L’IA sait déjà repérer certaines anomalies sur des images médicales, signaler la dégradation de l’état d’un patient ou répondre à des questions sur ses symptômes. Mais sait-on suffisamment quand lui faire confiance ? Et qui répond de ses erreurs ? 

Réunis jeudi, les 53 États de la région européenne de l’OMS, qui comprend également des pays d’Asie centrale, ont adopté à l’unanimité leur première stratégie commune pour intégrer l’IA aux systèmes de santé.

L’ambition est double : exploiter les possibilités offertes par ces technologies, tout en évitant que leur généralisation ne fragilise la sécurité des patients, la confidentialité de leurs données ou l’égalité d’accès aux soins. Car si les algorithmes promettent des diagnostics plus précoces et des traitements mieux adaptés, leur efficacité dépend autant de la qualité des données utilisées que des conditions dans lesquelles ils sont déployés.

« L’IA est déjà en train de transformer les systèmes de santé dans toute notre Région », a déclaré Corinne Capuano, responsable de l’OMS pour l’Europe, dans un communiqué publié dans la foulée de l’adoption. Elle peut notamment alléger les tâches administratives des soignants, surveiller l’évolution de l’état des malades et offrir une première orientation aux personnes qui s’interrogent sur leurs symptômes. Autant d’applications susceptibles de libérer du temps médical, dans des systèmes de santé confrontés à des besoins croissants.

Mais l’enthousiasme technologique ne saurait tenir lieu de politique sanitaire. Un outil capable de détecter une maladie dans un établissement bien équipé ne produira pas nécessairement les mêmes résultats dans un hôpital disposant de données moins fiables ou de moyens techniques limités. Et une technologie entraînée sur certaines populations peut se révéler moins performante pour d’autres.

Des ambitions communes, des moyens inégaux

La feuille de route, qui couvre la période 2026-2033, entend précisément répondre à ces difficultés. Elle fixe quatre priorités : définir des responsabilités claires pour les pouvoirs publics, renforcer les garanties juridiques et éthiques, améliorer les infrastructures numériques et former les professionnels de santé à l’utilisation de ces nouveaux outils.

Derrière ce programme se dessine une réalité moins flatteuse que les promesses de l’industrie technologique. Les systèmes de santé ne sont pas tous prêts à accueillir l’IA. Une première évaluation régionale, réalisée par l’OMS en 2025 à partir des réponses de 50 pays, a révélé des progrès, mais aussi d’importantes lacunes.

Selon des données rendues publiques par l’organisation, près des deux tiers des pays de la région utilisent déjà l’IA à des fins diagnostiques. Pourtant, seul un sur cinq l’enseigne aux étudiants en santé et un sur quatre forme les professionnels déjà en exercice. Près de 40 % des pays ne disposent d’aucune directive éthique en la matière. Et seuls 8 % possèdent une stratégie consacrée spécifiquement à l’IA dans la santé.

Les technologies entrent dans les hôpitaux plus vite que les règles destinées à les encadrer. L’enjeu ne consiste donc pas seulement à accélérer leur adoption, mais à déterminer dans quelles conditions elles apportent un bénéfice réel aux malades.

La confiance ne se décrète pas

La feuille de route cherche également à éviter la multiplication de normes incompatibles. Elle s’appuie notamment sur le règlement européen sur l’IA, le règlement général sur la protection des données et les dispositions encadrant les dispositifs médicaux. Un guide pratique doit aider les pays à adapter ces principes à leurs capacités techniques et financières.

Les États membres se sont par ailleurs prononcés en faveur de la création d’un bureau de l’OMS spécialisé dans l’IA, chargé de faciliter le partage des connaissances, la formation et l’assistance technique.

Reste à transformer cet accord unanime en résultats tangibles. Car une stratégie commune ne garantit ni les investissements nécessaires, ni la formation des soignants, ni la fiabilité des outils proposés. Elle ne règle pas davantage la question de la responsabilité lorsqu’un algorithme contribue à une erreur médicale.

« L’avenir des soins de santé repose toujours fermement sur les relations humaines, mais l’IA peut désormais être une alliée de taille tant pour les patients que pour les professionnels de santé », a souligné Natasha Azzopardi-Muscat, directrice des systèmes de santé à l’OMS pour l’Europe.

C’est là toute la difficulté de cette transition. Faire de l’intelligence artificielle un instrument au service de la médecine, sans compromettre la sécurité des malades ni creuser les inégalités.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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