Mardi, l’ONU a mis en garde contre les conséquences d’un embrasement simultané du Yémen et des grandes routes maritimes de la région.

La géographie suffit à mesurer le danger. À l’est de la péninsule Arabique, le détroit d’Ormuz reste fortement perturbé par la confrontation entre les États-Unis et l’Iran. À l’Ouest, Bab Al-Mandab, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden et, au-delà, à l’océan Indien, est désormais sous la pression des houthistes, alliés de Téhéran. En quelques jours, leur progression a transformé une nouvelle poussée de la guerre civile yéménite en menace pour deux des principales artères énergétiques et commerciales de la planète.

C’est cette nouvelle dimension du conflit que Khaled Khiari, haut responsable onusien du département des affaires politiques, est venu présenter mardi devant le Conseil de sécurité, réuni en urgence. Les combats se sont intensifiés sur la côte occidentale yéménite et les houthistes ont poursuivi leur avancée vers Bab Al-Mandab, prenant, selon M. Khiari, plusieurs îles du sud de la mer Rouge. Pour l’heure, le trafic commercial semble se poursuivre, mais cette progression alimente déjà l’inquiétude des marchés.

Une offensive éclair

La poussée houthiste a profondément modifié le rapport de force. Après huit jours d’offensive, les rebelles se sont emparés, jeudi 10 septembre, de Moka, port situé à environ 80 kilomètres de Bab Al-Mandab. Le lendemain, la presse citait une source gouvernementale annonçant que les miliciens contrôlaient désormais l’ensemble du littoral yéménite de la mer Rouge. Leur progression leur donne accès au détroit, dont ils entendent faire un levier militaire mais aussi politique : le mouvement affirme vouloir laisser passer les navires étrangers, à l’exception des bâtiments saoudiens, tout en exigeant que les compagnies maritimes traitent avec lui.

L’avancée n’est cependant plus sans réponse. Le gouvernement yéménite a lancé une contre-offensive, accompagnée, selon les informations présentées par M. Khiari, de frappes aériennes massives. Des affrontements ont été signalés sur une série de fronts allant de Marib à Lahj, Al-Jawf, Hajjah, Al-Bayda et Saada, ainsi qu’à Taëz, dans le sud-ouest. Des estimations encore non confirmées font état de centaines de combattants tués ou blessés ces derniers jours.

Pour les civils, le répit qui avait suivi la trêve négociée par l’ONU en 2022 est brutalement terminé. Au moins 125 000 personnes ont été déplacées depuis le début de septembre, selon le bureau des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA). Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme a quant à lui recensé 40 victimes civiles, dont huit morts ; les femmes et les enfants représentent la moitié des personnes tuées et plus de la moitié des blessés.

Le mouvement de fuite a déjà franchi la mer Rouge. Au 14 septembre, quelque 2 300 personnes avaient atteint la région d’Obock, dans le nord de Djibouti, et l’ONU s’attend à de nouvelles arrivées. La presse rapporte que certaines familles ont fui sans presque rien emporter, tandis que l’insécurité, les routes endommagées, les coupures de télécommunications et les restrictions de mouvement entravent l’acheminement de l’aide.

Du Yémen à l’Arabie saoudite

L’escalade déborde surtout de nouveau sur l’Arabie saoudite. Dimanche, des frappes de missiles et de drones houthistes contre Abha, Khamis Mushait et Taïf ont fait treize blessés et endommagé sept habitations, selon la coalition menée par Riyad. Deux jours auparavant, des drones lancés, selon les informations rapportées par M. Khiari, depuis le territoire iraquien avaient visé l’oléoduc Est-Ouest saoudien. L’installation a dû être interrompue pour réparations.

L’épisode est d’autant plus sensible que cet oléoduc permet précisément à Riyad d’acheminer du pétrole vers la mer Rouge en contournant Ormuz. Le conflit menace ainsi simultanément la voie de substitution et son débouché maritime, alors que la hausse des prix du carburant suscite colère et manifestations à travers le monde entier. 

Lundi encore, les houthistes ont revendiqué des tirs de missiles balistiques et de drones contre la base aérienne King Khaled, dans le sud saoudien, en représailles, selon eux, à quelque 300 frappes aériennes saoudiennes en cinq jours.

Devant le Conseil, Khaled Khiari a donc replacé Bab Al-Mandab dans une crise régionale plus vaste. Toute perturbation de ces voies maritimes, a-t-il averti, pourrait avoir des conséquences bien au-delà du Moyen-Orient, sur les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et les économies les plus vulnérables.

Après plus d’une décennie de guerre, le Yémen n’est ainsi plus seulement rattrapé par son propre conflit. Sa côte occidentale devient l’un des points de rencontre entre la guerre civile, la confrontation régionale avec l’Iran et la sécurité du commerce mondial. L’ONU, à travers M. Khiari, appelle les belligérants à la retenue et à reprendre le chemin d’un règlement négocié. Mais sur le terrain, pour l’instant, la carte militaire se redessine à grande vitesse.

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Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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