La course contre le virus a commencé avec plusieurs longueurs de retard. « L’épidémie a pris une avance considérable, elle est toujours loin devant nous et nous essayons de la rattraper », a reconnu mercredi Tedros Ghebreyesus, le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), lors d’une conférence de presse à Genève.

Le constat tranche avec les progrès accomplis depuis la déclaration officielle de l’épidémie, le 15 mai. En moins de trois mois, le virus Bundibugyo, cette souche d’Ebola particulièrement létale, s’est propagé dans cinq provinces et 53 zones de santé. L’Ituri, dans l’est de la RDC, concentre à elle seule environ 90 % des cas et 80 % des décès, avec une transmission persistante notamment dans la capitale provinciale Bunia, ainsi qu’à Rwampara et Nizi.

Selon les estimations de l’OMS, l’épidémie – la dix-septième recensée en RDC depuis 1976 – aurait commencé deux à trois mois avant sa reconnaissance officielle, sans qu’il soit encore possible d’en dater précisément le début. Une enquête épidémiologique et génétique se poursuit pour reconstituer ses premières chaînes de transmission. Dès le mois de mai, l’agence sanitaire des Nations Unies avait averti des difficultés posées par l’insécurité, les déplacements de population et le suivi des contacts dans une région où le virus avait déjà pris plusieurs mois d’avance sur la riposte.

Des malades retrouvés morts sans avoir été repérés

C’est désormais cette partie immergée de l’épidémie qui inquiète le plus les autorités sanitaires. Une proportion élevée des malades meurent dans leur communauté plutôt que dans des centres de traitement, et nombre d’entre eux ne figuraient sur aucune liste de contacts.

« Cela indique qu’il existe des chaînes de transmission dont nous ignorons l’existence », a averti le Dr Tedros. Or les risques de contamination sont particulièrement élevés aux stades avancés de la maladie, lorsque les patients sont pris en charge par leurs proches, ainsi que lors des funérailles.

L’OMS estime donc que la bataille se jouera moins dans les seuls centres de traitement qu’au cœur des communautés. Le suivi des personnes ayant été en contact avec un malade atteint actuellement environ 80 %, alors que l’organisation vise 95 % pour espérer interrompre la transmission. Plus de 21 000 agents de santé communautaires ont déjà été formés.

Les autorités veulent parallèlement tripler les capacités de traitement pour atteindre 3 000 lits dans les trois prochains mois et recruter plusieurs milliers de soignants supplémentaires. A ce jour, 886 malades ont guéri.

Mais les comportements ne se transforment pas par décret. Les pratiques qui favorisent certaines contaminations – soins prodigués à domicile, rites funéraires, déplacements – sont profondément ancrées dans la vie quotidienne. « Nous sommes encore très loin de maîtriser la situation », a reconnu Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du programme de l’OMS chargé des urgences sanitaires. « Nous ne sommes pas là où nous devrions être ».

Dans l’est de la RDC, cette riposte sanitaire se superpose en outre à une crise sécuritaire chronique. Les violences armées entravent les déplacements des équipes, la surveillance et l’acheminement des prélèvements. L’OMS avait déjà constaté en juin que les incidents touchant des structures sanitaires perturbent directement les opérations et accroissent le risque d’une transmission non détectée.

© OMS/Josua Mulala Raymond
Un agent de santé est désinfecté dans un centre de traitement d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo.

La recherche accélère à mesure que l’épidémie progresse

A cette difficulté s’en ajoute une autre : contrairement à la forme d’Ebola provoquée par la souche Zaïre, il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé contre le virus Bundibugyo.

La recherche avance toutefois à un rythme inhabituel. Deux vaccins conçus spécifiquement contre Bundibugyo sont entrés dans des essais de phase I chez l’être humain. Des études animales ont également montré des signes jugés prometteurs de protection croisée avec Ervebo, le vaccin déjà utilisé contre Ebola-Zaïre. L’OMS recommande désormais de l’intégrer à un essai de phase III en RDC.

Le protocole envisagé prévoit de recruter les contacts de nouveaux malades et de les répartir individuellement de manière aléatoire entre les différents groupes de l’étude. Il sera « adaptatif » : d’autres vaccins candidats pourront y être ajoutés à mesure que leurs résultats préliminaires seront disponibles. Les données de deux candidats développés par Oxford-Serum Institute of India et Moderna sont attendues en septembre.

« Nous ne savons pas si ce vaccin est efficace contre la maladie à virus Bundibugyo chez l’être humain », a toutefois insisté le Dr Tedros. L’essai doit précisément permettre de le déterminer.

La recherche thérapeutique progresse elle aussi : un essai parrainé par l’OMS a désormais inclus 100 patients.

Reste à financer le passage de la recherche et des plans d’urgence à une riposte capable de prendre de vitesse l’épidémie. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au plan continental de préparation et de réponse, seuls 264 millions ont été déboursés.

Le virus, lui, n’attend pas. L’épidémie d’Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016 demeure la plus importante jamais recensée, avec plus de 28 000 cas. Mais, au rythme actuel, a prévenu le Dr Tedros, celle qui ravage aujourd’hui l’est de la RDC « est en passe de la dépasser ».

Source of original article: United Nations (news.un.org). Photo credit: UN. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.globaldiasporanews.com).

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