Après quatre années d’invasion russe à grande échelle, le front continue de se déplacer lentement, mais l’escalade s’accélère loin des tranchées. Drones, missiles de longue portée et frappes répétées contre les infrastructures civiles étendent désormais le champ de bataille bien au-delà des combats. Les villes, les réseaux électriques, les hôpitaux et même les installations nucléaires se retrouvent de plus en plus exposés.

« La guerre en Ukraine est aujourd’hui plus meurtrière qu’à n’importe quel autre moment depuis le lancement de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Fédération de Russie en 2022 », a averti lundi Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires politiques, lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur la situation.

Le constat est brutal. Selon l’ONU, chaque année du conflit a fait davantage de victimes civiles que la précédente. Rien que depuis le début du mois de juin, plusieurs vagues de frappes ont touché Kiev, Dnipro, Kharkiv, Soumy ou encore Zaporijjia.

Dans la capitale ukrainienne, plus de 41 000 habitants ont passé une nuit dans les stations de métro transformées en abris. À Dnipro, dans le centre du pays, des missiles ont frappé un quartier résidentiel, tuant notamment deux enfants âgés de deux et huit ans.

Mais la guerre ne frappe plus uniquement l’Ukraine. Les drones ukrainiens atteignent désormais régulièrement le territoire russe, à l’image des frappes du weekend contre Saint-Pétersbourg, la deuxième ville du pays. Des victimes civiles sont également signalées dans les zones ukrainiennes occupées par Moscou. « Ce qui est en revanche évident pour tous, c’est que le conflit s’intensifie », a résumé Mme DiCarlo.

© UNICEF
Destructions causées par une frappe russe dans un quartier résidentiel de Kiev, la capitale de l’Ukraine.

Une aide humanitaire sous pression

À mesure que les attaques se multiplient, l’espace humanitaire se rétrécit.

Les civils continuent de fuir les zones proches du front, mais les organisations humanitaires peinent de plus en plus à les atteindre. Les drones armés, omniprésents au-dessus du champ de bataille, compliquent chaque déplacement, chaque livraison, chaque évacuation.

« Les hostilités, notamment le recours croissant aux drones armés, créent chaque jour un dilemme : comment rester présents là où les besoins sont les plus importants tout en garantissant la sécurité du personnel et des moyens humanitaires ? », a expliqué Indrika Ratwatte, de la division des affaires humanitaires de l’ONU.

La question n’est plus théorique. Depuis le début de l’année, trois travailleurs humanitaires ont été tués et 32 blessés. Le week-end dernier encore, sept véhicules humanitaires ont été endommagés dans la région de Kherson, dans le sud ukrainien.

Pour les organisations présentes sur le terrain, chaque attaque produit un effet en cascade. Lorsqu’un convoi ne passe plus, ce sont les médicaments qui n’arrivent pas, les évacuations qui sont suspendues, les communautés isolées qui disparaissent progressivement des radars humanitaires.

L’Ukraine demeure aujourd’hui l’une des plus vastes crises humanitaires de la planète. Selon l’ONU, près de 11 millions de personnes ont besoin d’une assistance, soit un quart de la population du pays. Pourtant, moins de la moitié des financements nécessaires ont été réunis.

© AIEA /Fredrik Dahl
Rafael Grossi, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), lors d’une visite de la centrale nucléaire de Zaporijjia, en Ukraine.

Le risque nucléaire revient au premier plan

Au milieu des bombardements quotidiens, un autre danger préoccupe de plus en plus les agences internationales : celui d’un accident nucléaire.

Depuis des mois, la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, fonctionne dans un état de vulnérabilité chronique. Occupée par les forces russes depuis 2022, cette installation située à Enerhodar, dans le sud de l’Ukraine, dépend désormais d’une seule ligne électrique extérieure pour assurer le refroidissement de ses six réacteurs à l’arrêt.

Durant la semaine écoulée, cette vulnérabilité est apparue au grand jour.

Selon Rafael Grossi, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la centrale a subi sa dix-huitième perte d’alimentation électrique externe depuis le début de la guerre. Pendant 15 heures, les générateurs diesel d’urgence ont dû prendre le relais pour maintenir le refroidissement des réacteurs.

Dans le même temps, les combats se poursuivent autour du site. Il y a un peu plus d’une semaine, un drone a pénétré dans un bâtiment abritant une turbine. Vendredi, l’AIEA est parvenue à négocier un sixième cessez-le-feu local entre la Russie et l’Ukraine afin de permettre la réparation d’une ligne électrique essentielle. Mais même cette opération a été perturbée par un incident lors d’une phase de déminage qui a fait plusieurs blessés parmi les militaires russes.

Plus inquiétant encore, les tensions ne se limitent plus à Zaporijjia.

© AIEA
Incendie sur le site de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, suite à une attaque de drone, le 14 février 2025.

Dimanche, un drone a frappé l’installation centrale de stockage du combustible usé dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, le territoire contaminé qui entoure la centrale à l’origine, en 1986, de la pire catastrophe nucléaire civile de l’histoire et qui accueille désormais plusieurs installations d’entreposage nucléaire. Le bâtiment de réception du combustible a été lourdement endommagé durant la frappe, y compris les bureaux de l’AIEA chargés des garanties nucléaires.

Aucune contamination radioactive n’a été détectée. Mais l’incident rappelle la précarité croissante de la situation.

« Attaquer une installation abritant d’importantes quantités de matières nucléaires est extrêmement dangereux », a averti M. Grossi, depuis le siège de l’AIEA à Vienne. «  Cela ne doit pas se produire ».

Une Europe face à une guerre sans frein

Dans la ville autrichienne comme à New York, les responsables onusiens décrivent désormais la même dynamique : une guerre qui s’étend, des protections qui s’érodent et des risques qui s’accumulent.

« Nous sommes désormais entrés dans cette phase dangereuse et le risque d’une aggravation supplémentaire de la situation se profile », a estimé Rosemary DiCarlo devant le Conseil de sécurité.

Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe à grande échelle, les appels à la diplomatie se heurtent toujours à l’intensification des combats. Pendant que les négociations peinent à reprendre, les frappes gagnent en portée, les civils continuent de payer le prix de la guerre et le spectre d’un incident nucléaire majeur demeure suspendu au-dessus du continent européen.

POUR EN SAVOIR PLUS, lire, ci-dessous, la couverture en direct assurée par nos collègues de la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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