Un entretien d’embauche qui n’arrive jamais. Un appartement soudain indisponible. Une douleur que l’hôpital ne prend pas au sérieux. Des capacités sous-estimées à l’école.
« Le racisme fait partie du quotidien des personnes d’ascendance africaine », a résumé jeudi à Genève le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, en ouvrant un dialogue de haut niveau sur la justice réparatrice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine.
La liste ne s’arrête pas là. Les personnes d’ascendance africaine risquent davantage de vivre dans la pauvreté, une inégalité qui se transmet d’une génération à l’autre. Dans plusieurs régions, la police recourt à la force plusieurs fois plus souvent contre elles. Elles sont surreprésentées dans les prisons, et presque absentes là où se prennent les décisions, de la mairie au conseil d’administration.
Les mouvements suprémacistes blancs prospèrent sur la peur, et l’intelligence artificielle reproduit déjà les préjugés humains.
À l’origine, un crime
Ces injustices sont les séquelles de ce que l’Assemblée générale des Nations Unies a qualifié, lors d’un vote historique en mars dernier, de crime le plus grave contre l’humanité. Pendant plus de 400 ans, plus de 15 millions d’hommes, de femmes et d’enfants africains ont été victimes de la traite transatlantique.
« La traite des Africains réduits en esclavage était un système organisé de domination et d’oppression, qui a traité des dizaines de millions d’hommes, de femmes et d’enfants africains comme des marchandises et nié leur humanité », a rappelé M. Türk. Les femmes et les filles y ont subi des violences sexuelles.
Des chaînes utilisées pour attacher les esclaves.
Cet héritage, a-t-il dit, détermine encore qui a accès aux opportunités, à la sécurité et au pouvoir, et qui en est privé.
« Un enfant né en 2026 ne devrait pas avoir à porter le poids de siècles de discrimination raciale et des horreurs du passé », a-t-il affirmé.
De premières mesures de réparation
Réparer ne se résume pas à un chèque. « La justice réparatrice prend de nombreuses formes et ne doit pas être confondue avec la seule indemnisation financière », a insisté le Haut-Commissaire. Il s’agit aussi de dire la vérité, de présenter des excuses, d’honorer la mémoire, de restituer les biens culturels, et de soigner les traumatismes transmis d’une génération à l’autre.
Des pays ont commencé :
- Des excuses : l’Allemagne, la Belgique, le Brésil et les Pays-Bas en ont présenté, à leurs propres communautés ou à d’autres États.
- La mémoire : la Colombie, le Mexique et le Portugal ont lancé des projets mémoriels ou des journées de commémoration.
- L’espace public : en France, en Namibie, au Royaume-Uni et en Suisse, la signification de certains monuments historiques est remise en cause.
- Les restitutions : les bronzes du Bénin reprennent le chemin du Nigéria.
Des universités, des médias, des entreprises et des églises se penchent aussi sur leur passé. Cette année, le pape Léon XIV a présenté des excuses pour le rôle de l’Église catholique dans la légitimation de l’esclavage, et pour avoir mis des siècles à le condamner.
Une manifestation antiraciste à Kansas City, aux États-Unis (photo d’archives).
Aller jusqu’au bout
Toutefois, le compte n’y est pas.
« Aucun État n’a pleinement rendu compte des préjudices du passé ni du racisme systémique d’aujourd’hui », a averti M. Türk.
Beaucoup de pays n’ont toujours aucune loi antiraciste, et moins d’un quart disposent d’une législation complète contre la discrimination. Il demande donc des lois, et leur application.
« Changer les lois peut contribuer à changer les mentalités », a-t-il fait valoir. Il réclame aussi des investissements ciblés dans la santé, le logement, l’école, la justice et l’emploi, et une histoire enseignée de façon plus exacte.
À l’échelle mondiale, il plaide pour une réforme du système financier international, afin d’alléger une dette qui empêche de nombreux pays en développement d’investir dans leurs écoles et leurs hôpitaux.
Rien de tout cela ne doit se décider sans les premières concernées : les personnes d’ascendance africaine, les femmes en particulier, doivent être au cœur de ces efforts.
Le Haut-Commissariat lance ce jeudi un guide consacré aux excuses comme mesure de réparation.
« Nous aidons à briser le cycle de la discrimination pour les générations qui suivent », a conclu Volker Türk.
Pour le chef des droits de l’homme à l’ONU, les sociétés en sortiront plus fortes et plus soudées, « pour tout le monde ».
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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