La reconstruction de Gaza se chiffre désormais en dizaines de milliards de dollars – et le décompte est loin d’être achevé. Dans un nouveau rapport, la CNUCED estime à 71,5 milliards de dollars les sommes nécessaires pour relever l’enclave palestinienne, un montant appelé à augmenter à mesure que l’étendue des destructions sera précisée.
Une évaluation menée conjointement par la Banque mondiale, l’Union européenne et les Nations Unies avait déjà chiffré, début 2026, à 35,2 milliards de dollars les dommages causés aux infrastructures physiques, auxquels s’ajoutaient 22,7 milliards de pertes économiques et sociales.
Le logement concentre la plus grande part des destructions et des besoins de reconstruction. Les services essentiels ont eux aussi été ravagés. Plus de la moitié des hôpitaux et des centres de soins de santé primaires sont hors service. Dans l’agriculture, moins de 1,5 % des terres de Gaza demeuraient à la fois accessibles et intactes, renforçant encore la dépendance de la population à l’aide alimentaire.
Une employée du Programme des Nations Unies pour le développement inspecte les dégâts à l’hôpital Al-Shifa, à Gaza-Ville.
Une économie presque effacée
Ces destructions physiques ne donnent toutefois qu’une mesure partielle du choc. Depuis la guerre déclenchée par l’attaque terroriste du Hamas contre Israël en octobre 2023, c’est l’appareil productif de Gaza lui-même qui s’est presque entièrement effondré. Selon la CNUCED, 92 % des établissements économiques de l’enclave ont été endommagés ou détruits.
En 2025, le PIB par habitant n’atteignait plus que 212 dollars, soit 17 % de son niveau de 2022. Plus de 90 % de la population de Gaza en âge de travailler est sans emploi. La part de Gaza dans l’économie palestinienne, qui atteignait 17,4 % avant octobre 2023, est tombée sous les 4 %.
Les principaux secteurs productifs ont pratiquement disparu. Par rapport à 2022, la production agricole et industrielle a chuté de 94 %, celle de la construction de 99 %. Dans le même temps, les prix ont augmenté de 274 %, certains produits essentiels, comme les pommes de terre ou le gaz de cuisson, se négociant à plusieurs fois leur prix d’avant-guerre.
Un chiffre résume à lui seul le vertige statistique : après s’être contracté de 83 % en 2024, le PIB réel de Gaza a progressé de 34,2 % en 2025. Une hausse spectaculaire en apparence, mais qui ne traduit guère un retour à la normale. La CNUCED y voit avant tout un « rebond statistique à partir d’une base fortement réduite ».
La crise déborde largement les frontières de l’enclave. En Cisjordanie, l’activité économique a progressé de 3,4 % en 2025, mais restait inférieure de 7 % à son niveau de 2022. Le chômage, qui touchait 13,1 % de la population active en 2022, atteignait encore 28,7 % en 2025. La pauvreté, après avoir reculé pendant une décennie, est elle aussi repartie brutalement à la hausse : de 11,7 % en 2023, elle avait atteint 28 % à la fin de 2024.
Dans l’ensemble du territoire palestinien occupé, le PIB a progressé de 4,3 % en 2025 après sa forte contraction de l’année précédente. Il demeurait néanmoins inférieur de 20 % à son niveau de 2022. Plusieurs centaines de milliers d’emplois ont disparu depuis octobre 2023, pour une perte cumulée de revenus du travail estimée à 2,8 milliards de dollars.
Un marché populaire à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza.
Reconstruire sans revenir à l’avant-guerre
Pour la CNUCED, le défi ne consiste donc pas simplement à rebâtir les logements, les routes ou les hôpitaux détruits. Le redressement suppose de reconstituer des capacités productives dans l’agriculture, l’industrie, la construction, l’énergie et les technologies, dans le cadre d’une stratégie qui ne se borne pas à restaurer la situation antérieure à octobre 2023.
L’agence des Nations Unies identifie trois urgences : transférer les recettes fiscales palestiniennes actuellement retenues, préserver le système bancaire et mettre les financements internationaux destinés à la reconstruction à la hauteur des destructions constatées.
Le rapport replace enfin l’effondrement actuel dans une histoire économique plus longue. Selon la CNUCED, 59 années d’occupation ont entravé le développement de l’économie palestinienne, tandis que les coûts économiques et structurels se sont considérablement aggravés depuis octobre 2023.
Avec une facture de reconstruction déjà évaluée à 71,5 milliards de dollars, la question n’est donc plus seulement de savoir combien coûtera la remise sur pied de Gaza. Elle est aussi de savoir quelle économie pourra émerger des ruines – et dans quelles conditions elle pourra fonctionner durablement.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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