Pour financer des opérations militaires toujours plus coûteuses, les forces en présence exploitent les ressources du pays et les circuits commerciaux, alimentant un conflit « qui s’autoalimente de plus en plus », souligne le rapport.
« Les immenses richesses en ressources naturelles du Soudan devraient profiter à sa population. Malheureusement, ce que nous constatons aujourd’hui est tout sauf cela. En réalité, cette richesse ne sert qu’à alimenter le conflit, causant des souffrances à une échelle considérable », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk.
La gomme arabique au cœur du conflit
Le rapport s’attarde en particulier sur le commerce de la gomme arabique, un ingrédient indispensable à la fabrication de nombreux produits, des boissons gazeuses aux cosmétiques en passant par les médicaments. Avant le déclenchement de la guerre en 2023, le Soudan assurait entre 70 % et 80 % des exportations mondiales de gomme arabique brute.
Si cette filière représente une valeur commerciale relativement modeste comparée à d’autres matières premières, elle constitue une source essentielle de revenus pour des millions de Soudanais et demeure l’un des principaux produits d’exportation du pays.
Selon le HCDH, les populations qui vivent de cette activité sont pourtant exposées à des pillages, des extorsions, des détentions arbitraires et des menaces, notamment de la part des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et de leurs alliés.
En mai 2025, la Bourse de la gomme arabique d’El-Nuhud, dans l’État du Kordofan occidental, ainsi que ses entrepôts remplis de stocks destinés à l’exportation, auraient ainsi été pillés par les FSR, perturbant gravement le commerce local et les moyens de subsistance.
Une Soudanaise en tenue traditionnelle porte un panier au marché agricole d’Al Obaied, dans le Kordofan du Nord, entourée de grands sacs de gomme arabique récoltée.
Des routes commerciales détournées
Depuis le début de la guerre, la fragmentation du territoire a profondément modifié les circuits d’exportation. La gomme arabique produite dans les zones contrôlées par les Forces armées soudanaises (SAF) est principalement acheminée vers Port-Soudan, tandis que celle provenant des territoires sous contrôle des FSR emprunte de plus en plus des routes de contrebande vers les pays voisins.
Le rapport souligne le rôle des États de transit dans cette chaîne d’approvisionnement. Une fois sortie clandestinement du Soudan, la gomme arabique peut être intégrée aux circuits commerciaux ou douaniers d’autres pays producteurs, notamment le Tchad et le Soudan du Sud, puis être traitée, enregistrée ou commercialisée comme un produit local, rendant son origine difficile à établir.
Renforcer la traçabilité
Face à ces risques, le HCDH appelle les États à renforcer les mécanismes de traçabilité, de contrôle et de surveillance réglementaire afin d’empêcher que les chaînes d’approvisionnement ne contribuent au financement du conflit. Il exhorte également les entreprises à exercer une vigilance accrue en matière de droits humains.
« Les entreprises ne peuvent pas continuer à mener leurs activités comme si de rien n’était lorsqu’elles s’approvisionnent auprès de chaînes de valeur touchées par un conflit », a fait valoir M. Türk.
« Cette économie de guerre doit être démantelée, et la communauté internationale doit accorder une attention beaucoup plus grande aux matières premières et aux routes commerciales qui contribuent à la maintenir en vie », a-t-il insisté.
Réunion du Conseil de sécurité sur le Darfour
La salle du Conseil de sécurité de l’ONU.
A New York, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni mercredi après-midi pour faire le point sur les enquêtes du Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité présumés commis au Soudan.
Face à la poursuite des violences dans la région soudanaise du Darfour, la CPI a appelé la communauté internationale à agir pour empêcher de nouvelles atrocités.
« Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas », a déclaré la Procureure adjointe de la CPI, Nazhat Shameem Khan, en présentant l’état d’avancement des enquêtes.
De retour de l’est du Tchad, où elle a rencontré des réfugiés ayant fui le Darfour, Mme Khan a rapporté des témoignages « difficiles à entendre ». Les survivants lui ont décrit des exécutions, des viols, des personnes brûlées ou enterrées vivantes, ainsi que des enfants profondément traumatisés.
Selon elle, ces récits rappellent les crimes de grande ampleur qui avaient conduit le Conseil de sécurité à saisir la CPI en 2005.
« Nous ne pouvons pas tolérer un nouvel El Fasher », a-t-elle insisté, exhortant le Conseil et l’ensemble des États à agir pour empêcher de nouvelles violences.
La Procureure adjointe a assuré que le Bureau du Procureur poursuivait ses enquêtes, notamment grâce à des entretiens avec des témoins clés, afin de garantir que les responsables des crimes commis au Darfour répondent de leurs actes.
A LIRE, ci-dessous, la couverture en direct assurée par l’équipe de la Section de la Couverture des réunions des Nations Unies
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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