Dans une maternité soutenue par l’agence des Nations Unies chargée de la santé sexuelle et reproductive (UNFPA), le nombre d’accouchements a été divisé par deux et celui des couveuses pour prématurés est passé de 40 à 10, faute de carburant.
C’est à Taëz que les conséquences de cette rupture des services de santé sont les plus alarmantes. Plus de 147 000 femmes et jeunes filles en âge de procréer sont désormais privées d’une grande partie des soins essentiels. Sur les 27 hôpitaux désignés pour assurer les urgences maternelles et néonatales, seuls cinq fonctionnent encore partiellement.
Selon l’UNFPA, plus de 13 000 femmes enceintes ne peuvent accéder aux soins dont elles ont besoin, dont 1 500 qui doivent accoucher au cours des deux prochaines semaines. Les services de protection contre les violences ont également été suspendus dans près de 75 % des structures concernées.
Dans les établissements encore opérationnels, le personnel médical peine à assurer les prises en charge. Les admissions de nuit sont quasiment inexistantes, les bombardements et l’insécurité empêchant les femmes de se déplacer. Le manque de carburant et l’envolée de ses prix compliquent également les déplacements des soignants et menacent le fonctionnement même des structures sanitaires.
Le camp d’Al-Firdaws, situé dans le gouvernorat d’Aden, au Yémen, accueille des familles déplacées par l’intensification des combats.
Des femmes enceintes confrontées à la malnutrition
« Le personnel est surchargé et peine à se rendre au travail en raison du manque de carburant et de ses prix prohibitifs, ce qui limite la capacité de l’hôpital à prendre en charge les accouchements compliqués. Et à moins que les restrictions d’accès ne soient levées dans les prochains jours, l’hôpital lui-même pourrait fermer », a averti depuis Aden Francesco Galtieri, représentant de l’UNFPA au Yémen.
Dans cette ville encerclée, les sages-femmes constatent également une dégradation de l’état nutritionnel des femmes enceintes. Certaines souffrent de malnutrition sévère et ne survivent qu’avec un ou deux repas par jour, souvent réduits à du thé et du pain ou à du riz nature. Les professionnels de santé signalent des fausses couches et des accouchements à domicile dans des conditions dangereuses.
L’absence de couloirs humanitaires sécurisés empêche par ailleurs l’acheminement de fournitures indispensables aux soins de santé reproductive. « Aucune femme ne devrait avoir à risquer sa vie simplement parce qu’elle accouche dans une zone de guerre », a insisté Francesco Galtieri.
Les femmes et les filles exposées aux violences
Cette dégradation de la situation intervient alors que le nombre de personnes déplacées par les combats sur la côte ouest et dans la région de Taëz a triplé. Près de 300 000 personnes ont désormais été contraintes de fuir leur foyer. Plus de la moitié sont des femmes et des enfants, tandis que plus d’un tiers des familles déplacées sont dirigées par une femme.
Dans les sites d’accueil, les femmes et les filles sont particulièrement exposées aux violences fondées sur le genre, notamment les violences sexuelles, le harcèlement, l’exploitation et les mariages forcés ou précoces. Le déplacement, le deuil et l’incertitude aggravent encore ces risques et ont de lourdes conséquences sur leur santé mentale et leur bien-être psychosocial.
Pour certaines adolescentes, la guerre et la perte de leurs proches bouleversent également leur avenir. Safa, 14 ans, en a fait l’expérience. Fuyant les combats dans le gouvernorat de Lahj, elle a perdu sa mère et s’est retrouvée sans protection. Craignant de ne plus pouvoir veiller sur elle s’il venait à être blessé dans le conflit, son père a décidé de la marier à un homme plus âgé.
« J’ai perdu ma mère au début de l’année (…). Mon père m’a mariée car il craignait que je n’aie personne pour me protéger », a-t-elle raconté aux équipes de l’UNFPA.
Son histoire illustre les choix dramatiques auxquels sont confrontées les familles déplacées et le prix que les filles paient pour cette insécurité. Dans l’ensemble du Yémen, 6,2 millions de femmes et de filles n’ont pas accès aux services de protection de base.
Des femmes et des enfants ayant fui le conflit au Yémen vont chercher de l’eau à Taïz, dans le sud-ouest du pays.
L’UNFPA renforce son aide
Face à l’urgence, l’UNFPA indique avoir porté assistance à plus de 182 000 personnes, soit 75 % des ménages déplacés. Depuis le début de l’escalade, l’agence a également acheminé 55 tonnes de médicaments et de fournitures destinés aux soins maternels, afin de venir en aide à 120 000 femmes enceintes dans les zones touchées par le conflit.
Sur le terrain, 129 sages-femmes communautaires et cinq équipes mobiles d’urgence, récemment déployées, assurent des services essentiels de santé reproductive et de prévention et de prise en charge des violences fondées sur le genre.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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