Du nord au sud du territoire, des montagnes de béton brisé défigurent le paysage. Gaza est aujourd’hui ensevelie sous près de 57 millions de tonnes de débris, alors que les trois quarts de ses bâtiments ont été détruits.
Pour faire face à cette masse colossale de gravats, plusieurs options sont à l’étude. L’une d’elles, à la fois technique et hautement politique, consisterait à réutiliser les décombres recyclés pour gagner du terrain sur la Méditerranée et aménager des îles artificielles.
Un potentiel limité face à l’ampleur des besoins
L’objectif affiché est double : absorber une partie des ruines laissées par la guerre tout en réduisant le recours au dragage marin et à l’extraction de matériaux de construction.
Mais le document du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui coordonne le Groupe de travail sur la gestion des débris, tempère rapidement les attentes. Le plan arabo-islamique de reconstruction prévoit la réhabilitation de 14 km² de terres, ce qui nécessiterait près de 200 millions de mètres cubes de granulats. Sur ce volume, seuls environ 10 millions de mètres cubes — soit à peine 5 % — pourraient provenir de débris recyclés.
Même avec un taux de recyclage supérieur à 50 %, les gravats ne couvriraient qu’environ 10 % des besoins estimés. Le document souligne donc la nécessité d’évaluer ces projets à l’aune de leur faisabilité technique, de leur coût et des priorités immédiates de reconstruction.
« Les débris recyclés peuvent être utilisés pour la construction d’îles artificielles ou pour le remblayage et le rehaussement de terrains de faible altitude, à condition que les matériaux soient propres, bien calibrés et adaptés sur le plan géotechnique », précise le rapport.
Une grande partie de Gaza-ville a été détruite lors du conflit.
Remblais et îles artificielles pour protéger le littoral
Dans les scénarios étudiés, les débris seraient transformés en matériaux d’ingénierie. Les blocs les plus massifs serviraient de fondations sur les fonds marins, tandis que les gravats recyclés renforceraient digues et ouvrages de protection contre l’érosion. Les matériaux les plus fins seraient utilisés comme remblais afin de rehausser certains terrains et remodeler le littoral, avec des systèmes adaptés de compactage et de drainage.
Le document évoque également l’utilisation de ces matériaux pour construire des brise-lames destinés à atténuer la force des vagues, des revêtements côtiers contre l’érosion ou encore des épis avançant en mer afin de stabiliser les plages et de limiter le déplacement des sédiments le long du littoral.
Mais derrière ces scénarios de réutilisation se pose une question essentielle : celle de la composition même des débris. Les gravats de Gaza forment un mélange extrêmement hétérogène de matériaux issus des bâtiments et infrastructures détruits.
On y retrouve aussi bien du béton et des tuiles que des métaux — notamment de l’acier d’armature —, du bois ou encore des matériaux bitumineux arrachés aux routes dévastées.
Un recyclage complexe et exigeant
Par ailleurs, le document souligne une condition indispensable à toute réutilisation des gravats, en particulier en milieu marin : leur tri préalable afin d’extraire les déchets dangereux et les matériaux non recyclables.
Dans l’immédiat, des équipes de l’ONU travaillent à la mise en place de deux centres de recyclage à Gaza pour transformer une partie des décombres en matériaux de construction. Si le béton, la brique, la pierre ou le carrelage peuvent être relativement facilement retraités, les experts des Nations Unies mettent en garde contre la possible présence d’amiante dans les toitures effondrées, ainsi que de produits chimiques et de déchets industriels.
Autre menace majeure : les munitions non explosées, susceptibles de provoquer des déflagrations accidentelles ou de contaminer les sols. À cela s’ajoute un obstacle logistique de taille : l’acheminement des équipements lourds nécessaires aux opérations reste interdit par Israël pour des raisons de sécurité.
La gestion des débris soulève également des enjeux patrimoniaux et sécuritaires particulièrement sensibles. Parmi les gravats se trouvent en effet des vestiges provenant de sites historiques, archéologiques, architecturaux et culturels détruits par la guerre, mais aussi des engins explosifs disséminés dans les ruines.
L’expérience libanaise
Malgré ces contraintes, le document s’appuie sur plusieurs précédents internationaux pour envisager la réutilisation des débris dans les futurs projets de reconstruction de Gaza.
Au Liban, après la guerre civile, Beyrouth a notamment utilisé des gravats pour gagner du terrain sur la mer, autour de la décharge de Normandy et du centre-ville reconstruit. Une expérience qui, selon le document, a toutefois été marquée par de fortes controverses environnementales et des critiques liées à la gouvernance du projet.
Au Japon, après le séisme et le tsunami de 2011, les débris ont fait l’objet d’un tri massif avant d’être réutilisés pour renforcer les protections côtières, rehausser certains terrains et participer à la reconstruction. Le rapport du PNUE y voit la preuve qu’un recyclage à grande échelle des gravats est techniquement possible, à condition de respecter des normes environnementales et des contrôles rigoureux.
Mais ces précédents, aussi instructifs soient-ils, ne sauraient être transposés sans un encadrement juridique et environnemental strict.
Selon le PNUE, toute utilisation des débris en milieu marin devrait respecter la loi palestinienne n°7 de 1999 sur l’environnement, qui impose des études d’impact pour les projets susceptibles d’affecter les écosystèmes. Le document recommande également de prendre en compte les cadres juridiques internationaux et régionaux applicables à la Méditerranée, afin d’anticiper les risques transfrontaliers et de s’appuyer sur les meilleures pratiques existantes.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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