Le 11 septembre 2001, la menace avait un nom, une organisation et une chaîne de commandement. Al-Qaïda pouvait frapper à des milliers de kilomètres de ses bases, mais restait une organisation structurée, dont les membres voyageaient, s’entraînaient et transféraient de l’argent. Désormais, le terrorisme s’est en partie affranchi de cette architecture.

« Aujourd’hui, la menace est plus diffuse, plus décentralisée et de plus en plus facilitée par les nouvelles technologies », a résumé Eihab Omaish, directeur des politiques et de la coordination au Bureau de lutte contre le terrorisme de l’ONU (UNOCT).

Réuni vendredi à New York à l’initiative de la France, qui en assure la présidence en septembre, le Conseil marquait le 25e anniversaire des attentats perpétrés par Al-Qaïda aux Etats-Unis, qui ont fait près de 3 000 morts. L’occasion de commémorer les victimes, mais aussi de mesurer la métamorphose d’une menace qui, selon les responsables entendus, évolue désormais plus vite que certains des instruments conçus pour la combattre.

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Kofi Annan, alors Secrétaire général des Nations Unies, s’est rendu sur le site des attentats terroristes du 11-Septembre à New York, à Ground Zero.

Du réseau à l’individu

Natalia Gherman, cheffe de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (DECT), a décrit un paysage éclaté. Les groupes terroristes décentralisent leurs opérations, diversifient leurs sources de financement et exploitent les failles de gouvernance, les conflits autour des ressources et les frustrations locales. 

A leurs côtés prolifèrent des cellules autonomes, des réseaux lâches et des individus isolés, dont le passage à la violence est plus difficile à détecter.

Ce changement met à l’épreuve une architecture antiterroriste internationale largement bâtie après le 11-Septembre. Dès le 28 septembre 2001, le Conseil avait adopté à l’unanimité la résolution 1373, imposant aux États une série de mesures destinées à renforcer leurs capacités juridiques et opérationnelles. Plus de vingt résolutions antiterroristes ont suivi, sur le recrutement, les déplacements, les frontières ou les flux financiers. 

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Natalia Gherman, cheffe de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (DECT), au Conseil de sécurité de l’ONU (archive).

Mais ceux qu’elles visent ont appris à se déplacer entre les mailles du dispositif. Aux espèces, passeurs de fonds et systèmes informels de type hawala s’ajoutent paiements en ligne, financement participatif, argent mobile et actifs virtuels. Les drones, devenus moins chers et plus accessibles, servent désormais à la surveillance, à la reconnaissance et aux attaques.

La propagande devient une infrastructure

La transformation la plus profonde se joue toutefois en ligne. Dans un rapport publié jeudi, à la veille de la réunion, la DECT estime que la propagande terroriste n’est plus seulement un instrument de communication : elle est devenue une véritable « infrastructure opérationnelle », imbriquée dans le recrutement, la radicalisation, le financement, la préparation d’opérations et jusqu’aux activités de gouvernance de certains groupes.

Les plateformes de jeux vidéo et les espaces qui les entourent servent notamment au recrutement et à la constitution de communautés. Le rapport relève aussi le rôle croissant des contenus graphiques violents et des sous-cultures nihilistes, ainsi qu’une convergence entre différentes idéologies extrémistes dans les écosystèmes numériques. Les enfants et les jeunes sont particulièrement visés, notamment par des stratégies de recrutement entre pairs et des contenus conçus pour eux.

Le phénomène dépasse la propagande classique. En Afrique et en Asie centrale et du Sud, celle-ci peut servir à exploiter les frustrations locales, lever des fonds, asseoir une légitimité ou façonner la perception de l’autorité. La DECT relève également une dimension de plus en plus genrée, notamment à travers les écosystèmes misogynes en ligne et des techniques de recrutement différenciées selon le sexe.

© Jaffar Khan
Conséquences d’une attaque terroriste contre un train de voyageurs dans la ville de Quetta, au Pakistan, en mai 2026.

L’IA abaisse encore les barrières

L’intelligence artificielle accélère cette évolution. Naureen Chowdhury Fink, directrice exécutive du Forum mondial de l’Internet pour la lutte contre le terrorisme (GIFCT), l’a résumé en une formule : les technologies émergentes ne sont plus simplement « un outil essentiel pour les terroristes, elles sont l’outil essentiel ».

L’IA peut désormais décomposer des tâches complexes pour un aspirant assaillant, fournir des réponses sur mesure et, dans certains cas, lui apporter une forme de « validation émotionnelle ». La technologie réduit ainsi les barrières qui séparaient autrefois l’individu radicalisé du passage à l’acte : plus besoin nécessairement de voyager, de rejoindre un camp d’entraînement ou de côtoyer des combattants aguerris.

Les nouvelles générations communiquent en outre par mèmes, symboles, slogans et langages codés susceptibles de se fondre dans les échanges quotidiens de milliards d’utilisateurs. Dans le même temps, l’IA peut aussi servir la lutte antiterroriste, en facilitant la détection de contenus dangereux, les interventions ciblées ou la production de contre-discours.

Une course de vitesse

La DECT donne un nom au problème : un « décalage d’accélération » entre la capacité d’adaptation des acteurs terroristes et celle des Etats, des cadres juridiques et des plateformes numériques chargés de leur répondre.

Mme Chowdhury Fink a, elle aussi, adressé un avertissement au Conseil. Alors que les technologies et les menaces ont rapidement évolué, « peu d’orientations politiques ont émergé du Conseil à ce moment critique ». Le secteur privé, où se développent nombre des innovations décisives, reste trop souvent absent des discussions internationales sur le terrorisme, a-t-elle estimé.

Vingt-cinq ans après le 11-Septembre, le défi n’est donc pas seulement de combattre une menace en pleine évolution. Il est de parvenir à changer aussi vite qu’elle.

Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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