Pourtant, les conflits se multiplient. Gaza continue de s’embraser malgré un cessez-le-feu. L’Ukraine s’enlise dans la guerre. Le Soudan s’effondre. Au Sahel, les foyers de violence se propagent. Quant aux tensions entre l’Iran et les États-Unis, elles ont rappelé ces derniers mois à quel point une escalade régionale peut rapidement échapper à tout contrôle.

Le paradoxe est au cœur du débat qui avait lieu jeudi au Conseil de sécurité des Nations Unies : les mécanismes de prévention existent, mais ils sont rarement utilisés au moment où ils pourraient encore infléchir le cours des événements.

« Ces outils n’ont pas été conçus pour les moments de consensus. Ils ont été conçus pour les moments où le consensus paraît hors de portée », a rappelé le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. « Lorsque les divisions sont devenues trop profondes. Lorsque les solutions se font rares. Et lorsque la violence éclate. En d’autres termes, ils ont été conçus pour des temps comme ceux que nous vivons ».

Le chef de l’ONU n’a pas cherché à masquer l’ampleur de la crise. « L’impunité se propage. Les violations restent sans réponse. Chaque violation impunie devient le précédent de la suivante », a-t-il averti.

Une diplomatie qui arrive après l’incendie

Le Conseil de sécurité de l’ONU, dont le rôle principal est de maintenir la paix dans le monde, agit souvent lorsque les lignes de front sont déjà tracées, les positions durcies et la confiance détruite.

La ministre congolaise des affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a résumé cette faiblesse avec une franchise inhabituelle.

« Une médiation engagée trop tard accompagne parfois une crise sans plus pouvoir l’empêcher. Une sanction décidée après des mois de violence peut punir, mais elle ne prévient plus. Une résolution sans suivi risque de devenir une déclaration d’intention plutôt qu’un instrument de paix ».

Autrement dit, la diplomatie internationale intervient fréquemment lorsque la fenêtre de prévention s’est déjà refermée.

Pour Kinshasa, qui présidait le débat, cette réflexion n’a rien d’abstrait. La ministre a rappelé que plusieurs décisions du Conseil concernant le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo demeurent incomplètement appliquées. Elle y voit un enjeu qui dépasse son seul pays.

« Une résolution qui demeure sans effet affaiblit non seulement la paix qu’elle entend protéger, mais également l’autorité même du Conseil », a-t-elle prévenu.

Le constat rejoint celui du Pakistan, à l’origine de la résolution 2788 adoptée par le Conseil il y a exactement un an, dans le but précis de mieux empêcher les différends de dégénérer en conflits. Pour Islamabad, le déficit n’est pas juridique mais politique.

« Le déficit réside dans l’utilisation tardive, sélective et incohérente de ces mécanismes », a affirmé son représentant.

Le retour de l’article oublié

Parmi les nombreuses dispositions de la Charte, l’une d’elles longtemps négligée est revenue au centre des discussions : l’article 34.

Peu connu, il autorise le Conseil de sécurité à enquêter sur une situation avant qu’elle ne menace la paix internationale.

L’idée est d’établir les faits avant que les récits concurrents ne rendent tout compromis impossible.

Pour António Guterres, le Conseil devrait y recourir beaucoup plus souvent.

« Très souvent, l’absence d’unité au sein du Conseil découle d’interprétations différentes de ce qui se passe réellement sur le terrain », a-t-il observé. L’article 34, a-t-il ajouté, a précisément été conçu pour établir « une compréhension commune, sans fard, des faits ».

Le Pakistan a développé la même idée. À l’heure où la désinformation accompagne presque chaque conflit, les enquêtes impartiales, les missions d’établissement des faits et les évaluations techniques deviennent aussi des outils de désescalade.

L’objectif serait que le Conseil intervienne lorsque les tensions montent, et non lorsque la guerre est déjà installée.

Prévenir plutôt que gérer

Derrière ce débat procédural se cache une interrogation plus fondamentale : le Conseil de sécurité est-il encore conçu pour prévenir les guerres ou seulement pour tenter d’en gérer les conséquences ?

Le Secrétaire général a proposé six pistes : renforcer les capacités de médiation de l’ONU, développer le réseau des envoyés régionaux, agir plus tôt, recourir davantage aux enquêtes de terrain, associer davantage les femmes et les jeunes aux processus de paix et soutenir plus activement les efforts diplomatiques des États membres.

L’ambition est de déplacer le centre de gravité de l’action internationale. Aujourd’hui, l’essentiel des ressources diplomatiques, politiques et financières est mobilisé après l’explosion des crises. Or chaque guerre qui éclate représente aussi l’échec d’une prévention qui n’a pas fonctionné.

Dans cette logique, la prévention cesse d’être une activité périphérique. Elle devient la véritable mesure de l’efficacité du système.

Le représentant pakistanais l’a formulé ainsi : « L’histoire retient les guerres qui ont éclaté. Elle consigne rarement celles qui n’ont jamais commencé parce qu’un canal est resté ouvert, qu’un médiateur a persisté, qu’un dirigeant a fait preuve de retenue ou qu’une institution a agi à temps ».

C’est pourtant dans ces conflits invisibles, ceux qui n’ont jamais eu lieu, que réside le succès du multilatéralisme contemporain.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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