En 72 heures, plus de 18 500 personnes ont été contrainte de prendre la route dans l’ouest du Yémen. Et le bilan continue de s’alourdir « d’heure en heure », selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), alors que la reprise des combats gagne plusieurs secteurs des gouvernorats de Taïz et d’Al-Hodeïda.
Cette nouvelle vague de déplacements fait suite à une intensification des hostilités depuis le 3 septembre. Des civils figureraient parmi les morts et les blessés. Dans plusieurs localités proches des lignes de front, les habitants fuient en masse vers le sud de Taïz et la côte ouest, notamment vers Al-Mokha, Hays et Mawza, où les communautés d’accueil, déjà fragilisées par des années de guerre, doivent absorber un nouvel afflux de déplacés.
Certaines familles, elles, ne parviennent pas à partir. L’OIM s’inquiète d’informations faisant état de civils bloqués dans les zones de combat, la poursuite des affrontements et l’insécurité sur les routes rendant toute évacuation dangereuse.
Les migrants, qui débarquent sur les côtes du Yémen, pourraient se retrouver piégés ou bloqués en raison de l’escalades des combats sur la côte ouest du pays (Photo d’archives).
Des familles déplacées pour la quatrième fois
« Les familles arrivent sans rien : sans abri, sans nourriture, sans savoir s’il est sûr de rentrer chez elles », a déclaré Abdusattor Esoev, chef de mission de l’OIM au Yémen, dans un communiqué publié mardi. « Beaucoup d’entre elles ont déjà été déplacées une, deux, voire quatre fois auparavant. À chaque fois que les combats reprennent, elles perdent le peu qu’elles avaient réussi à reconstruire ».
Des mouvements massifs de population ont notamment été signalés à Maqbanah, Al-Ma’afer et Jabal Habashi. Les violences ont également contraint à repartir des familles qui avaient déjà trouvé refuge dans des sites d’accueil à Hays : un déplacement dans le déplacement, après plus d’une décennie de conflit.
L’accès aux victimes se complique parallèlement. Les combats entravent la circulation sur les routes et perturbent les télécommunications, ralentissant le recensement des nouveaux déplacés et l’acheminement de l’aide.
La crise menace aussi les migrants qui traversent le Yémen par la « route de l’Est », l’une des principales voies migratoires reliant la Corne de l’Afrique à la péninsule Arabique. Certains risquent de se retrouver bloqués dans les zones d’affrontements, sans possibilité de poursuivre leur trajet ou de rebrousser chemin.
« Leur accès limité à l’aide, à l’information, à un hébergement sûr, au retour humanitaire volontaire et aux services essentiels risque d’accroître encore leur vulnérabilité et leur exposition aux risques en matière de protection », a averti M. Esoev.
L’OIM appelle les belligérants à protéger les civils, à garantir un passage sûr aux familles qui cherchent à fuir et à permettre aux organisations humanitaires d’accéder sans entrave aux populations prises au piège.
Une accalmie de quatre ans menacée
L’escalade intervient alors que le Yémen connaissait depuis avril 2022 une relative accalmie. La trêve négociée cette année-là sous l’égide de l’ONU a officiellement expiré six mois plus tard, mais les combats à grande échelle n’avaient pas repris avec l’intensité des premières années de guerre.
Le conflit oppose depuis plus d’une décennie les milices houthistes, qui se sont emparés de Sanaa en septembre 2014 et contrôlent une grande partie du nord et de l’ouest du pays avec le soutien de l’Iran, aux forces du gouvernement internationalement reconnu et à leurs alliés, soutenus par une coalition menée par l’Arabie saoudite. Depuis le début de juillet, les affrontements se sont toutefois multipliés sur plusieurs fronts, notamment à Marib, Al-Jawf, Al-Dhale et Taïz.
La poussée de violence sur la côte ouest fait désormais craindre que cette fragile période de désescalade ne touche à sa fin. Lundi, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a appelé les parties à cesser les hostilités et à faire preuve d’une « retenue maximale », avertissant que l’escalade pourrait déboucher sur un conflit à grande échelle.
Les récentes attaques menées par les houthistes sur plusieurs fronts ont, selon lui, intensifié les combats et accru le risque d’un embrasement plus vaste. L’émissaire a qualifié la situation d’« extrêmement alarmante », évoquant des civils tués ou blessés, des déplacements de population et des dégâts infligés aux infrastructures civiles.
Après 12 ans de conflit, M. Grundberg estime qu’une nouvelle séquence militaire ne saurait répondre aux aspirations des Yéménites. Leur besoin de sécurité, d’institutions fonctionnelles et d’un avenir débarrassé de la guerre exige, a-t-il déclaré, « une voie politique crédible, capable de répondre aux enjeux politiques, sécuritaires et économiques qui sont au cœur du conflit ».
L’envoyé spécial a appelé à utiliser pleinement les mécanismes de communication existants pour empêcher une nouvelle escalade et exhorté les acteurs régionaux et internationaux à peser sur les belligérants. Alors que les lignes de front se remettent en mouvement, l’enjeu immédiat est d’empêcher que les 18 500 déplacés de ces derniers jours ne soient les premiers d’un exode beaucoup plus vaste.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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