« Cela va avoir un impact encore plus important sur la sécurité alimentaire dans toute la région », a averti Matthew Hollingworth, Directeur exécutif adjoint chargé des opérations au PAM.

Selon l’agence onusienne, les conditions météorologiques extrêmes et l’arrivée d’un « Super El Niño » font peser une menace supplémentaire sur le Soudan du Sud, mais aussi sur les pays voisins, notamment le Soudan, l’Érythrée, l’Éthiopie, l’Ouganda et le Kenya.

Des précipitations inférieures à la moyenne et une forte hausse des températures pourraient ainsi accentuer une crise alimentaire déjà dramatique dans l’un des pays les plus vulnérables aux chocs climatiques.

© WFP/Samantha Reinders
Des habitants récupèrent des sacs de céréales après un largage aérien du Programme alimentaire mondial (PAM) dans l’État de Jonglei, au Soudan du Sud.

Des terres prises entre les eaux et la sécheresse

De retour du Soudan du Sud la semaine dernière, M. Hollingworth a constaté sur le terrain les effets déjà visibles de ces bouleversements climatiques.

Même certaines des zones agricoles les plus fertiles du pays ont été touchées, avec des récoltes perdues et de faibles rendements en raison de la sécheresse.

À Canal Pigi, dans l’État de Jonglei, le responsable du PAM a également observé les conséquences conjuguées des inondations et du manque de pluie. Sept ans après les premières grandes crues, certaines terres agricoles sont toujours sous les eaux, empêchant les familles qui en dépendaient autrefois de cultiver leurs champs.

Sur les terres encore exploitables, la sécheresse menace à son tour les récoltes.

« Des communautés qui, autrefois, pouvaient produire leur propre nourriture, ne peuvent plus rien cultiver. Elles sont entourées par les eaux de crue, tout en étant confrontées à la sécheresse due au manque de pluie », a-t-il expliqué.

Cette situation illustre la vulnérabilité croissante d’un pays où les conflits, les déplacements, les difficultés économiques et les chocs climatiques se conjuguent aux conséquences de la guerre au Soudan voisin.

© UNICEF Soudan du Sud
Des habitants vont chercher de l’eau à un forage de l’hôpital d’Akobo, dans l’État de Jonglei, au Soudan du Sud.

7,8 millions de personnes en difficulté

Quelque 7,8 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population du Soudan du Sud, ont aujourd’hui du mal à se nourrir chaque jour.

Les besoins nutritionnels sont eux aussi considérables : 2,2 millions d’enfants et 1,2 million de femmes enceintes ou allaitantes ont besoin d’une aide nutritionnelle d’urgence.

La guerre au Soudan voisin ajoute une pression supplémentaire. Chaque semaine, environ 3.000 réfugiés et rapatriés franchissent la frontière à la recherche de sécurité, de nourriture, d’eau et d’un abri.

Dans le même temps, l’acheminement de l’aide devient de plus en plus difficile et coûteux.

Les denrées alimentaires transportées par le Nil et destinées à l’aide humanitaire ou au commerce sont confrontées à des postes de contrôle illégaux et à des prélèvements imposés par des soldats tout au long du trajet. Ces obstacles ralentissent les livraisons et font fortement augmenter les coûts.

À Malakal, cette situation est déjà visible. À l’exception de quelques légumes produits localement, comme les tomates, les gombos, les piments et les oignons, la quasi-totalité des denrées consommées par les familles doit désormais être acheminée par avion.

Les approvisionnements par la route ou par péniche ont pratiquement cessé, les transporteurs étant confrontés à des coûts devenus prohibitifs, notamment en raison des multiples taxes illégales imposées sur les trajets.

« Cela commence non seulement à faire grimper les coûts, mais cela commence aussi à coûter des vies humaines. Même là où l’aide humanitaire parvient jusqu’aux communautés, la pression qui pèse sur ces dernières ne cesse de s’accentuer », a déclaré M. Hollingworth.

PAM
Des femmes achètent de la nourriture à Bor, au Soudan du Sud (photo d’archives).

« Au bord du précipice financier »

Cette crise intervient alors que le PAM fait face à un déficit de financement majeur.

L’agence accuse actuellement un manque de 86 millions de dollars pour ses opérations et estime que ses besoins atteindront 416 millions de dollars au cours des six prochains mois.

Sans ressources supplémentaires, le PAM avertit qu’il pourrait être contraint de réduire son assistance aux réfugiés, aux personnes déplacées et aux communautés d’accueil vulnérables.

Plus d’un million de personnes pourraient ainsi perdre l’accès à une aide alimentaire et nutritionnelle vitale dès octobre.

La situation est particulièrement préoccupante dans l’État de Jonglei, où les populations menacées par la famine dans au moins quatre localités risquent de ne plus pouvoir bénéficier de l’aide nécessaire.

« À moins que des ressources supplémentaires ne soient mobilisées, plus d’un million de personnes vulnérables pourraient se retrouver privées d’une aide alimentaire et nutritionnelle vitale d’ici octobre », a alerté M. Hollingworth, qualifiant la situation de « critique ».

« Nous sommes sur le point de basculer dans le précipice financier, alors même que les besoins atteignent leur plus haut niveau depuis 13 ou 14 ans », a-t-il prévenu.

Pour le PAM, le Soudan du Sud se trouve ainsi face à un double défi : répondre à des besoins humanitaires qui atteignent des niveaux historiques tout en se préparant à un choc climatique susceptible d’aggraver encore l’insécurité alimentaire dans les mois à venir.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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