Moins nombreux à arriver, plus nombreux à mourir. Au cours des quatre premiers mois de 2026, le nombre de morts ou de disparus en mer Méditerranée centrale a plus que doublé par rapport à la même période en 2025, atteignant 821 personnes. Dans le même temps, les arrivées par cet itinéraire, principalement en Italie, ont chuté de 46 %, passant à 8 577.

Le contraste est encore plus saisissant en Méditerranée orientale, où 244 personnes sont mortes entre janvier et avril, soit une hausse de 259 %, alors que les arrivées ont elles diminué de 30 %. Plusieurs naufrages ont eu lieu près de la Crète, sur une route désormais empruntée par des bateaux partis des côtes libyennes. L’OIM prévient que ces bilans restent probablement très inférieurs au nombre réel de victimes.

« Moins d’arrivées ne signifie pas des trajets plus sûrs », a résumé Ugochi Daniels, directrice générale adjointe de l’OIM, dans un communiqué de presse. « Derrière chacun de ces chiffres se trouve une famille qui attend des nouvelles qui n’arriveront jamais. Alors que les trajets deviennent plus longs et plus périlleux, sauver des vies en mer et sur terre demeure une responsabilité partagée, qu’aucun pays ne peut assumer seul ».

Les routes se déplacent

La météo explique une partie de cette surmortalité. En janvier, le cyclone Harry a frappé la Méditerranée centrale : 430 personnes sont mortes ou ont disparu ce seul mois, soit plus de la moitié du bilan enregistré sur cette route entre janvier et avril. Mais le rapport met aussi en évidence un phénomène plus structurel. Lorsque les frontières se ferment ou que les contrôles se renforcent, les migrations ne disparaissent pas nécessairement. Elles changent de trajectoire.

SOS Méditerranée / Anthony Jean
Des migrants africains secourus en mars 2021 en mer Méditerranée. Cette zone reste l’une des routes migratoires maritimes les plus dangereuses au monde.

Sur la route atlantique d’Afrique de l’Ouest vers les Canaries, les arrivées en Espagne ont ainsi plongé de 78 %, à 2 276. Parallèlement, les lieux de départ se sont déplacés vers le sud, notamment vers la Gambie et la Guinée-Bissau, rallongeant une traversée déjà particulièrement dangereuse. L’OIM met notamment cette évolution en relation avec le renforcement de la coopération aux frontières au Sénégal et en Mauritanie.

Le même jeu de vases communicants apparaît ailleurs. Les passages vers le nord à travers le Darién, entre la Colombie et le Panama, se sont pratiquement taris. Seulement 135 ont été enregistrés pendant les quatre premiers mois de l’année. A l’inverse, la Méditerranée occidentale connaît une forte progression.

Entre janvier et avril, 5 647 personnes sont arrivées en Espagne par cette route, soit 66 % de plus qu’un an auparavant. La hausse est surtout terrestre : 2 164 personnes ont gagné Ceuta et, dans une moindre mesure, Melilla, soit quatre fois plus qu’au cours de la même période de 2025. L’OIM y voit notamment le possible effet de tentatives destinées à contourner les patrouilles maritimes le long des côtes marocaines.

Ceuta, point de rupture

Ces chiffres s’arrêtent à avril. Trois mois plus tard, Ceuta a brutalement donné une autre dimension à cette tendance. A la fin de juillet, des dizaines de milliers de personnes, en grande majorité de jeunes Marocains, ont tenté de gagner cette enclave espagnole située sur la côte nord-africaine, par la mer ou en franchissant la frontière terrestre. Des dizaines sont mortes, noyées ou écrasées près des installations frontalières.

Les premiers jours de la crise, des centaines de personnes avaient nagé autour des digues séparant le Maroc du territoire espagnol, tandis que d’autres tentaient de franchir les clôtures. Les structures d’accueil de cette ville d’environ 85 000 habitants ont rapidement été débordées.

L’ampleur soudaine du mouvement a nourri les accusations et les théories sur son origine. Mais, selon la presse, les services espagnols ont privilégié l’hypothèse d’un mouvement largement spontané, alimenté par la détresse économique et par des informations trompeuses circulant sur les réseaux sociaux après une décision de la Cour suprême espagnole limitant les possibilités de refoulement immédiat de certaines personnes arrivées par la mer.

L’épisode rappelle surtout la fragilité de cette frontière. Ceuta et Melilla constituent les seules frontières terrestres de l’Union européenne sur le continent africain. Depuis, Rabat a considérablement renforcé son dispositif autour des deux enclaves face à de nouveaux appels diffusés en ligne à tenter des passages collectifs.

La géographie décrite par l’OIM est ainsi moins celle d’une migration en recul que d’une migration qui se recompose. Les contrôles, les conflits, les difficultés économiques et les événements climatiques modifient simultanément le nombre de départs, les points de passage et les risques encourus. Et derrière la baisse parfois spectaculaire des arrivées se dessine un constat moins rassurant : fermer une route peut aussi conduire ceux qui continuent de partir à en chercher une autre.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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