Il y avait encore, au début de l’invasion russe, une géographie relativement lisible du danger en Ukraine. Elle s’est brouillée à mesure que les drones ont gagné en portée et en nombre.
« Autrefois, la ligne de front était à l’est », “>a résumé jeudi M. De Croo par visioconférence depuis Kiev, devant un parterre de journalistes rassemblés au siège des Nations Unies, à New York. « Aujourd’hui, le front est partout, il traverse véritablement tout le pays ».
La formule prend un relief particulier à l’approche du cinquième hiver depuis le début de l’invasion russe à grande échelle de février 2022. Selon M. De Croo, environ la moitié des infrastructures énergétiques ukrainiennes ont été touchées par les attaques. L’hiver dernier, les frappes russes contre les installations électriques et de chauffage avaient déjà provoqué des coupures affectant des millions de personnes, parfois réduites à quelques heures d’électricité par jour.
Cette année encore, l’énergie constitue donc l’un des principaux fronts de la guerre. « Nous nous dirigeons vers un hiver difficile », a averti M. De Croo, estimant que la communauté internationale devait tout faire pour empêcher que ce cinquième hiver soit « le plus dramatique » traversé par les Ukrainiens depuis le début de l’invasion.
Le 20 août 2026, une frappe de grande envergure combinant missiles et drones a touché le quartier de Solomyanka, à Kiev, la capitale de l’Ukraine.
Reconstruire sous les bombes
Le PNUD affirme avoir mobilisé 1,3 milliard de dollars d’aide en Ukraine depuis quatre ans, notamment grâce à la Norvège, au Japon, à l’Union européenne, à la Suède et au Danemark. Son intervention dans le secteur énergétique permet aujourd’hui, selon M. De Croo, de garantir ou de rétablir l’accès à l’électricité pour 6,6 millions de personnes.
Mais réparer ne suffit plus. A mesure que les centrales, sous-stations et réseaux sont frappés, l’agence cherche à construire un système plus décentralisé, donc moins vulnérable à la destruction d’une installation stratégique. L’électricité, a rappelé l’ancien premier ministre belge, ne sert pas seulement à éclairer les logements : elle maintient les écoles et les hôpitaux ouverts, permet l’approvisionnement en eau et, en hiver, devient une condition de survie.
Les frappes se sont intensifiées ces dernières semaines contre les infrastructures économiques et logistiques. Jeudi, une station-service a notamment été touchée à Kiev et une usine d’huile de tournesol exploitée par le groupe américain Bunge a été frappée à Dnipro, faisant deux morts, selon les autorités ukrainiennes. Moscou nie viser délibérément les infrastructures civiles.
Depuis Kiev, M. De Croo a dit voir dans cette multiplication des frappes une tentative de rendre la vie quotidienne « complètement impossible ».
Or, le droit international est clair. « Les civils ne peuvent jamais constituer une cible militaire », a-t-il insisté. « Les infrastructures civiles ne peuvent jamais constituer une cible légitime d’actes de guerre ».
Le spectre de Tchernobyl
La veille, le responsable du PNUD s’était rendu à Tchernobyl, lieu de la catastrophe nucléaire de 1986. Il y a inauguré une installation solaire destinée notamment à fournir de l’électricité aux systèmes liés au réacteur numéro quatre détruit lors de l’accident.
Mais sa visite avait une autre dimension. M. De Croo est entré dans la structure protégeant le réacteur accidenté et a constaté les dégâts provoqués par une frappe de drone. « Quiconque attaque ces structures de protection joue véritablement avec la sécurité de millions de personnes », a-t-il déclaré. « Une installation nucléaire ne peut jamais être une cible. Il ne peut y avoir absolument aucune excuse, aucune ambiguïté. Cela doit cesser ».
Interrogé sur la responsabilité de la frappe, le chef du PNUD s’est montré plus prudent. Il a souligné qu’une attribution devait passer par une enquête formelle, tout en affirmant que des drones russes survolaient quotidiennement le site. « Qu’il s’agisse d’une attaque délibérée ou d’un accident, c’est inacceptable », a-t-il dit.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) continue elle-même de signaler une activité militaire autour des installations nucléaires ukrainiennes. Début septembre, le site de Tchernobyl avait détecté 17 drones en une semaine, tandis que d’autres centrales du pays en avaient également signalé à proximité.
Une normalité toujours plus précaire
C’est peut-être là que réside le changement le plus profond décrit par M. De Croo. Pendant quatre ans, l’Ukraine s’est efforcée de préserver une forme de normalité derrière le front. Mais la multiplication des drones à longue portée réduit progressivement cet arrière-pays. A Kiev, les alertes aériennes, les coupures d’électricité et d’eau et les interruptions de transports rythment désormais davantage la vie quotidienne.
Les discussions diplomatiques engagées ces derniers jours sont donc accueillies favorablement par le PNUD, à condition, a précisé M. De Croo, qu’elles conduisent à une paix « juste, durable et globale ». Mais leur éventuelle issue ne dispense pas de préparer l’hiver.
« Les Ukrainiens font tout pour continuer à vivre dignement malgré la guerre », a-t-il observé. Le problème vient du fait que, dans une guerre où la distance par rapport au front protège de moins en moins, préserver cette vie ordinaire devient chaque jour un peu plus difficile.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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