En Haïti, les forces de sécurité intensifient leurs opérations, mais les gangs ne désarment pas. Ils adaptent leurs tactiques, multiplient les représailles contre les populations et portent la violence jusque dans les campagnes. Entre juillet et début octobre, 1 123 personnes ont été tuées et 440 blessées dans des violences liées aux gangs, selon le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU, présenté lundi au Conseil de sécurité.

« Ce qui est particulièrement préoccupant, c’est la capacité des gangs à adapter leurs tactiques à mesure que les opérations de sécurité s’intensifient », a indiqué Carlos Ruiz Massieu, le plus haut représentant des Nations Unies en Haïti. Les groupes armés recourent de plus en plus aux prises d’otages, aux intimidations et aux représailles contre les populations pour conserver leurs territoires et défier l’autorité de l’État.

L’attaque menée les 23 et 24 août à Kenscoff, commune montagneuse située au sud-est de la capitale, Port-au-Prince, illustre cette stratégie. Au moins 47 personnes ont été tuées, 22 blessées et 52 prises en otage, dont 13 d’entre eux ont ensuite été libérés grâce à des initiatives locales soutenues par l’ONU.

Dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, 241 personnes ont été tuées pour avoir prétendument résisté aux gangs. D’autres attaques, signalées notamment à Saint-Michel-de-l’Atalaye, Marigot et Léogane, témoignent d’une propagation de la violence vers les zones rurales. Les groupes armés s’en prennent également aux terres agricoles, aux habitations et aux infrastructures publiques.

Les violences sexuelles restent massives. Selon le rapport, 689 femmes et filles auraient été violées par des gangs en juillet et août, dont 87 % victimes de viols collectifs.

Les opérations des forces de sécurité contribuent, elles aussi, à alourdir le bilan. Elles représentent 52 % des Haïtiens tués ou blessés depuis début juillet, soit 808 personnes, dont 148 non associées aux gangs.

Une force internationale encore incomplète

Face à cette violence, la Force de répression des gangs (FSG), soutenue logistiquement par l’ONU, poursuit son déploiement. Au 12 octobre, elle comptait 1 563 membres en uniforme, loin des 5 550 autorisés par le Conseil de sécurité. Elle a notamment établi une base dans l’Artibonite, au-delà de la capitale.

Mais les groupes armés conservent une capacité de riposte. Dimanche, un véhicule blindé transportant des militaires salvadoriens de la force a été attaqué à Croix-des-Bouquets, dans l’agglomération de Port-au-Prince. Quatre militaires étaient toujours portés disparus lundi, selon l presse.

Pour Carlos Ruiz Massieu, la reconquête des territoires ne suffira pas. « L’expérience a montré que les seules opérations de sécurité ne peuvent apporter une stabilisation durable », a-t-il averti, appelant à rétablir durablement la présence de l’État et à développer des programmes de désarmement et de réinsertion, notamment pour les enfants recrutés par les gangs.

Cette insécurité persistante compromet également le retour à la démocratie. Les élections présidentielle et législatives, initialement prévues le 13 décembre, ont été reportées à une date encore indéterminée. Haïti n’a plus organisé d’élections depuis 2016.

Pourtant, les préparatifs progressent. Plus de 35 partis et regroupements politiques et 3 500 candidats se sont enregistrés, selon M. Ruiz Massieu. Au 5 octobre, toutefois, seuls 759 257 électeurs potentiels figuraient sur les listes, pour un corps électoral estimé à 6,5 millions de personnes. L’insécurité et les déplacements massifs compliquent encore davantage l’organisation du scrutin.

« Fixer de nouvelles dates pour les élections sans une évaluation réaliste de leur faisabilité ne fera qu’éroder la confiance de la population et la crédibilité des institutions haïtiennes », a prévenu le diplomate.

À cette incertitude politique s’ajoute une crise humanitaire. Près de 1,5 million de personnes ont fui leur domicile, dont plus de 740 000 enfants. L’économie devrait se contracter pour la septième année consécutive, tandis que le plan humanitaire de l’ONU pour 2026 n’est financé qu’à près de la moitié.

Le pays demeure ainsi confronté à une double urgence : rétablir une sécurité indispensable à la tenue d’élections, sans lesquelles le retour à des institutions démocratiques reste hors de portée.

Retrouvez les temps forts de la réunion du Conseil grâce à la couverture en direct assurée par la Section de la couverture des réunions des Nations Unies :

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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