« Chaque Syrien a un disparu ou connaît quelqu’un qui a disparu », résume Karla Quintana, qui dirige l’institution indépendante créée par l’ONU en 2023 pour localiser les disparus, à la demande des familles des victimes.
Cette ancienne commissaire nationale chargée des disparitions au Mexique n’en est pas à son coup d’essai.
Mais même pour elle, l’ampleur du drame syrien demeure hors norme. Les estimations varient entre 130 000 et 300 000 disparus. Et encore, ce bilan pourrait être incomplet.
« Nous ne connaissons toujours pas l’ampleur exacte de cette tragédie », reconnaît-elle lors d’une conférence de presse organisée jeudi au siège de l’ONU, à New York, plus d’un an et demi après sa nomination à la tête l’institution indépendante.
Au fil de ses déplacements dans le pays, une même réalité s’impose. Dans un taxi, un restaurant ou au détour d’une rue, les conversations finissent invariablement par revenir aux absents. À ceux qui ne sont jamais revenus des prisons du régime. À ceux qui ont disparu sur les routes de l’exil. À ceux dont les familles ignorent encore s’ils sont morts, détenus ou simplement introuvables.
Pour la responsable, cette question dépasse largement le cadre humanitaire.
« Il est impossible d’envisager la stabilité, la réconciliation et une paix durable en Syrie sans connaître le sort des disparus », a-t-elle déclaré la veille, mercredi, devant l’Assemblée générale.
Des survivants parmi les disparus
Depuis sa création, l’institution qu’elle dirige s’est donnée une mission d’une ampleur rarement égalée : établir le sort de toutes les personnes disparues en Syrie, quelles que soient les circonstances de leur disparition.
L’équipe a déjà traité plus de 75 000 documents, soit neuf fois plus qu’un an auparavant. Des bases de données ont été fusionnées, des milliers de dossiers recoupés et des systèmes d’analyse développés pour relier entre eux des fragments d’informations dispersés à travers plusieurs décennies.
L’une des révélations les plus frappantes concerne les enfants disparus.
Interrogée par les journalistes sur la possibilité que certains disparus soient encore en vie, Mme Quintana refuse toute spéculation. Mais elle révèle que ses équipes ont identifié plus de 600 cas de disparus qui seraient toujours vivants.
« Certains ont déjà retrouvé leur famille », affirme-t-elle.
Cette découverte ouvre une brèche dans un dossier longtemps dominé par les fosses communes et les témoignages de torture. Elle confirme aussi que le terme de « disparu » recouvre des réalités très différentes.
L’institution enquête simultanément sur les disparitions forcées sous le régime al-Assad, les enfants séparés de leurs proches, les personnes enlevées par le groupe État islamique, les migrants disparus sur les routes de l’exil, mais aussi les cas signalés depuis la chute du régime.
La traite d’êtres humains figure également parmi les pistes explorées.
« Nous voulons retrouver les personnes vivantes », insiste Mme Quintana. « C’est le premier principe de toute recherche ».
Karla Quintana se rend dans une prison syrienne lors d’une mission en 2025.
Des centaines de fosses communes
L’espoir n’efface toutefois pas la réalité accumulée par des décennies de répression.
Les équipes onusiennes ont déjà documenté des centaines de fosses communes à travers le pays. Un travail colossal de cartographie et de collecte d’informations a été transmis aux autorités syriennes.
Mais l’identification des victimes s’annonce longue.
Selon Mme Quintana, les autorités envisagent de reporter l’ouverture systématique de certaines fosses jusqu’en 2027 ou 2028 afin de mettre en place les capacités techniques nécessaires. L’expérience d’autres pays montre que l’exhumation précipitée de restes humains peut compromettre définitivement les possibilités d’identification.
Pour la responsable onusienne, la Syrie se trouve confrontée à un défi comparable aux plus grandes crises de disparitions documentées dans le monde, tout en présentant des caractéristiques propres.
Les disparitions forcées orchestrées par l’appareil sécuritaire rappellent selon elle celles observées dans plusieurs pays d’Amérique latine durant les années 1970 et 1980. Les enfants disparus évoquent d’autres précédents, notamment en Argentine. Mais la combinaison de guerre civile, de déplacements massifs, d’enlèvements par des groupes armés et d’exil fait de la Syrie un cas singulier.
Une coopération encore incomplète
La chute du régime a ouvert des portes longtemps fermées.
« Nous avons obtenu l’accès au pays, ce qui n’était pas le cas auparavant », souligne Mme Quintana.
Ses équipes travaillent désormais avec la commission nationale syrienne chargée des personnes disparues ainsi qu’avec plusieurs ministères. Des projets communs ont été lancés sur les fosses communes, le partage d’informations et la construction d’un système national de recherche.
Mais un obstacle demeure.
Depuis mai 2025, l’institution demande l’autorisation d’ouvrir un bureau permanent en Syrie. Mais cette autorisation n’a toujours pas été accordée.
Les autorités syriennes expliquent examiner simultanément les demandes de plusieurs agences des Nations Unies. En attendant, les enquêteurs poursuivent leur travail depuis l’extérieur tout en multipliant les missions sur le terrain.
Pour Mme Quintana, l’enjeu dépasse les considérations administratives.
Retrouver les disparus exige des années de travail, des institutions solides, des méthodes rigoureuses et, surtout, une circulation constante de l’information. « La recherche des disparus est un effort collectif », rappelle-t-elle. « Personne ne peut réussir seul ».
Pour les familles syriennes, la question est plus simple encore. Elles attendent toujours ce qui leur manque depuis parfois des décennies : une réponse.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
To submit your press release: (https://www.globaldiasporanews.com/pr).
To advertise on Global Diaspora News: (www.globaldiasporanews.com/ads).
Sign up to Global Diaspora News newsletter (https://www.globaldiasporanews.com/newsletter/) to start receiving updates and opportunities directly in your email inbox for free.

























