Ces incidents sont loin d’être isolés. Ils témoignent du quotidien des Afghans sous le régime taliban, comme le documente un nouveau rapport de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), qui décrit avec précision comment l’espace accordé aux femmes, aux minorités et aux voix dissidentes continue de se réduire.

Entre avril et juin 2026, les observateurs des droits humains de l’ONU ont notamment recensé des arrestations liées à des coiffures et des flagellations publiques pour rupture du jeûne du Ramadan.

Hijab « conforme » et tuteur masculin

Entre le 6 et le 8 juin, au moins 30 femmes ont été arrêtées à Hérat pour avoir porté un hijab « inapproprié ». Quelques jours plus tard, le ministère de facto du Hajj et des Affaires religieuses a annoncé que le respect du hijab serait le thème du prêche du vendredi 19 juin.

Les imams ont reçu un document de dix pages précisant qu’un hijab « conforme » devait couvrir l’ensemble du corps à l’exception des yeux, être ample, épais et dépourvu de tout ornement ou parfum.

Au cours de la période examinée, des commerces et des établissements de santé ont également reçu l’ordre de ne pas autoriser l’entrée des femmes non accompagnées d’un tuteur masculin (mahram). Cette mesure a notamment été appliquée à Kandahar dans des magasins vendant des cosmétiques et d’autres produits destinés aux femmes.

Dans la province de Logar, une femme a reçu un avertissement verbal pour avoir fait ses courses sans mahram, tandis que le commerçant qui l’avait servie a été giflé puis conduit au Bureau de la promotion de la vertu et de la prévention du vice.

Il n’a été libéré que plusieurs heures plus tard, après l’intervention de notables de la communauté et la signature d’une lettre dans laquelle il s’engageait à ne plus vendre de marchandises à des femmes non accompagnées.

Mariage, éducation et emploi

En avril, les autorités de fait ont adopté un nouveau Code régissant la séparation judiciaire des époux, qui subordonne le mariage d’une femme à l’autorisation de son tuteur.

Selon le rapport, ce texte « cautionne implicitement les mariages d’enfants » et impose « des obstacles extrêmes » aux femmes souhaitant divorcer ou obtenir une séparation.

Les auteurs rappellent également que, depuis le 7 septembre 2025, les Afghanes sont interdites d’accès à tous les locaux des Nations Unies dans le pays, qu’elles soient membres du personnel, prestataires ou visiteuses. Au 30 juin, cette interdiction durait depuis 296 jours.

Les femmes et les filles demeurent par ailleurs exclues de l’enseignement supérieur depuis l’interdiction décrétée en décembre 2022.

Toujours exclues de l’université

Si les examens d’entrée dans les universités publiques ont bien eu lieu à travers le pays en mai et en juin, seuls 120.000 candidats ont pu y participer, tous des hommes. Aucune femme ni aucune jeune fille n’a été autorisée à s’y présenter.

Le rapport fait également état d’inspections menées dans les établissements scolaires par des agents du bureau de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice.

À Hérat, des enseignantes qui ne portaient pas le tchador — un voile couvrant l’ensemble du corps — se sont vu interdire l’accès à une école de filles et ont été averties qu’elles risquaient de perdre leur emploi.

© WFP/Isheeta Sumra
Selon des décrets des autorités de fait qui ont pris le contrôle de Kaboul en 2021, les femmes et les filles en Afghanistan ne peuvent quitter leur domicile qu’accompagnées d’un tuteur masculin.

Arrestations arbitraires et châtiments corporels

Au-delà des restrictions imposées aux femmes et aux filles, la MANUA a documenté au moins 389 arrestations et détentions arbitraires, ainsi que 65 cas de mauvais traitements imputés aux agents de facto chargés de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice.

La plupart de ces affaires concernaient des violations présumées des règles relatives au hijab pour les femmes, des barbes jugées trop courtes ou des coupes de cheveux considérées comme « occidentales » pour les hommes, ainsi que le fait de jouer ou d’écouter de la musique.

Au moins 137 châtiments corporels judiciaires — visant 112 hommes et 25 femmes — ont été exécutés au cours de la période examinée, notamment des flagellations publiques pour des infractions telles que la rupture du jeûne du Ramadan ou des relations considérées comme illicites.

Les anciens responsables restent exposés

Les anciens responsables gouvernementaux et les anciens membres des Forces nationales afghanes de défense et de sécurité demeurent eux aussi exposés à des violations de leurs droits.

Entre le 1er avril et le 30 juin, le rapport recense au moins 29 cas d’arrestation et de détention arbitraires, cinq cas de torture ou de mauvais traitements et huit homicides visant d’anciens membres des forces de sécurité.

Les anciens responsables et membres des forces de sécurité renvoyés de force en Afghanistan continuent également d’être exposés à de graves risques. À Hérat, par exemple, un ancien officier de l’armée nationale afghane aurait disparu le jour même de son retour forcé d’Iran.

Sécurité et liberté de religion

Sur le plan sécuritaire, le rapport relève qu’une attaque meurtrière contre des civils rassemblés devant un sanctuaire chiite à Hérat, le 10 avril, a fait 12 morts et 14 blessés. Aucun groupe n’a revendiqué cette attaque.

Depuis janvier, les autorités de facto ont également fermé de nombreux lieux de culte ismaéliens (jamaat khana) dans la province du Badakhchan et ordonné aux fidèles de ne plus les utiliser.

Des restrictions ont en outre été imposées aux commémorations chiites de l’Achoura, notamment par des arrestations liées à l’affichage de symboles et de drapeaux religieux.

Un paysage médiatique sous pression

Enfin, le rapport recense plusieurs cas d’arrestation de journalistes, de suspension de médias et de fermeture de stations de radio.

Selon la MANUA, ces incidents témoignent des conditions de travail extrêmement difficiles auxquelles sont confrontés les professionnels des médias en Afghanistan, où les exigences en matière d’autorisation, les contraintes financières et les interventions des autorités continuent de restreindre leur capacité à exercer leur métier.

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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