L’Europe se réchauffe plus vite que le reste du monde. Les glaciers reculent, les rues se transforment parfois en torrents, les vagues de chaleur battent des records. Pourtant, ceux qui tentent d’alerter sur cette accélération du dérèglement climatique se retrouvent de plus en plus souvent poursuivis, surveillés ou intimidés.
À l’ouverture du premier Forum européen des défenseurs des droits humains liés à l’environnement, organisé jeudi à Strasbourg, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a dressé un constat sévère : tandis que la crise écologique s’aggrave, les pressions exercées contre les militants environnementaux se multiplient.
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (photo d’archive).
« Notre planète peine à retenir notre attention face aux guerres, à la haine et à toutes sortes de distractions. Jusqu’à présent, elle perd ce combat », a-t-il déclaré dans la ville alsacienne, siège du Parlement européen.
Le responsable onusien a rappelé l’ampleur de la dégradation environnementale sur le continent. Selon lui, 95 % des habitants des villes européennes respirent un air nocif pour la santé, tandis que plus de 80 % des habitats naturels sont dans un état médiocre ou dégradé. Chaque été, les phénomènes météorologiques extrêmes provoquent la mort de milliers de personnes.
Face à cette réalité, les défenseurs de l’environnement occupent une position singulière. Qu’ils contestent un projet minier, protègent une rivière ou dénoncent des atteintes aux droits des populations locales, leur action dépasse, selon M. Türk, la seule préservation de la nature. Elle touche à la santé publique, à l’accès à l’eau, à l’alimentation, à l’emploi et, plus largement, au fonctionnement démocratique des sociétés.
Criminalisation croissante
Mais cette mobilisation a un coût.
Volker Türk a dénoncé la progression de mesures répressives visant les militants écologistes, y compris dans des pays qui affichent pourtant des ambitions élevées en matière climatique.
« Il est choquant que des personnes qui défendent l’avenir de nos enfants soient poursuivies sur le fondement de lois conçues pour lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée », a-t-il affirmé.
Des jeunes participent à une manifestation pour le climat en Argentine.
Le Haut-Commissaire a également pointé la multiplication des « procédures-bâillons », ces actions judiciaires engagées moins pour obtenir réparation que pour décourager toute contestation. Plus de 1 300 affaires de ce type ont été recensées en Europe au cours des quinze dernières années, a-t-il rappelé.
À cette pression judiciaire s’ajoutent les campagnes de harcèlement en ligne, la surveillance et diverses formes de représailles. Une étude récente montre que neuf défenseurs de l’environnement sur dix dans le monde ont déjà subi des violences ou du harcèlement sur Internet.
Pour les femmes, les jeunes, les minorités ou les peuples autochtones, ces attaques s’ajoutent souvent à des discriminations préexistantes.
Une bataille qui dépasse l’environnement
Le responsable onusien voit dans cette confrontation bien davantage qu’un simple débat sur les politiques climatiques.
« Le mouvement pour la justice environnementale constitue une puissante alliance en faveur des droits humains, réunissant la science, le droit, l’éthique, la philosophie et l’art », a-t-il estimé.
Dans son discours, la défense de l’environnement apparaît comme l’un des nouveaux terrains où se joue l’équilibre entre libertés publiques, intérêts économiques et pouvoir politique. Les militants qui s’opposent à certains projets d’exploitation ou d’aménagement ne défendent pas seulement des écosystèmes ; ils deviennent aussi, aux yeux des institutions internationales, des acteurs de la transparence, de la lutte contre la corruption et du contrôle démocratique.
Les feux de forêt en Espagne et au Portugal se sont intensifiés brutalement en 2025, alors que la région est touchée par des vagues de chaleur.
C’est pourquoi Volker Türk a appelé les gouvernements à garantir leur sécurité et à poursuivre les auteurs de violences ou d’abus.
« Nous ne pouvons pas punir les pompiers »
Au-delà du diagnostic, le Haut-Commissaire a plaidé pour la création d’un système régional de protection plus robuste à l’échelle européenne. Si le continent dispose déjà de normes avancées en matière de participation citoyenne et de responsabilité des entreprises, leur application demeure trop souvent incomplète, a-t-il regretté.
Son avertissement intervient alors que plusieurs pays européens connaissent des débats de plus en plus tendus autour des formes de protestation climatique, entre occupations de sites, blocages d’infrastructures et durcissement des réponses judiciaires.
En conclusion, Volker Türk a choisi une image simple pour résumer son message.
« Lorsque notre planète – notre maison commune – est en feu, nous ne pouvons pas punir les pompiers qui tentent d’éteindre l’incendie. Nous devons leur donner les moyens d’agir et les soutenir grâce aux droits humains ».
À Strasbourg, le premier Forum européen consacré aux défenseurs de l’environnement s’ouvre ainsi sur une question devenue centrale : les démocraties européennes peuvent-elles se réclamer de l’ambition climatique tout en restreignant l’espace de celles et ceux qui la défendent ?
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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