Pour Juana María Ibáñez Rivas, Présidente du Mécanisme d’experts sur le droit au développement, il faut dépasser un modèle qui entretient cette dépendance.

« Cela nécessite également de passer d’un transfert de technologie à sens unique à un véritable co-développement, favorisant la création de valeur ajoutée au niveau national plutôt que de perpétuer la dépendance vis-à-vis de la fabrication et de l’innovation externes », a détaillé l’experte devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Geneve.

Le rapport appelle ainsi à investir dans le raffinage, les technologies et les capacités locales, afin que les régions riches en ressources minérales puissent transformer davantage sur place et progresser dans la chaîne de valeur minière.

La demande pourrait tripler d’ici 2030

Cette ambition prend d’autant plus de relief que ces minéraux critiques sont devenus des pièces maîtresses de la transformation de l’économie mondiale. Batteries, réseaux électriques, éoliennes et panneaux photovoltaïques en dépendent, faisant des gisements de ces minéraux un enjeu industriel autant que géopolitique.

La transformation locale augmenterait les revenus des pays producteurs

Selon le Groupe d’experts des Nations Unies sur les minéraux essentiels à la transition énergétique, la demande en minéraux critiques devrait presque tripler d’ici 2030, à mesure que le monde passe des combustibles fossiles aux énergies renouvelables afin de ramener les émissions mondiales de dioxyde de carbone à zéro net d’ici 2050.

Pour les pays en développement qui en disposent, cette nouvelle demande pourrait normalement constituer un levier de croissance. Encore faut-il qu’ils puissent capter une part plus importante de la richesse générée. 

Aujourd’hui, la valeur ajoutée reste largement concentrée dans les étapes de raffinage, de transformation, de fabrication et d’innovation, souvent situées hors des territoires où les minéraux sont extraits.

Peu de technologies vertes en Afrique

Le déséquilibre est particulièrement marqué en Afrique. Le continent abrite plus d’un cinquième des réserves mondiales de métaux indispensables à la transition énergétique, mais une grande partie des technologies vertes qui en dépendent est produite ailleurs.

Les pays africains ne tireraient ainsi qu’environ 40 % des revenus potentiels liés à ces minéraux essentiels, selon le rapport. L’Afrique ne représente par ailleurs que 1 % de la capacité photovoltaïque mondiale.

Plus largement, près de la moitié des États Membres de l’ONU restent dépendants des matières premières, qui génèrent plus de 60 % de leurs recettes d’exportation.

Pour le Mécanisme, cette dépendance est l’un des principaux freins à un développement réellement partagé. Il appelle à développer la transformation locale des minéraux, afin que les pays producteurs puissent en capter une plus grande part de la valeur ajoutée.

Le pari du cobalt transformé en RDC

La République démocratique du Congo (RDC) en offre une illustration : en 2022, la transformation locale du cobalt a porté la valeur des exportations de 167 millions à 6 milliards de dollars.

Pour les pays du Sud riches en minéraux, notamment le Brésil, l’Inde et de nombreux pays africains, cette stratégie devrait s’inscrire dans une approche fondée sur le droit au développement. Il s’agit aussi d’éviter que ces pays ne soient relégués au second plan par les grandes puissances. 

Les restrictions réciproques à l’exportation de matières premières, fin 2024 et début 2025, ont en effet contribué à accentuer les tensions sur les prix et l’accès aux ressources. Face à ces enjeux, une coopération accrue entre pays du Sud, notamment dans le cadre du G20, pourrait favoriser des réponses communes et renforcer leur capacité d’action.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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