Volker Türk a souligné l’impact disproportionné de cette guerre sur les populations les plus vulnérables, avec près de 600 civils tués ou blessés depuis le début de l’année.
Ce conflit qui oppose les Forces armées soudanaises aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) a éclaté en avril 2023.
Lors d’un dialogue interactif devant le Conseil des droits de l’homme sur la situation au Soudan, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a dénoncé « un nouveau chapitre dans la chronique de la cruauté », pointant du doigt des schémas clairs et persistants de violence à l’encontre des civils, notamment « des meurtres, des viols et des actes de torture ».
« A mesure que les combats s’intensifient, les violations du droit international par toutes les parties au conflit se multiplient, tandis que la responsabilité reste pratiquement inexistante », a déclaré Volker Türk.
Un bâtiment à Khartoum témoigne de l’impact des combats dans la capitale soudanaise.
Les drones étendent les dégâts aux civils
Ces violations se traduisent sur le terrain par des attaques directes contre les populations civiles. Les Forces de soutien rapide (FSR) et les Forces armées soudanaises ont continué à utiliser des armes explosives dans des zones densément peuplées, souvent sans avertissement, faisant preuve d’un mépris total pour la vie humaine.
Près de trois ans de guerre ont fait des dizaines de milliers de morts et déraciné plus de 11 millions de personnes au Soudan, provoquant la « pire crise humanitaire au monde », selon l’ONU. En 2025, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) a recensé 11 300 civils tués, mais le bilan réel reste certainement bien plus lourd.
L’utilisation accrue de drones avancés à longue portée a également étendu les dommages causés aux civils dans des zones éloignées du front qui étaient auparavant paisibles.
Des milliers de personnes restent prises au piège au Kordofan et au Darfour, où la guerre continue de faire rage.
Violences sexuelles
Les conséquences sur les plus vulnérables sont particulièrement dramatiques, notamment les femmes et les filles. Ces dernières ont été utilisées comme armes pour terroriser les communautés. En 2025, plus de 500 victimes de violences sexuelles – viols, viols collectifs, tortures et esclavage – ont été recensées, parfois avec des conséquences mortelles.
« Nous avons également constaté une forte augmentation des exécutions sommaires de civils, souvent accusés de collaboration avec le camp adverse. Les détentions arbitraires à grande échelle constituent un autre moyen d’intimidation utilisé par les deux parties et leurs milices alliées », a ajouté M. Türk.
Ces exactions s’accompagnent d’une rhétorique violente qui fragilise encore davantage des communautés déjà divisées. Selon le HCDH, des « discours haineux » et une « rhétorique déshumanisante » déchirent des communautés déjà fragmentées.
Le Kordofan menacé de devenir un nouvel El-Fasher
« Dans le nord du Kordofan, par exemple, nous avons recensé des appels à tuer des militants pour la paix, amplifiés sur les réseaux sociaux », a fait valoir Volker Türk, relevant que l’impact cumulé de ces abus renforce la discrimination et inflige un traumatisme générationnel, préparant le terrain à de nouvelles violences.
Malgré ces alertes, les violences continuent de s’étendre, frappant de nouvelles régions.
Le chef des droits de l’homme de l’ONU indique avoir plusieurs fois mis en garde contre les risques à El Fasher, dans la région du Darfour, mais le massacre n’a pu être évité. Avec le déplacement de l’épicentre vers la région du Kordofan, il redoute que ces crimes se répètent et frappent de nouvelles communautés.
Car il s’agit là d’un schéma récurrent, caractérisé par une brutalité odieuse et impitoyable. « Nous assistons déjà à une escalade inquiétante des frappes de drones et des blocus menés par les différentes parties au Kordofan et au-delà, y compris contre des convois d’aide humanitaire », a alerté M. Türk.
Violence ciblée contre les Zaghawa
En écho, le président de la Mission d’enquête internationale indépendante sur le Soudan est revenu sur le drame d’El Fasher, qui présente, selon lui, « des signes évidents de génocide perpétré par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) ».
Ces violences à El Fasher se traduisent notamment par des abus sexuels systématiques et ciblés contre des communautés entières. Des femmes et des filles, principalement issues de la communauté Zaghawa, ont été victimes de viols, de viols collectifs, de mutilations, d’enlèvements et d’esclavage sexuel, souvent devant les membres de leur famille et dans le cadre de massacres.
« Compte tenu de l’ampleur et du caractère systématique des actes commis, du ciblage systématique et des appels explicites à l’extermination, la seule conclusion raisonnable est que les Forces de soutien rapide ont agi avec une intention génocidaire à l’encontre des Zaghawa et des Fur. Ces actes constituent également des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », a affirmé Mohamed Chande Othman.
Des enfants circulent dans un site pour personnes déplacées soutenu par l’UNICEF à Port-Soudan, dans le nord-est du Soudan.
L’inaction internationale en question
Ces abus soulignent l’urgence d’une réaction internationale face à l’impunité et à la poursuite de la guerre. A cet égard, le chef des droits de l’homme de l’ONU s’interroge sur ceux qui provoquent ou profitent de cette folie, à l’intérieur comme à l’extérieur du Soudan.
Une façon aussi de rappeler que l’inaction de la communauté internationale révèle un sérieux défaut de « boussole morale collective ». Dans ces conditions, il est crucial de faire respecter l’embargo sur les armes au Darfour et d’empêcher tout approvisionnement militaire du pays.
Car selon M. Türk, cette guerre high-tech, soutenue par des sponsors étrangers, exige que tous les États garantissent justice pour les victimes, notamment via la compétence universelle, et plaident pour que le Conseil de sécurité renvoie l’ensemble du Soudan devant la Cour pénale internationale (CPI).
Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).
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