La santé et les conditions de vie représentent à elles seules plus de 80 % de la pauvreté multidimensionnelle mesurée par le rapport, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Se soigner, se loger décemment, avoir accès à l’eau potable et à l’assainissement demeurent particulièrement problématiques pour des millions de familles au Myanmar.
La situation est plus dure encore dans les régions touchées par les combats, où les habitants peinent à accéder aux infrastructures et aux services essentiels. Pour les ménages, ces privations s’additionnent et les laissent sans marge face à la prochaine crise, souligne le rapport.
Distribution de riz dans la ville de Yangon, au Myanmar.
La pauvreté n’est plus seulement rurale
« Le Myanmar ne fait peut-être plus la une de l’actualité internationale, mais le niveau de pauvreté est si profond qu’il sape le développement humain lui-même », a déclaré Kanni Wignaraja, directrice régionale du PNUD pour l’Asie et le Pacifique. « C’est une guerre sans issue. Tout le monde y perd. Le cœur même du pays est systématiquement érodé. »
Au Myanmar, la pauvreté passait pour une réalité des campagnes. Elle gagne désormais les villes : Yangon en est l’exemple.
En proportion, la pauvreté y est moins répandue que dans de nombreux États en proie aux conflits. Mais en nombre, la région abrite l’une des plus fortes concentrations de personnes en situation de pauvreté multidimensionnelle du pays. Dans les quartiers urbains et périurbains, de plus en plus de ménages sont fragilisés, signe que la crise frappe bien au-delà des zones de combat.
Les écarts entre régions restent néanmoins profonds. Dans l’État de Rakhine, les habitants comptent parmi les plus durement touchés par la pauvreté multidimensionnelle, selon le rapport.
À Kayah, survivre au rythme des déplacements
Plus des deux tiers de la population de Rakhine sont en situation de pauvreté et près d’un tiers vit dans une pauvreté extrême. La situation pourrait être encore plus critique pour certaines populations apatrides ou déplacées, notamment les Rohingyas, dont la précarité pourrait être sous-estimée par les enquêtes téléphoniques.
Derrière ces chiffres, il y a des vies comme celle de Khu Bua Reh. Dans l’État de Kayah, le conflit l’a forcé à fuir à plusieurs reprises. Il vit aujourd’hui de travaux agricoles irréguliers et de petits boulots, quand il en trouve : les occasions sont rares, et souvent hors d’atteinte tant il est difficile de se déplacer.
Autour de lui, la précarité ne s’arrête pas au travail. Les marchés tournent au ralenti, les prix grimpent et se nourrir devient plus difficile. Se faire soigner relève du parcours d’obstacles, entre l’éloignement, le manque de moyens et l’insécurité. Quant aux enfants, les déplacements et les fermetures d’écoles interrompent leur scolarité.
À Kayah, le conflit ne menace donc pas seulement les revenus : il fragilise les conditions mêmes de survie et transforme la précarité en piège durable.
À cette pauvreté structurelle s’ajoute désormais une succession de chocs, qui frappent des ménages déjà fortement éprouvés.
Une mère cuisine dans un camp pour les Rohingyas à Sittwe, dans l’État de Rakhine, au Myanmar.
Des chocs climatiques aux crises géopolitiques
Les chocs liés au climat touchent déjà environ un ménage sur cinq et pourraient s’intensifier sous l’effet d’El Niño. Fin août, l’ONU estimait à 600 000 le nombre de personnes affectées par les inondations.
Dans le même temps, l’inflation, la flambée des prix alimentaires et la hausse du prix des carburants, liée à la crise au Moyen-Orient, pèsent sur des communautés dont la résilience a été érodée par des années de conflit et d’instabilité. Le diesel et l’essence coûtent encore respectivement 87 % et 85 % de plus qu’avant la crise.
« Cette crise mondiale s’est superposée à une crise locale, qui venait déjà s’ajouter à des phénomènes climatiques extrêmes (…). Ces chocs répétés ont épuisé les maigres réserves sur lesquelles comptent les communautés », a ajouté Mme Wignaraja.
Face à cette accumulation de crises, de nombreux jeunes voient dans l’exil l’une des rares façons d’échapper à l’incertitude et de préserver leur avenir. Au moins un million d’entre eux auraient quitté le Myanmar depuis 2021, l’une des plus importantes pertes de capital humain de l’histoire récente du pays.
« Le plus grand risque n’est pas seulement l’aggravation de la pauvreté aujourd’hui, mais la réduction des perspectives », a mis en garde Mme Wignaraja, alors que ce pays d’Asie du Sud-Est reste le théâtre de l’une des crises les plus graves au monde. Et d’insister : « Le redressement ne peut attendre la fin d’un conflit. »
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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