Le texte met l’accent sur la science, l’adaptation, le financement, la résilience et la protection des populations, alors que le phénomène s’accélère sous l’effet du réchauffement climatique.
Adoptée lors d’une réunion de haut niveau de l’Assemblée générale, la déclaration reconnaît que l’élévation du niveau de la mer « n’est pas un scénario lointain », mais une réalité vécue par de nombreuses populations.
Les États soulignent notamment les risques qui pèsent sur les îles, les zones côtières, les deltas et les archipels, ainsi que sur les acquis du développement, en particulier dans les pays en développement et les petits États insulaires en développement.
Ils appellent à une action internationale urgente et coordonnée, fondée sur les meilleures données scientifiques et les connaissances disponibles.
Pour le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, cette déclaration, qui a été formellement adoptée peu après son discours, doit désormais ouvrir la voie à des mesures concrètes.
« Ce texte qui fera date doit maintenant déboucher sur des mesures concrètes », a-t-il déclaré lors de la réunion.
Une jauge permet de mesurer les variations du niveau de la mer.
Des mers qui montent de plus en plus vite
L’urgence est illustrée par l’évolution récente du niveau des océans.
En 2024, le niveau mondial de la mer a augmenté de près de six millimètres, soit la plus forte hausse annuelle jamais enregistrée, selon les données présentées par le chef de l’ONU.
« Or le rythme s’accélère », a-t-il averti.
L’océan absorbe environ 90 % de la chaleur provoquée par le réchauffement de la planète, tandis que les calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental perdent de la glace à un rythme croissant.
Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), même dans le scénario le plus favorable, le niveau de la mer pourrait augmenter jusqu’à un demi-mètre d’ici la fin du siècle. Sans réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, cette hausse pourrait atteindre un mètre.
Environ 770 millions de personnes vivent aujourd’hui à moins de cinq mètres au-dessus de la ligne de marée haute, a rappelé M. Guterres.
Sans mesures d’adaptation et d’atténuation, les risques auxquels sont exposées les villes et communautés côtières pourraient être multipliés par dix d’ici 2100.
Une femme est assise à l’intérieur de sa maison endommagée dans l’État d’Odisha, en Inde, où le niveau de la mer monte à un rythme alarmant.
Des millions de vies menacées
La montée des eaux constitue un risque qui dépasse largement les zones directement touchées par les inondations.
Elle menace les infrastructures, les économies, le commerce et les systèmes alimentaires. Elle peut entraîner la salinisation des terres et des réserves d’eau douce, accélérer l’érosion des côtes et compromettre les moyens de subsistance de communautés entières.
Elle menace également le patrimoine culturel et l’identité de populations dont les territoires sont progressivement transformés.
« Lorsque la terre disparaît et que l’eau douce devient salée, la concurrence s’installe », a souligné Antonio Guterres. « Des exodes massifs de populations entières sont à craindre ».
Le Secrétaire général a également dénoncé une nouvelle manifestation de l’injustice climatique : les populations ayant le moins contribué au changement climatique sont souvent celles qui disposent des moyens les plus limités pour s’adapter à ses conséquences.
Construction de digues le long du littoral de Tarawa, à Kiribati, pour se protéger des grandes marées ou des tsunamis.
La science au cœur de l’action
La déclaration politique adoptée jeudi accorde une place importante aux données et aux connaissances scientifiques.
Les États s’engagent notamment à renforcer les capacités de recherche, l’observation du niveau de la mer, le partage des données et la coopération scientifique. Ils soulignent également l’importance des connaissances des peuples autochtones et des communautés locales.
Le texte appelle à améliorer les évaluations des risques, la planification à long terme et les systèmes d’alerte précoce afin de mieux anticiper les conséquences de la montée des eaux.
Aujourd’hui, 128 pays indiquent disposer de systèmes d’alerte précoce multirisques, selon le Secrétaire général. L’ONU souhaite que cette protection puisse à terme bénéficier à chaque personne dans le monde.
La déclaration insiste aussi sur le recours à des solutions fondées sur la nature. La restauration et la protection des mangroves, des récifs coralliens, des zones humides côtières et d’autres écosystèmes peuvent contribuer à renforcer la résilience tout en protégeant la biodiversité.
Malgré la présence d’une digue, les grandes marées inondent la cour de la maison de ce jeune de 13 ans dans l’atoll de Majuro, aux îles Marshall.
Le financement, clé de l’adaptation
Reste un obstacle majeur : les ressources disponibles.
Les pays en développement, particulièrement exposés à la montée des eaux, ont besoin de financements pour adapter leurs infrastructures, protéger leurs populations et préserver leurs moyens de subsistance.
Le Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Khalilur Rahman, a souligné jeudi que les besoins annuels des pays en développement en matière d’adaptation étaient estimés entre 310 et 365 milliards de dollars d’ici 2035, alors que les flux publics internationaux consacrés à l’adaptation ne s’élevaient qu’à 26 milliards de dollars en 2023.
La déclaration appelle donc à renforcer les financements publics et privés, à améliorer leur prévisibilité et leur accessibilité et à réduire les obstacles auxquels se heurtent les pays qui en ont le plus besoin.
Antonio Guterres a pour sa part appelé à faire des 300 milliards de dollars annuels promis aux pays en développement une première étape vers l’objectif de mobiliser 1.300 milliards de dollars par an d’ici à 2035.
Il a également demandé de tripler le financement de l’adaptation et de renforcer les ressources destinées à faire face aux pertes et préjudices.
Préserver les populations et les États
La nouvelle déclaration aborde également les conséquences juridiques de la montée du niveau de la mer.
Les États soulignent notamment la nécessité de préserver la stabilité des zones maritimes face aux changements physiques provoqués par l’élévation des eaux. Ils affirment également le principe de continuité de l’État pour les pays dont le territoire terrestre est affecté par la montée des eaux, ainsi que la nécessité de protéger les droits des personnes touchées.
Pour Antonio Guterres, la disparition progressive d’un territoire ne doit pas entraîner la disparition des droits de ses habitants.
« La disparition des maisons ne fait pas disparaître les droits des personnes qui les habitaient », a-t-il déclaré, appelant à davantage de clarté juridique et de coopération internationale.
La déclaration appelle également à associer pleinement les populations concernées aux décisions qui les affectent, notamment les femmes et les filles, les enfants et les jeunes, les peuples autochtones et les communautés locales.
« Le SOS est lancé »
Pour le Secrétaire général, la montée du niveau de la mer doit désormais être considérée comme un enjeu de développement, humanitaire, économique et de sécurité, et non comme une menace environnementale lointaine.
Il appelle à une action rapide pour réduire les émissions tout en préparant les populations aux conséquences déjà inévitables du changement climatique.
« L’élévation de la mer se mesure en millimètres », a déclaré M. Guterres. « Mais ses ravages se mesurent en millions de vies brisées… de communautés déracinées… et d’avenirs volés. »
Alors que les États viennent d’adopter leur déclaration politique, il a appelé à placer les populations en première ligne au cœur des décisions.
« Nous ne pouvons laisser des pays et des cultures disparaître sous les flots, ni laisser sombrer les aspirations de milliards de personnes », a-t-il affirmé.
Avant de conclure par un avertissement : « Le SOS est lancé. Le monde doit y répondre ».
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Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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