« La direction est connue, les outils existent. Ce qu’il faut désormais, c’est une volonté politique pour obtenir des résultats », a affirmé jeudi devant le Conseil de sécurité Hanna Tetteh, qui dirige la mission politique de l’ONU dans le pays. Une formule qui résume l’esprit de son intervention : après des mois de consultations, l’organisation estime avoir porté le processus politique aussi loin qu’elle le pouvait. La suite dépend désormais des acteurs libyens.

Depuis décembre 2025, environ 120 représentants de toutes les composantes de la société libyenne ont participé à 18 sessions de dialogue organisées par la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL). Femmes, jeunes, élus locaux, universitaires, représentants politiques ou encore personnes handicapées ont élaboré près de 600 recommandations portant sur la gouvernance, l’économie, la sécurité, la réconciliation nationale et les droits humains. L’objectif est de recréer les conditions nécessaires à la tenue d’élections nationales et à la réunification progressive des institutions.

ONU Photos / Eskinder Debebe
Hanna Tetteh, cheffe de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et Représentante spéciale du Secrétaire général pour le pays, informe le Conseil de sécurité depuis Tripoli (archive).

Le processus a déjà produit un premier résultat tangible. Les représentants des principaux camps rivaux ont conclu un accord de principe sur la recomposition de la commission électorale nationale et ont entamé des discussions sur les aspects les plus controversés des futures lois électorales. Pour Hanna Tetteh, qui s’exprimait par visioconférence depuis Tripoli, cette dynamique reste toutefois « fragile » et ne pourra aboutir qu’à condition d’être rapidement traduite en décisions politiques concrètes.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye demeure divisée entre deux pouvoirs rivaux : à l’ouest, le gouvernement d’union nationale installé à Tripoli et reconnu par les Nations Unies ; à l’est, les autorités soutenues par l’Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, autour de Benghazi. Cette rivalité s’incarne dans deux parlements concurrents – le Haut Conseil d’État à Tripoli et la Chambre des représentants à Benghazi – auxquels s’ajoute une mosaïque de groupes armés qui entretiennent une instabilité chronique. 

Les élections promises n’ont jamais eu lieu et, désormais, l’ONU redoute que la fragmentation n’atteigne aussi le système judiciaire, jusqu’ici l’un des derniers piliers de l’État à conserver une certaine cohérence.

Un État rongé par ses propres failles

L’urgence politique tient aussi à la dégradation continue de la situation économique. 

Malgré le rebond des recettes pétrolières lié à la hausse des prix mondiaux, Mme Tetteh indique que le pouvoir d’achat continue de s’éroder, les prix augmentent et les pénuries de carburant se sont multipliées au printemps, notamment dans la région de Tripoli et dans le sud du pays. Pour la responsable onusienne, ces difficultés ne résultent pas d’un manque de ressources, mais d’une gouvernance incapable d’en assurer une gestion transparente.

Les rapports publiés début juin par les autorités libyennes sont, à cet égard, accablants. Ils font état d’une hausse de 621 % des retraits d’essence par les organismes publics de sécurité et d’une augmentation de 1 527 % de la consommation de gazole des forces armées entre 2021 et 2024. Certaines centrales électriques affichent des progressions dépassant 1 300 %. Pour Hanna Tetteh, ces chiffres témoignent de détournements massifs de carburants subventionnés vers les réseaux de contrebande. Les mêmes rapports dénoncent également une corruption systémique dans le secteur pharmaceutique, où des responsables politiques auraient influencé les marchés publics au profit d’entreprises auxquelles ils sont liés.

© OIM / Mouaid Tariq Duffani
Le personnel de l’ONU achemine de l’aide destinée aux familles déplacées par le conflit.

Une dégradation sécuritaire

À ces fragilités économiques s’ajoute une montée des tensions sécuritaires.

Début mai, des affrontements entre groupes armés rivaux à Zawiya, dans le Nord-Ouest, près de l’une des principales raffineries du pays, ont fait au moins 13 morts et entraîné l’arrêt temporaire des installations pétrolières. L’ONU estime que le risque d’une reprise des combats demeure élevé et s’inquiète de l’emploi d’armes lourdes dans des quartiers résidentiels.

Parallèlement, une campagne de désinformation accusant faussement les Nations Unies de vouloir installer durablement des migrants en Libye a provoqué des manifestations devant les locaux de l’ONU à Tripoli. Des protestataires ont forcé les accès, dégradé les installations et lancé des pierres contre les agents de sécurité.

« La migration est une préoccupation légitime, mais elle doit être abordée sur la base des faits, et non de la peur », a souligné Hanna Tetteh, insistant sur le fait que « l’ONU en Libye ne réinstalle pas de migrants dans le pays ».

Le risque d’une fragmentation irréversible

Pour la cheffe de la MANUL, la menace ne réside plus seulement dans la coexistence de deux gouvernements rivaux. Elle gagne désormais les institutions chargées de faire fonctionner l’État.

La justice est aujourd’hui divisée entre deux Hauts conseils judiciaires concurrents, une situation qui entraîne des décisions contradictoires et fait planer le risque de voir émerger deux systèmes juridiques parallèles. Une telle évolution compromettrait non seulement l’État de droit, mais aussi la crédibilité d’éventuelles élections.

Hanna Tetteh fixe désormais une échéance politique implicite. Si les dirigeants libyens restent incapables de créer, dans un délai raisonnable, les conditions nécessaires à la tenue d’élections, elle prévient qu’elle reviendra devant le Conseil de sécurité avec une proposition destinée à faire avancer le processus. 

La diplomate ghanéenne ne prétend pas avoir trouvé la formule qui mettra fin à 15 ans de paralysie. Elle affirme en revanche que les principaux obstacles politiques ont désormais été identifiés et qu’une voie de sortie existe. Si elle échoue une nouvelle fois, ce ne sera plus faute de feuille de route, mais parce que les dirigeants libyens auront choisi de ne pas l’emprunter.

POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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