A quelques kilomètres seulement de Ground Zero, le siège des Nations Unies se souvient. António Guterres a rendu hommage aux victimes des attentats du 11 septembre 2001 qui ont frappé New York et Washington, une journée qui fut, selon lui, « une attaque contre l’humanité elle-même ».

« Nous rendons hommage aux près de 3 000 victimes, originaires des États-Unis et de plus de 90 pays, et nous sommes aux côtés de leurs familles et de leurs proches », a dit le Secrétaire général de l’ONU dans une déclaration publiée jeudi.

Il a également salué les survivants et les premiers intervenants qui, ce matin-là, se sont rués vers les tours jumelles du World Trade Center tandis que des milliers de New-Yorkais tentaient de s’en éloigner. L’ONU, a-t-il ajouté, reste solidaire des habitants de New York, des États-Unis et de tous ceux dont la vie a été bouleversée par les attentats.

L’anniversaire coïncide avec une autre date : les 20 ans de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, adoptée en 2006. « Alors que nous rendons hommage aux victimes, renouvelons notre engagement commun à bâtir un avenir libéré du terrorisme », a appelé M. Guterres.

L’héritage de la « guerre contre le terrorisme »

Un quart de siècle après les attentats, cet engagement laisse pourtant derrière lui un héritage autrement plus controversé. Dans une déclaration distincte, plus d’une trentaine d;experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ont dressé un réquisitoire contre les excès commis depuis 2001 au nom de la sécurité.

Après avoir eux aussi rendu hommage aux victimes du terrorisme, ils ont estimé que de nombreux États avaient adopté des mesures inutiles ou disproportionnées, au détriment des libertés publiques, de la société civile, de la démocratie et de l’État de droit.

« Les [guerres contre le terrorisme] ont poussé les règles fondamentales du droit international au-delà de leur point de rupture », ont-ils affirmé dans une déclaration.

Selon eux, vingt-cinq années de surveillance à travers le monde ont révélé certaines des violations les plus graves du droit international : guerres d’agression, occupations illégales, « innombrables » crimes de guerre et crimes contre l’humanité, ainsi que des allégations plausibles de génocide.

Les experts citent également les assassinats qualifiés d’« assassinats ciblés », la torture présentée comme un « interrogatoire », les détentions secrètes et les disparitions forcées. Ils dénoncent aussi les procès militaires inéquitables et les tribunaux d’exception, notamment dans le centre de détention américain de Guantanamo Bay.

Ils demandent aux États de revoir leurs législations et leurs pratiques antiterroristes afin de les mettre en conformité avec le droit international des droits de l’homme, le droit humanitaire et le droit des réfugiés.

ONU Photos / Monika Graff
Un visiteur dépose une rose au mémorial du 11-Septembre, à New York.

Le jour où la cloche de la paix n’a pas sonné

A New York, le souvenir du 11-Septembre reste aussi celui d’une journée où l’ONU elle-même s’est soudain retrouvée au cœur de la peur. Ce matin-là devait se tenir la cérémonie annuelle de la cloche de la paix. Elle n’eut jamais lieu.

Victor Evans-Harvey, aujourd’hui rédacteur en chef d’ONU Info, se rendait au travail lorsque l’attaque s’est produite dans le sud de Manhattan. « J’ai vu la fumée, mais je me suis quand même rendu à la gare parce que je devais aller travailler », se souvient-il.

Arrivé au siège de l’ONU, il est stoppé par un agent de sécurité. « Il m’a demandé : “Où allez-vous ?” », raconte-t-il. « J’ai répondu : “Je vais au travail.” Il m’a dit : “Non, vous ne pouvez pas y aller aujourd’hui.” »

Michelle Griffin, alors directrice de l’assistance électorale, avait aperçu la première tour en feu avant même d’atteindre son bureau, au 37e étage du Secrétariat de l’ONU. « Alors que je partais travailler, j’ai entendu mon voisin crier : “C’est mon bureau !” », raconte-t-elle. « Je suis sortie et j’ai vu cet immense trou dans le premier bâtiment. »

Lorsque l’ampleur des attaques devint claire, le personnel commença à évacuer le siège par les escaliers. Les nouvelles circulaient d’étage en étage.

« Alors que nous évacuions les lieux, nous pouvions entendre les nouvelles se propager dans les escaliers », se souvient Mme Griffin. Elle entendit même des responsables discuter de la possibilité de maintenir le programme de la journée, dont la cérémonie de la cloche de la paix. La question fut rapidement tranchée.

Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, se souvient, lui, d’« un sentiment de panique » dans le bâtiment. Des informations jugées crédibles faisaient alors craindre qu’un autre avion puisse prendre pour cible le siège des Nations Unies. Kofi Annan, Secrétaire général à l’époque, fut maintenu dans sa résidence voisine.

Dans les jours suivants, les attentats provoquèrent une rare convergence au sein d’une organisation plus coutumière des divisions, notamment au Conseil de sécurité. Cette unité devait pourtant céder la place aux guerres, aux controverses juridiques et aux dérives sécuritaires qui allaient marquer les décennies suivantes.

Pour Stéphane Dujarric, le 11-Septembre ne s’est, en ce sens, jamais entièrement achevé. « Cela a été comme une explosion, et ses ondes de choc sont encore perceptibles aujourd’hui ».

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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