablir la confiance, de poursuivre la réforme et de convaincre 193 Etats que, malgré leurs divisions, ils ont encore intérêt à disposer d’un endroit où se parler.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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