Il aura fallu quatre ans pour que l’interdiction commence à se fissurer. En 2022, les talibans avaient décrété la fin de la culture du pavot, principale source de l’opium servant notamment à fabriquer l’héroïne. La production s’était alors effondrée, offrant aux nouveaux maîtres de l’Afghanistan l’un de leurs rares succès revendiqués sur la scène internationale. Mais les champs de pavot regagnent désormais du terrain.
Selon un rapport publié jeudi par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), les surfaces cultivées ont bondi de 330 % en un an, passant de quelque 10 000 hectares en 2025 à plus de 43 000 en 2026. La production d’opium a, elle, quintuplé, passant d’environ 300 à près de 1 500 tonnes.
Ces chiffres restent très inférieurs aux niveaux antérieurs à l’interdiction, lorsque les cultures dépassaient parfois 200 000 hectares. Mais ils marquent une rupture après trois années de recul historique. L’ONUDC estime désormais que l’interdiction semble perdre de son efficacité.
Des champs de pavot dissimulés dans les céréales
La reprise s’accompagne d’une transformation de la géographie de la drogue. Autrefois concentrée dans le sud-ouest, notamment dans la province du Helmand, la culture du pavot s’est déplacée vers le nord-est. Cette région représente désormais 76 % des surfaces cultivées, principalement dans les provinces du Badakhchan et du Takhar.
Les agriculteurs ont également appris à contourner les contrôles. Grâce à l’analyse d’images satellites, les enquêteurs de l’ONU ont repéré des centaines de petites parcelles de pavot dissimulées au milieu de champs de blé ou d’orge, ou protégées derrière des murs. Certains paysans échelonnent les semis et les récoltes pour compliquer leur détection.
Dans le Helmand, plus de 90 % des champs de pavot recourent désormais à l’une de ces méthodes de dissimulation. Les autorités talibanes affirment avoir détruit environ 22 000 hectares de cultures illicites, un chiffre que l’ONUDC n’a pas pu vérifier.
La répression suscite aussi des résistances. En mai et juin, des opérations d’éradication au Badakhchan ont provoqué des manifestations et des affrontements avec les forces de sécurité, faisant plusieurs morts et blessés.
Une économie trop lucrative pour disparaître
Car derrière le retour du pavot se trouve une réalité économique difficile à contourner : les cultures légales rapportent trop peu pour remplacer l’opium.
« La multiplication par quatre des surfaces cultivées en pavot montre combien il est difficile de maintenir la réduction des cultures illicites lorsque les agriculteurs pauvres n’ont aucune autre solution pour nourrir leur famille », a souligné Monica Juma, directrice exécutive de l’ONUDC, dans un communiqué.
Le prix du kilogramme d’opium séché atteint encore 500 dollars, contre moins de 100 dollars avant l’interdiction. Malgré une production nettement inférieure à celle des années précédant 2022, les ventes d’opium ont généré quelque 525 millions de dollars en Afghanistan cette année, soit l’équivalent de 2,7 % du produit intérieur brut.
Selon la presse, les talibans contestent les estimations de l’ONU, affirmant que les surfaces cultivées sont deux fois moins importantes. Ils continuent de présenter leur campagne antidrogue comme une réussite, tout en reconnaissant la nécessité de soutenir économiquement les agriculteurs.
L’enjeu dépasse largement les frontières afghanes. Malgré l’interdiction, les réseaux de trafiquants ont continué à approvisionner les marchés étrangers, vraisemblablement grâce aux stocks accumulés avant 2022. Mais ces réserves pourraient désormais s’épuiser. L’ONUDC observe déjà les premiers signes d’une diminution de l’offre d’héroïne en Europe.
Face à une demande persistante et à des prix toujours élevés, les incitations à reprendre la production risquent donc de se renforcer.
Pour l’ONUDC, la réponse ne peut se limiter à détruire les cultures. Elle suppose des investissements durables dans l’irrigation, les infrastructures agricoles, l’emploi et l’accès aux marchés, parallèlement à la lutte contre les réseaux criminels.
Reste une inconnue majeure. La flambée de 2026 constitue-t-elle un simple rebond ou annonce-t-elle le retour durable de l’opium afghan ? Après quatre ans d’interdiction, une certitude se dessine : arracher les pavots ne suffit pas à faire disparaître les raisons de les cultiver.
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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