La rédactrice de l’étude, Francesca Albanese, une experte indépendante mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, met également en cause les grands médias occidentaux et les plateformes numériques, accusés d’avoir contribué à légitimer les atrocités.
Tuer les témoins, contrôler le récit, effacer les preuves. Selon la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, la guerre menée par Israël à Gaza ne se jouerait pas seulement sur le terrain militaire, mais aussi sur celui de l’information. Dans un rapport de 32 pages présenté lundi à l’Assemblée générale des Nations Unies, à New York, Mme Albanese dénonce ce qu’elle appelle un « médiacide », soit la destruction systématique de la fonction d’intérêt public des médias.
« Ces actes révèlent une volonté non seulement de détruire un groupe protégé, mais aussi d’éliminer les conditions permettant de constater, de documenter, de garder en mémoire et, à terme, de juger cette destruction », souligne le document.
L’accusation dépasse la seule répression des journalistes palestiniens. Elle décrit un système dans lequel les attaques contre la presse, la censure israélienne et la complaisance supposée de certains médias internationaux se renforcent mutuellement pour soustraire les crimes au regard du monde.
Des journalistes transformés en cibles
Depuis octobre 2023, près de 300 journalistes ont été tués par les forces israéliennes, selon le rapport, qui s’appuie notamment sur les données d’organisations de défense de la presse. Plus de 400 autres ont été blessés et environ 70 auraient été tués en représailles à leur travail. Quelque 710 proches de journalistes ont également péri, tandis que plus d’une centaine de professionnels des médias ont été arrêtés, certains ayant subi des tortures.
L’étude évoque notamment le cas d’Anas Al-Sharif, correspondant d’Al-Jazira tué en août 2025 avec cinq collègues dans une frappe israélienne contre une tente de journalistes, près de l’hôpital Al-Chifa, à Gaza. L’armée israélienne aurait revendiqué l’attaque, accusant le journaliste d’appartenir au Hamas, sans présenter de preuves convaincantes selon le rapport.
Le rapport évoque une tactique récurrente consistant à présenter les journalistes comme des combattants, parfois après leur mort, pour justifier les frappes. Or, a rappelle Mme Albanese, le droit international humanitaire protège les journalistes en tant que civils, sauf s’ils participent directement aux hostilités.
La destruction des infrastructures complète ce dispositif. Selon les données citées, 81 % des infrastructures de communication de Gaza ont été entièrement détruites. Les coupures d’internet, les bombardements de rédactions et les restrictions d’accès ont progressivement privé le territoire de ses moyens de témoigner.
L’experte indépendante estime que ces actes constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, et que l’élimination systématique des témoins peut contribuer à établir une intention génocidaire. Il s’agit de ses conclusions juridiques, non d’un jugement rendu par une juridiction internationale.
Une guerre menée aussi par les mots
Le contrôle de l’information ne s’arrête pas aux frontières de Gaza. En Israël, la censure militaire a atteint des niveaux records, selon le rapport, qui pointe du doigt près de 2 400 articles interdits et plus de 11 000 autres censurés, en tout ou partie, entre 2024 et 2025.
Les journalistes étrangers restent empêchés d’entrer librement dans l’enclave. Parallèlement, le gouvernement israélien aurait consacré environ 50 millions de dollars à des campagnes publicitaires contestant l’existence de la famine à Gaza.
Le rapport dénonce également les appels à la destruction des Palestiniens diffusés par certains médias israéliens. Des commentateurs ont notamment appelé à rayer Gaza de la carte ou décrit les Palestiniens comme une excroissance cancéreuse à éradiquer.
Pour Mme Albanese, de tels propos relèvent de l’incitation au génocide, et non de la liberté d’expression.
Mais la partie la plus controversée de son analyse concerne les médias occidentaux. La rapporteuse reproche notamment au New York Times d’avoir relayé des affirmations israéliennes insuffisamment vérifiées, minimisé la responsabilité des forces israéliennes dans certaines morts civiles et accordé une place disproportionnée aux récits israéliens.
Le New York Times a rejeté ces accusations, estimant dans la presse, par la voix d’un porte-parole, que le rapport de Mme Albanese n’était « pas impartial, pas plus que les sources sur lesquelles elle s’appuie ».
Les plateformes numériques sont également mises en cause par le rapport, accusées d’avoir supprimé ou restreint la visibilité de dizaines de millions de publications palestiniennes tout en laissant circuler des discours de haine antipalestiniens.
Préserver les preuves pour rendre justice
Pour établir son rapport, Mme Albanese s’est appuyée sur des sources publiques, des entretiens et 89 contributions écrites. Elle reconnaît n’avoir pu accéder elle-même aux territoires palestiniens occupés. Le document mentionne également les intimidations exercées contre des journalistes par le Hamas et les restrictions imposées à la presse par l’Autorité palestinienne.
L’experte indépendante appelle désormais les États à poursuivre les responsables d’attaques contre les journalistes, à coopérer avec la Cour pénale internationale et à garantir la conservation des preuves. Elle demande également la libération des journalistes détenus et l’ouverture de Gaza à la presse internationale.
Car l’enjeu dépasse, selon elle, la liberté d’informer. Il touche à la possibilité même de rendre justice.
« La reddition de comptes dépend de la préservation des preuves », a-t-elle averti. « Les journalistes palestiniens ont payé de leur vie pour préserver ces preuves ».
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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